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n°107... Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ)

jeudi 21 mai 2009

Par Christian Duboscq

Le récit de Christian Duboscq lors de sa première (sur trois !!) participation au Dakar... La course à bord de la petite Lada Niva n°107....


La moto fut une passion tardive. J’ai attendu l’âge de 30 ans pour passer le permis. Cet amour tardif explosa très fort. Après un premier trail Suzuki pour me dégrossir, j’ai acheté une moto d’enduro et me suis lancé à corps perdu dans la moto tout terrain. Devenu rapidement copain avec la famille Donelli qui possédait un terrain de cross dans la forêt de Nemours à Larchant, je suis allé perfectionner mes talents surtout en cross mais également en trial. Tout ceci me permit bientôt de m’inscrire au championnat de France d’Enduro dans la catégorie poireau (Nat) à coté de gens comme Cyril NEVEU qui lui courait en Inter... Après quelques mois et de nombreuses gamelles ainsi que des matins difficiles pour reprendre le boulot, j’ai commencé à être moins ridicule. Je suis allé me frotter à une nouvelle épreuve : l’Enduro du Touquet. Folklore garanti mais également grand pied étaient au rendez vous. C’est ainsi que je fis la connaissance de Thierry Sabine avec qui le courant passa assez bien, suffisamment pour me mettre dans la tête de participer au 1er Paris Dakar... L’envie était énorme, les moyens moindres. A force de calculer dans tous les sens le coût de la moto, de la préparation, l’achat d’une auto qui me suive pour l’assistance y compris la charge d’un conducteur auxquels il fallait ajouter les engagements, la somme devenait dissuasive. Si on ajoute mon absence totale de talent pour aller à la pêche au sponsor, c’était Waterloo annoncé avant le combat. Alors s’insinua en moi l’idée de participer en voiture en trouvant de surcroît quelqu’un qui partagerait pour partie mes frais. La Lada 4x4 venait de sortir et le projet se concrétisa rapidement dans l’achat de cette Niva. La préparation fut surtout livresque et psychologique pour essayer de savoir ce qui nous attendrait. La voiture reçu de ci de là quelques modifications glanées à droite et à gauche. L’essentiel consista à la mettre aux normes techniques de la course, particulièrement par l’adjonction d’un réservoir supplémentaire. Bien sûr, la boite à air fut très travaillée avec l’utilisation de filtres en mousse imbibés d’huile comme sur les motos TT. Arceau de sécurité et balisage par lampes témoins, trip master etc, que du banal. Les quelques essais de la voiture montrait une excellente motricité. Restait un problème de taille et surtout de poids... Il fallait assurer son manger et son coucher !!! En ordre de marche, la voiture pleine d’essence, de ravitaillement, d’outillage, de lits de camps, d’affaires personnelles, et de quelques pièces détachées était loin de ressembler à une voiture de course où le poids est le principal ennemi.

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Au Trocadéro...

C’est néanmoins dans cet appareil que nous nous sommes retrouvés au départ du Rallye Paris Dakar à l’aube du 25 décembre 1978 sous le Trocadéro... Ma femme devait venir avec moi mais une grossesse intempestive l’en empêcha... Entouré de mes enfants et mon épouse, ce furent les adieux d’un lendemain de fête en même temps que veillée d’armes. En ce qui concerne la couleur de notre Lada, il n’y avait aucune symbolique mais simplement une blague. Cette voiture rouge à l’origine, je l’ai préparée chez un copain garagiste qui m’a proposé de faire une peinture de mon choix. Il avait dans son garage, en réparation une camionnette de boucherie crème et rouge avec comme l’exigeait la réglementation de l’époque, une plaque marquée VIANDES en rouge sur fond crème. Je pensais que nous serions facilement comparables à un tas de viande secoué dans la voiture, ce clin d’œil m’a plu mais n’a pas été compris car nombreux étaient ceux qui me pensait tout simplement boucher puisque j’avais apposée une plaque identique sur la Niva...Je trouvais assez joli ces couleurs. Et puisqu’on en est dans les confidences, il faut que je raconte une histoire qui me fait encore rire. Il y avait écrit en sérigraphie sur la voiture AGASCU ce qui sonnait comme le nom d’un club automobile (il y avait à Paris l’AGASSI). Jamais personne ne m’interrogea sur ce club étrange car si tu écoutes la phonétique d’AGASCU cela rappelle une expression mise à la mode récemment par les Chtimis. C’était tout simplement l’enjeu d’un pari avec un toujours très bon copain aujourd’hui...

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Pendant le prologue..

La première partie de ce Dakar que Thierry s’époumonait à appeler Paris-Alger-Dakar OASIS, n’emballait pas grand monde. Le prologue au matin blême dans le camp militaire de Montlhéry était très loin de nos fantasmes africains. Quant à la traversée de toute la France pour rejoindre Marseille, elle avait assez nettement le goût d’une purge.

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A Marseille, sur le port...

Nous voici tout de même dans la cohue de l’embarquement sur le port de Marseille après une nuit moyenne succédant elle même à une nuit de réveillon tronquée. Notre capital sommeil est un peu entamé et la perspective de la traversée devrait y remettre bon ordre. Nous faisons la queue pour tenter d’accéder à un ferry qui nous plongera d’emblée dans le confort très relatif de pays en voie de développement. Personnellement, j’ai reçu un bon accueil mais il semble que ce n’ait pas été le cas de la majorité. Il est vrai aussi que les toilettes n’étaient pas très hospitalières... mais nous partons pour le désert.

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Alger la Blanche...

Un événement important et peu relaté survint pendant notre traversée, la mort du président Boumedienne qui influença sérieusement la réception de nos hôtes algériens. Il se disait que par crainte de troubles de l’ordre public, il avait été décidé par les instances dirigeantes de nous convoyer “sous bonne garde” (bien armée) loin d’Alger. Après donc des formalités douanières “socialo-africaines” nous prenons enfin la route mais ce convoyage nous rappelle la traversée de la France que nous venions de faire. Nous sommes sur notre faim d’Afrique désertique. Nous roulons très longtemps, ça paraît interminable et sommes enfin parqués à Laghouat sur un “terrain de foot” ceint de murs en haut desquels se trouvent déroulés d’harmonieux fils de fer barbelés... Bonjour l’ambiance. Mes instituteurs m’ont enseigné que le désert est chaud le jour et froid la nuit. Et bien c’est le moment de vérifier.

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Toilette matinale...

Au petit jour, je me réveille sur mon lit de camp avec le duvet couvert de givre... Pierrot, avec qui je partage cette aventure n’est pas très matinal et vraiment très frileux. Manifestement ce nouvel art de vivre ne remporte pas son agrément immédiat... Il grommelle derrière ses moustaches fournies, mais je l’aide (un peu) à sortir du lit et de sa torpeur... Il va falloir ravitailler nos carcasses et affronter enfin le désert tant attendu. Et bien le désert, parlons-en. La première surprise c’est qu’il est très différent de ce que l’on imagine, et pourtant. Je vous avais dit que mes instituteurs m’avaient appris que le désert est chaud le jour et froid la nuit et qu’ils avaient tout bon. Par contre, il nous avait décrit ça comme une immense étendue de sable et là ils ont tout faux. C’est comme ça au cinéma, mais à y réfléchir ça ne peut pas être comme ça tout le temps. Sans entrer dans un cours de géologie et de climatologie, le désert est lié à la disparition plus ou moins complète de l’eau. Et bien imaginez que l’eau disparaisse complètement près de chez vous, que se passerait-il ? Toute végétation ou presque disparaîtrait pour laisser la place à un monde minéral... Les plaines seraient toujours des plaines, les collines des collines et les montagnes des montagnes... Le désert, c’est comme à coté de chez vous mais sans verdure donc dans un monde minéral. Ce caractère est accentué par les énormes différences de température qui créent ce qu’on appelle une érosion thermique, responsable des magnifiques craquèlements rocheux... Donc, ma première surprise c’est que de sable, nenni ou presque. Ce sable qui existe puisque l’eau ne le retient plus dans la terre et qu’il est balayé par les vents se retrouve dans de grandes zones appelées erg constituées d’énormes dunes en paquet mais qui sont très loin de recouvrir le désert. Si vous regardez une carte du Sahara, vous voyez marqué “grand erg oriental, occidental” etc. Et bien partout ailleurs c’est comme chez vous mais sans eau (sauf si vous habitez à côté de la dune du Pylat !!!). Alors par contre, si vous imaginez votre coin sans eau, c’est à dire sans terre végétale, qu’est-ce qu’il y a comme caillasse, il n’y a même que ça excepté quelques rares bouts de goudron chinois... Il faut savoir que ce spectacle est fascinant, dépaysement garanti et si l’histoire de la terre vous intéresse, vous avez l’impression d’être en plein dedans. Reste les habitants. Comme partout ils se regroupent et n’hésitent pas à vous faire la fête, mais il existe un éparpillement humain impressionnant car, comme on vous l’a déjà sûrement dit, vous ne pouvez pas vous arrêter 5 minutes sans que quelqu’un venu de nulle part vienne à votre rencontre, excepté si vous êtes paumé ou en panne !!! et particulièrement lorsque vous satisfaites des besoins naturels... Après être remis de toutes ces émotions que l’on mettra avec plaisir beaucoup de temps à savourer, il faut attaquer le rallye et c’est là que la fête commence, ce dont vous rêvez depuis tant et tant de temps, quel pied.

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En route pour le désert...

Pouvoir rouler au taquet sans autre objectif que de ne pas casser la voiture et garder sa piste. Celle-ci est très bien indiquée sur le road book et les doutes ne sont pas nombreux. De toutes façons, Thierry nous a enseigné la règle capitale : t’es paumé, tu fais demi-tour sur tes traces jusqu’à retrouvé un endroit identifié (balise ou autre). Les balises sont en général des fûts métalliques, mais aussi parfois des cairns (pyramides de pierre), sans ambiguïté. Ne jamais couper, sinon garanti t’es paumé... Rien n’empêche de couper parce que la piste n’est qu’une indication et le hors piste est toujours faisable en faisant attention, mais tu ne peux couper que si tu as en vue la bonne piste et que tu es sûr que c’est celle là (c’et pas toujours gagné). La première surprise “routière” est quand même la facilité relative de la lisibilité de la piste. Nous apprenons parallèlement à ça qu’il y a de nombreuses traces à ne pas suivre qui peuvent correspondre à une exploitation minière abandonnée depuis 10 ans... Et les traces sur la caillasse ne s’effacent pas... contrairement au sable d’Hollywood...

Fort de ces précautions, en alternant des liaisons et des spéciales pas très longues, nous faisons notre baptême du feu de manière bien agréable. Il est vrai que parfois, surpris par une bosse, on décolle des quatre roues, mais on est venu pour ça. Les jantes n’aiment pas ça et le premier sport que nous apprenons consiste à redresser les jantes (vive la tôle parce que jantes alu-jantes foutues....).

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Le coffre est rangé !!...

Nous faisons également connaissance avec les bivouacs. Les étapes se terminent en général en milieu d’après midi et nous laissent le temps de musarder et d’aller à la rencontre... en particulier des motard avec qui nous sommes mélangés (nous en serons hélas séparés les années suivantes). Très rapidement on apprendra à se connaître en particulier avec ceux qui roulent à votre rythme et c’est pour ça que le mélange avec les motards était sympa. Il n’y avait pas d’assistance et il était de règle de dépanner ceux qui en avait besoin. Pour satisfaire les règlements de la fédé, cette séparation me paraît regrettable. Elle fut accompagné de la mise en place d’un délai de mise hors course beaucoup plus court réduisant trop les possibilités d’aide. La première année, il suffisait d’être au départ du lendemain matin ce qui donna lieu à des bivouacs insensés dans le désert. La traversée de la première partie du Sahara s’effectue rapidement. après une incursion dans l’ouest saharien pour découvrir la véritablement magnifique Timimoun où je rêve de retourner mais c’est devenu difficile aujourd’hui de faire du tourisme algérien et c’est bien dommage.

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Découverte saharienne...

Nous allons vers Régane de sinistre mémoire (essais de notre 1 ère bombe atomique) et rejoignons plein est In Salah sur la route Alger-Tamanrasset. C’est d’ailleurs à In Salah que nous faisons notre réveillon de Noël dans des conditions irréelles : fêter Noël en plein désert a une certaine saveur d’autant que grâce à la présence bienfaitrice de RTL nous étions en communication tous les soirs avec la métropole pour apprendre, ce soir là, que la neige bloquait l’autoroute vers Avignon ce qui est très difficile à imaginer depuis le désert... Je vous reparlerai de RTL et de feu Max Meynier plus tard, je leur dois une fière chandelle. Ce long ruban de bitume construit par les chinois a plusieurs particularités. La première est d’avoir déjà mal vieilli car bien que récent, il est souvent interrompu par des effondrements dont l’un est responsable de l’accident mortel de journalistes italiens n’ayant pas compris que les cailloux posés sur la piste signifiait qu’il fallait la quitter... La deuxième est que le matériel ayant servi à le construire est abandonné tout le long de cette route et que ça ressemble à une brocante de ferraille pour amateur de bulldozers ou autres engins. Ils sont tellement nombreux qu’on se dit parfois que certains sont abandonnés uniquement parce qu’on a perdu la clé de contact ! L’autre inconvénient de cette route est qu’elle n’est parfois qu’à une voie et les croisements sont alors l’objet d’une lutte d’influence. Suivant que l’on est courtois ou pas on descend les roues droites sur la piste parallèle ou on reste sur l’asphalte, sauf s’il s’agit d’un camion local ou on descend sans discuter.

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Les Gorges d’Arak...

Cette route nord-sud traverse un massif montagneux par un passage que j’ai trouvé somptueux : les gorges d’Arak. Souvenez vous de ce que je vous ai dit sur le désert... Après avoir roulé longtemps dans une région peu accidentée survient un bloc rocheux avec un passage magnifique taillé en gorge. Tamanrasset est une ville artificielle peu séduisante où les parpaings et la tôle ondulée prennent une place usurpée à l’usage local. Il se dit que les fonctionnaires du nord qui s’y trouvent sont là en punition... Il y a pratiquement de quoi. Grosse métropole qui n’a d’intérêt que par les portes ouvertes sur l’Assekrem (Père de Foucauld) et le tassili du Hoggar. Mais aujourd’hui, il ne s’agit pas de tourisme et nous filons droit vers le Niger. Le poste de douane se situe à Assamaka. Il y a là un fortin pouvant contenir 4 soldats (je n’exagère à peine) qui sert de poste de douane et à coté duquel jaillit une source au dessus d’un bac ressemblant à une baignoire. Le miracle de l’eau nous fait nous y précipiter aussi vite que notre élan est coupé par...l’odeur... Il s’agit d’eau sulfurée, vous connaissez ce doux parfum d’œuf pourri très entêtant et peu compatible avec le plaisir de la boisson, mais le rituel de chacun est identique, après avoir fait marche arrière, on se rapproche plus ou moins tôt à nouveau pour boire parceque c’est nécessaire... Il nous faut nous requinquer, demain l’étape nous emmène à Arlit à fond les manettes vers une nouvelle surprise. Arlit, on nous en a parlé et il y a de quoi. Arlit est une ville minière située dans le massif de l’Aïr au Niger où la France exploite l’uranium dont elle peut avoir besoin, vous voyez pourquoi j’espère... L’accueil promis devait être grandiose et il le sera. Auparavant, pour rejoindre cet endroit par une courte spéciale, il faut d’abord ne pas s’égarer. J’ai le souvenir d’un embranchement assez traître au début qui fit quelques ravages au classement. Ensuite, il faut simplement aller vite. Cette étape m’a laissé avec le recul du temps un très bon souvenir. On était content d’avoir franchi la frontière du Niger matérialisant ainsi notre progression transafricaine et la promesse d’un accueil personnalisé nous excitait beaucoup.

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Arrivée à Arlit...

Moins de 200 km plus loin (de mémoire) nous voilà à Arlit. C’est alors une débauche de tout. D’abord l’enthousiasme des français qui nous reçoivent et nous emmènent chez eux commencer par boire le pastis au bord de la piscine (cherchez l’erreur en plein désert), puis manger des légumes frais (tomates) avec des radis au beurre (assez exotique comme plat), sans parler des vins et de la fête qui vont laisser plus tard quelques jolis maux de tête. Toute la journée et une partie de la nuit sont consacrés à cet accueil sans réserve. Nous apprenons que parmi ces expatriés, un certain nombre sont fanas de buggy et organisent des courses sur une piste qu’ils arrosent copieusement d’eau pour qu’elle devienne boueuse (je rappelle qu’on est en plein désert)... Le Buggy de Sunhill trouvera d’ailleurs là une destination imprévue. Il s’est dit tellement de choses sur ce généreux accueil que je ne peux me porter garant de tout mais il s’est réellement passé beaucoup de choses agréables et sans que nous soyons trop démolis à ce stade de la course, ça nous a quand même fait grandement du bien au physique autant qu’au moral... Il ne pouvait pas ne pas y avoir une petite pointe d’émotion à quitter Arlit. Il nous fallait pourtant bien poursuivre. C’est dans cette étape que nous connaissons notre première cagade, juste en franchissant la ligne d’arrivée à Agades, j’ai le nette sensation brutalement de n’avoir plus que trois roues vaillantes... Effectivement, la rotule supérieure de la roue avant droite venait de décider unilatéralement la séparation non amiable de ses deux parties accordant ainsi à la roue toute sa liberté en ce qui concerne sa fixation supérieure. La fixation inférieure n’ayant pas fait sécession, la roue restait encore attachée à la voiture ce qui tombe d’autant mieux que nous étions nous mêmes assez attachés à nos roues, mais elle était couchée là, résignée. Un instant je crois qu’avec de la persuasion et un peu de force j’arriverai à mettre un terme à ce schisme qui n’a rien d’idéologique, mais devant mes efforts vains, je dois me résoudre à avoir recours au grand sorcier garagiste local et là, c’est une autre aventure qui commence.

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Mécanique à Agades

C’est idiot, mais quand vous venez de France et que vous cherchez un garagiste, vous savez très bien qu’on va vous dire : “Non, mon pauvre monsieur, je suis débordé et je ne peux rien pour vous avant le 15 du mois prochain...” Comment expliquer au garagiste local que nous sommes un peu pressés. Et bien, il n’y a rien à expliquer parce que ici, les gens sont disponibles. Vous n’êtes plus en France (et c’est tant mieux). Accueillis avec un large sourire, Pierrot et moi sommes rassurés par les propos lénifiants de nos hôtes :”chef, on va arranger ça, chef(deux fois)”. La suite nous montrera que nous avons tort mais l’accueil nous fait du bien. Nos sorciers se contentent de réemmaucher les deux parties de la rotule et voilà, le tour est joué. Mes connaissances alors en mécanique ne sont pas suffisantes pour savoir qu’une rotule qui a désobéi désobéira toujours...Et c’est ainsi que le lendemain quelques kilomètres après le départ vers Tahoua (400 km), nous revoilà avec une séparation bien gênante au niveau de la rotule supérieure avant droite. C’est là que va commencer l’apprentissage de la sagesse africaine. Il nous faut impérativement trouver maintenant une solution à notre problème. Je viens d’apprendre à mes dépens que la non conciliation est la règle chez les rotules divorcées. Parmi les fournitures emportées depuis Paris, j’ai du fil de fer de bon diamètre et de bonne qualité dont je sais qu’il offre une très bonne résistance mécanique. Je décide donc de remboîter ma rotule mais de la maintenir ainsi en fabriquant une bride en fil de fer. Cette “réparation” effectuée, nous reprenons lentement la piste pour voir. Je me limite à 25 km à l’heure pour constater après quelques arrêts que ça tient mais se détend un peu donnant un peu trop de jeu. Je resserre avec le risque que ça casse et nous repartons lentement. Par petits bonds nous progressons mais ces conditions mettent progressivement à mal le moral de Pierrot qui me lance un “on n’y arrivera jamais”... Je me permets de lui faire remarquer qu’on y arrivera tard mais pourquoi jamais ? Incrédule, Pierrot ne me répond pas et pourtant nous progressons, lentement c’est vrai mais quand même. Après changements de notre réparation plusieurs fois, me vient l’idée que tressé, le fil de fer améliore considérablement sa résistance à l’effort et son élasticité. Je décide alors de confectionner une bride bien serrée avec du fil de fer soigneusement tressé et le début du miracle s’accomplit, ça tient ! J’augmente un tout petit peu la vitesse en m’autorisant parfois 40 km/h et ça tient. La piste est une piste à ornières, sablonneuse dont nous parvenons à franchir les obstacles. Nous rejoindrons Tahoua à la nuit devant des copains surpris qui nous pensaient naufragés sur la piste connaissant nos soucis mécaniques. Grande joie de se retrouver, douchée par la terrible nouvelle de la mort d’un motard qui en se rendant au départ d’Agades, depuis le camping, roulait lentement tout en mettant son casque, il heurta une pierre, fit une chute au ralenti et tomba sur sa tête non protégée... Nous ne pouvons plus sortir indemnes de ce Dakar, nos soucis sont bien peu de choses...

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L’équipe RTL

C’est à ce moment que RTL va nous donner un coup de pouce. Tous les soirs les sympathiques techniciens s’affairaient depuis l’endroit où nous étions à établir la liaison radio avec les studios RTL pour que Max Meynier fasse son émission sur le Dakar, à laquelle nous étions censés être conviés. Hélas, comme souvent, les acteurs de ce rallye ne parviennent plus au micro largement accaparé par messieurs les professionnels, j’ai nommé les journalistes. Non ils n’étaient pas tous imbus et peu fréquentables, mais tous étaient touchés (La Fontaine). Petit à petit la fréquentation des concurrents s’est étiolée, ils avaient aussi de plus en plus de boulot de maintenance sur leur véhicule, et ça semblait bien arranger nos “copains”. Je me souviens avoir eu à ce sujet un échange un peu vif auquel il m’a été répondu ; “mais je suis journaliste”, j’ignorais alors les qualités attachées à cette fonction. J’ai appris depuis qu’il y en avait aussi des bons et des modestes (moins) comme dans toute société. Toujours est-il que entre les interventions de Max il y avait de la musique émise par Paris et pendant laquelle nous pouvions en cas d’urgence profiter de l’antenne en “off” pour passer un message sur la métropole. C’est grâce à cette opportunité, merci encore RTL, que j’ai pu faire prévenir mon épouse que j’avais besoin d’une rotule avant droite. La chaîne de solidarité a alors merveilleusement fonctionné puisque une fois la pièce obtenue, elle fût prise en charge par l’équipage UTA de l’avion Paris-Niamey à Roissy qui la laissa à l’aéroport où elle fût récupérée par quelqu’un de l’équipe... Un grand merci encore à tous, ça fait très chaud au cœur. L’étape Tahoua Talcho se fera à une allure plus soutenue puisque notre réparation tenait nettement mieux que la première. Il était par contre évident que si nous n’avions pas la pièce à Niamey, nous n’irions pas plus loin. La suite nous montrera que c’était bien vrai.

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Greniers au Sahel...

Nous avons quitté le désert pour entrer dans le sahel. La différence ? Il y a de la végétation sous forme d’arbustes plus ou moins denses mais agressifs pour les carrosseries et surtout une population rassemblée dans de très jolis petits villages. Si les journées sont chaudes (30 à 35°), les nuits sont maintenant plus agréables tout en étant jugées fraîches par les autochtones. Je serai d’ailleurs toujours surpris de constater que les militaires qui fréquentent le voisinage de nos bivouacs pour notre sécurité se protègent du froid par des couvertures dont ils se recouvrent soigneusement. Un jour au Mali, l’un d’eux qui s’étonnait de me voir dormir sur mon lit de camp sans couverture m’a demandé s’il était normal de dormir au froid chez nous. Très fier, je lui ai répondu que chez nous les bélé-bélé ne sont jamais frileux. Bélé-bélé signifie un peu gras ce qui était mon cas (maintenant c’est beaucoup...) et je voulais montrer à mon militaire que je connaissais quelques mots de son dialecte (je crois que c’est du wolof, ou plutôt du bambara) et que les blancs n’étaient pas tous des poules mouillées, en tout cas, ça l’a fait beaucoup rire et nous échangeâmes de grandes tapes fraternelles. A propos d’évènements nocturnes, je vois que j’ai omis de vous raconter les bivouacs surprises du désert. Certaines longues étapes nous ont entraîné à faire une pause le soir pour souffler et nous ravitailler dans la fantastique nuit du désert. L’air est tellement pur que le ciel est extraordinairement clair et étoilé. La voie lactée est visible et ces spectacles nocturnes sont un des immenses plaisirs imprévus de cette expédition. Je vous ai dit que le poids est l’ennemi, dans la vie mais beaucoup en course . De ce fait, les petits rigolos qui savaient bien ça comme les frères Marreau que je salue bien s’ils regardent ( !!!) invitèrent souvent d’autres concurrents à leur table car, outre l’aspect convivial, ça avait l’avantage d’alléger la voiture, charge aux convives de rendre l’invitation plus tard. Cette convivialité a effectivement disparue les années suivantes avec l’apparition de la roulante “Africatours”. J’ai ainsi le souvenir de m’être arrêté une nuit dans le désert et d’avoir partagé notre dîner avec le fils Hugeny, un bien sympathique pharmacien hélas perdu de vue depuis et je le regrette. Nous avions sous cette magnifique voûte étoilée quelques clampins qui partageaient donc sur le capot d’une voiture surchauffée du corned beef, des sardines à l’huile et de la confiture de fraise, menu irréel d’une gastronomie nouvelle arrosé d’une eau pas possible souvent appelée “eau de radiateur” pour sa couleur évocatrice...

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Put... de Baobab !!!!

Quelle ne fût pas ma surprise quand, dans cette nuit magnifique, le fils Hugeny, je crois qu’il s’appelait Max, m’interpelle en imitant un de mes très bon copain, grande figure du monde de l’alpinisme, qui tenait une boutique de sport à Tignes et très très fort en gueule. Je portais sur moi un tee shirt de la station de Tignes et après m’avoir demandé si je connaissais ce compère il me fit cette imitation à laquelle je ne pouvais pas m’attendre et qu’on ne peut apprécier que quand on connaît ce personnage particulièrement haut en couleurs. Tout ceci est peu aisément descriptible mais découvrir dans ces conditions très inhabituelles que nous, qui ne nous connaissions pas 10 minutes avant, rencontrés au hasard d’une nuit saharienne improbable, avions un gentil fou comme copain commun s’ajoutait à la magie du spectacle de la nuit désertique.

Niamey.

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Mécanique à Niamey

Nous ne roulons que dans l’espoir de recevoir notre rotule pour pouvoir continuer. L’atmosphère de Niamey m’est très agréable. C’est notre première grosse ville africaine et il règne cette bonhomie que j’aime bien. Bien que ce soit le premier dakar, il semble profiter de la publicité faite sur les ondes locales car nous sommes interpellés bruyamment d’une manière bon enfant. Pour cette même raison, nous avons de plus en plus de spectateurs aux arrivées ainsi que dans les villages où la classe est suspendue pendant notre passage. Ça nous vaut les hourras stridents des enfants bien agréables, même si ceux-ci seront hélas plus tard victimes de cette grosse machine que deviendra le rallye et que les militaires rudoient un peu fort sur notre passage. Niamey donc où nous errons à la recherche d’information sur notre rotule. Elle aurait été vue ... La rumeur enfle, le miracle s’accomplit, la rotule nous est remise par d’autres concurrents bienheureux messagers. Que la vie est belle. Il ne nous reste plus qu’à trouver un garage pour la monter plus confortablement ce qui est facilement trouvé et nous voilà prêts à poursuivre. Fort de cette expérience de casse sur les pistes caillouteuses du Sahara, j’adapterai une conduite plus cool sur les pistes bien plus sablonneuses du sahel. Dakar se rapproche et le souhait d’y parvenir rend un peu plus prudent. Je ne sais si ces bonnes nouvelles concourent à me rendre Niamey sympathique, mais de retour e France , j’ai longtemps envisagé d’aller m’y installer. 30 ans plus tard je peux vous dire que ça ne s’est pas fait... Nous quittons Niamey pour une longue liaison vers Gao, tranquille. J’apprends le long de cette route qui borde le fleuve Niger que les hippopotames sont des bêtes féroces redoutées des africains. Moi qui ne les connaissais qu’au zoo de Vincennes et les prenais pour de bien placides animaux, il faudra que je me fasse confirmer leur dangerosité pour y croire vraiment. Le dakar, ça peut aussi instruire, messieurs les détracteurs... Ceci est idiot, ils ne risquent pas de lire ce forum ! Puisque nous avons la chance d’être entre gens de bonne compagnie, je vais vous dire une chose, la joie de pouvoir continuer le rallye grâce à l’appoint de ma pièce détachée associée à la perspective de notre journée de repos demain à Gao nous rend bienheureux mon ami Pierrot et moi .

Gao.

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Pirogues à Gao..

Très pittoresque étape sur le fleuve Niger, Gao est la porte d’accès au Sahara par la piste occidentale que le Rallye prendra l’année prochaine en descendant parallèlement à l’axe Alger Tamanrasset mais nettement à l’ouest. L’atmosphère qui y règne est un mélange de désert (aux portes de la ville) et de douceur à cause de la proximité du fleuve Niger. Nous voyons là les habitants en pirogue glisser lentement sur le fleuve. Les voitures rassemblées sur la grande place forment avec les motos un joli “parc fermé” qui n’a évidemment rien de fermé. C’est aujourd’hui repos et celui-ci est le bienvenu. Pierrot et moi décidons d’aller au bord du fleuve, à l’ombre des grands arbres pour se détendre et mettre un peu d’ordre dans notre “shaker”. Les soubresauts de la piste ont été tels que de tout ce qui était arrimé, plus rien ne tient.

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Le coffre est rangé !!...

J’avais fixé une cantine sur le sol du coffre et la tôle de la cantine s’est découpée autour des fixations. Nous avions emportés du lait en poudre et je vous laisse deviner le goût du lait reconstitué avec “l’eau de radiateur” et dans tout ce chahut générés par les pistes, une des boîtes s’était éventrée dans la cantine. Il y avait évidemment bien d’autres menus dégâts dans ce coffre initialement si bien rangé !!! Nous avons donc décidé de tout sortir en même temps que nous faisions un peu de ménage vu la quantité de sable et de poussière qui était entrés dans la voiture pendant toutes ces étapes. Et là, ce fût une nouvelle grosse émotion en voyant les jeunes enfants locaux se précipiter pour ramasser les grains de lait en poudre mélangés à la poussière du coffre. Honte sur nous. Quelle douleur que ce spectacle. Comment ne pas leur donner tout ce que nous pouvions. La culpabilité était forte et il n’y avait aucune agressivité de leur part, au contraire, une grande gentillesse se lisait sur des sourires éclatants. Chaque équipage prenait sous sa coupe un ou deux petits maliens que nous aidions un peu sous couvert d’assistance de leur part. Un jeune Ibrahim était notre compagnon. L’année suivante à Gao, il vint me voir, j’avais du mal à le reconnaître tellement il avait grandi. Il me demanda des nouvelles de Pierrot, ce qui me confirma que c’était bien lui. Nous sommes ensuite restés en contact après le rallye et j’ai pu le faire venir à Paris comme il le souhaitait. Sur le plan administratif, ça n’a pas été simple et c’est tellement dissuasif que j’ai un moment regretté d’en avoir fait la demande officielle. Nous avons enfin eu l’autorisation et Ibrahim à Paris,ressemblait à un môme devant les vitrines de Noël. Un jour qu’il pleuvait, mes enfants viennent me dire : “Papa, Ibrahim, il dit qu’il fait beau” et j’ai dû expliquer aux enfants qu’à Gao, aux portes du désert, quand il pleut, on est assuré d’avoir un peu à manger dans les jardins ce que les enfants avaient un peu de mal à comprendre... Il allait assez régulièrement à l’ambassade du Mali à Paris et s’asseyait là une partie de l’après midi. Il nous disait : “je suis allé chez moi” !!! C’est ce qu’il expliquait au personnel de l’ambassade quand on le questionnait : je viens chez moi ! Un jour, Il nous a un quittés pour aller en Italie voir des gens qui le faisaient travailler lorsqu’ils venaient à Gao et après quelques correspondances, il n’y eu plus de nouvelles. Cette place reste désespérément vide... Ibrahim Issa Maïga... Nous quittons Gao pour nous rassembler sur l’autre rive d’où le départ sera donné demain. Photos interdites, le bac est un objectif militaire... Situation fréquemment rencontrée en Afrique avec cette invraisemblable et constante espionnite. Un groupe de soldats voulait à tout prix me faire arrêter parce qu’ils pensaient figurer sur des photos que j’avais prises alors qu’ils jouaient au foot assez loin derrière. Ils n’étaient évidemment pas le sujet de mes clichés mais il était impossible de leur faire entendre raison. Ils me réclamaient la pellicule. J’ai résisté à leur pression et, de guerre lasse, demandé à voir leur chef. La situation était très tendue. Heureusement l’officier m’a pris en tête à tête pour me rassurer en m’expliquant que je devais comprendre ses ouailles et que lui me comprenait très bien. L’affaire s’est arrêtée là avec une pellicule donnée qui était censée être celle du délit. L’officier n’était pas dupe et ce fut terminé pour le mieux.

Demain départ pour Mopti.

Petit point à faire à ce stade de la course. Paris-Dakar faisait environ 8500 km. Je suis désolé pour les fans d’histoires de bourre tirées pendant la course mais c’est assez loin de la réalité. Cela concerne essentiellement la tête de course et au début de celle-ci. Se tirer la bourre au prologue est amusant mais pas réaliste. Cette course est une course d’endurance et pour être bien placé il faut, d’abord : arriver, ensuite ne pas se perdre, ne pas s’ensabler, crever le moins possible et si les dieux de la mécanique veillent sur vous, avoir le moins de pépins possible. Ensuite, plus vous allez vite et mieux c’est (et c’est aussi plus agréable !). Vous avez dû lire qu’à Arlit, une erreur de piste a coûté de nombreuses heures à la tête du classement le décapitant d’emblée... Notre problème de rotule nous a fait perdre un certain nombre d’heures également rendant notre classement nettement moins attractif. Il est bien évident que lorsque, au décours d’une étape tu côtoies d’autres concurrents, tu tentes bien de passer surtout si celui qui te précède au classement est parmi eux. Tu t’excites un peu moins s’il a 1h 30 d’avance sur toi... Chacun s’arrange surtout pour rouler à son rythme. Quant aux dépassements qui représentent le must mais aussi le plus dangereux en particulier pour les motards que tu enfumes pour de bon, les films en rendent mieux compte que n’importe quel discours (voir ceux sur le site et en particulier celui assez connu des frères Marreau que j’appelle “fais gaffe” parce que c’est répété des dizaines de fois je crois par Claude, à moins que ce ne soit Bernard (c’est le chevelu qui cause...). Le problème est simple, rester le moins possible dans la fumée de l’autre et ça s’obtient soit avec des chevaux, soit avec l’astuce et des fois du talent pour passer par une variante qui elle seule te permettra le dépassement ou te fera te planter...

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Tôle ondulée...

L’ardeur à dépasser décroît assez régulièrement au fur et à mesure que la course avance. Elle était à son comble dans le désert où il y a de la place, mais moindre plus tard. Le spectacle des nombreux tonneaux en particulier des Toy châssis courts dans le désert a refroidi beaucoup les ardeurs. En ce qui me concerne, mon but était d’abord d’arriver, ce que j’ai quand même fait les trois fois et ensuite le mieux possible mais même si ce n’est pas fun, c’est bien plus souvent la course du lièvre et de la tortue...Vous en jugerez particulièrement bien quand je vous raconterai l’ineffable étape Bamako-Nioro qui est restée dans la mémoire de tous les participants. Un dernier point important pendant ce Dakar et qui a presque disparu ensuite, c’est la solidarité. Quand tu doubles une voiture en rade ou pis encore un motard, nous sommes en milieu inhospitalier, il ne faut pas l’oublier, il est impératif de porter assistance (avez vous entendu parler de ce qui se passe dans le Vendée globe ou autres même s’il faut garder les proportions ?). Le désert a beaucoup de points communs avec la mer... La course “sauvage” prendra effectivement de plus en plus la place de ce Dakar bon enfant dans les éditions suivantes.

Nous voilà au départ de l’étape Gao-Mpoti, très longue, décrite comme d’une beauté envoûtante avec une arrivée sur le site de Mopti dont la réputation est attrayante. Les températures rencontrées ont sensiblement évolué depuis le début surtout la nuit. La chaleur dans la journée est ressentie plus lourde vraisemblablement du fait d’un air nettement moins sec que dans le désert. Je ne sais si c’est aussi le sentiment de notre Lada, mais elle manifeste assez rapidement son mécontentement d’être surmenée dans ces conditions. Le terrain est très difficile avec dans la première partie de profondes ornières sablonneuses. Il faut surtout éviter de nous poser sur les ponts, risque encouru quand les ornières sont trop profondes. Succède à ce terrain sablonneux, une partie très cassante. Ça va, pour la casse, on a déjà donné. Dans le cadre de la préparation, nous avions installé un ventilateur électrique (encore peu fréquent à cette époque) avec une commande manuelle doublant le circuit de commande normale. Cette commande nous permet de “refroidir” avant qu’il ne soit trop tard et quand il est prévisible que ça va être chaud !!! Nous y avons souvent recours aujourd’hui, en général avec succès mais arrive le moment où plus rien ne fait. Nous avons beau avoir mis le chauffage à fond, ce qui aide au refroidissement du moteur, mais à quel prix sur le confort dans l’habitacle, l’aiguille du thermomètre flirte dangereusement avec le rouge allant même parfois jusqu’à lui faire la bise...

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Panne...

Il faut s’arrêter si on veut voir Dakar autrement qu’en rêve. Après avoir attendu un peu que la température soit telle qu’on puisse mettre le nez et surtout les mains dans le moteur, la panne est diagnostiquée : calorstat HS... En se brûlant copieusement les mains, le démontage est entrepris et la solution consiste à mettre hors d’usage la vanne thermostatique branchée alors en direct. Ça a comme inconvénient de ne pas être très bien toléré par le moteur quand il gèle... Pour aujourd’hui et les jours suivants, on est tranquille. Cette intervention effectuée sur le bord de la piste nous permets de reprendre une progression plus normale vers Mopti que nous atteignons néanmoins très tard. Tant pis il n’y aura pas de tourisme dans ce lieu pourtant réputé.

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Monts maliens...

Tout au long de la piste se déroule un spectacle magnifique avec le mont Hombori suivi des falaises du pays dogon. Quel pied. Tant pis pour Mopti. Il est évident que notre classement pâti de cette panne. L’étape de demain est longue mais avec une grande partie sur le goudron pour joindre en liaison la ville de Bamako... Ce sera peut-être moins éprouvant pour nous et la mécanique. Je ne sais pas pourquoi, mais la perspective de notre arrivée à Bamako me laisse un peu indifférent. Je ne ressens pas la même excitation que pour Niamey. Je sais que je ne suis plus dans l’attente de mon dépannage via UTA mais il s’agit plutôt d’une sensation de “presque fini” comme si l’excitation commençait à retomber. Il faut dire que ça fait deux semaines qu’on attaque comme des malades dès qu’on le peut, qu’on passe de plus en plus de temps tous les soirs à “mécaniquer” pour maintenir la bête déjà bien souffrante en l’état et qu’on dort de moins en moins. Il faut impérativement tous les soirs faire la partie de serre-boulons si on ne veut pas se voir dépasser par une de nos roues ou assister à l’effondrement d’un demi-train avant. Le pont arrière fabriqué avec du fer à ferrer les ânes se déforme de plus en plus dans un carrossage impressionnant, entraînant des débuts de fuite d’huile et menace de tirer sa révérence. Nous avons profité de notre réparation à Niamey pour renforcer sérieusement celui-ci et les goussets d’amortisseurs avants qui depuis longtemps étaient épris de liberté. Nous n’avions pu faire jusque là que des replâtrages, à Niamey, ce fût du sérieux, néanmoins nous sommes très inquiets pour le pont et nous apprendrons à notre retour en France qu’il y avait de quoi. Il se dit même que la chance dont nous avons profité pouvait nous laisser des doutes sur la conduite de nos femmes pendant notre absence.... Nous avons également pas mal de problèmes électriques mais nous savons que ça n’est vraiment pas le point fort des Lada.

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Bien rafraichie...

Le régulateur de tension régule ce qu’il veut mais pas toujours la tension et transforme parfois la batterie en bouilloire sûrement par solidarité avec le rituel du thé à la menthe, quant au démarreur il est devenu si capricieux que la manivelle n’a plus de secret pour nous (attention aux retours dans les poignets !!!). Dans ces conditions Bamako est une espèce de havre. A la réflexion, ce qui a peut-être le plus souffert, ce sont nos carcasses et Pierrot et moi ne serions pas contre une nuit dans un bon lit au calme de l’abri d’une chambre. Il y a bien l’hôtel de l’Indépendance à Bamako qui trône majestueusement du haut de son gratte-ciel un peu incongru ici, mais il nous paraît hors de nos moyens. Nous recherchons un établissement plus modeste et nous trouvons le gîte à l’écart de la ville dans un coin bien sympa à proximité du fleuve. Ouf, un peu de vrai repos. Nous y sommes avec un autre équipage dont je ne me souviens plus du nom, sur Range je crois, sponsorisé par une marque d’aliments pour animaux, ça ferait bien rire les africains qui eux ne mangent pas tous les jours !! C’est d’ailleurs une des choses qui m’a le plus perturbé en rentrant en France, c’est de retrouver de la pub pour les aliments des chiens et chats. Quelle perversion ! Les détracteurs du Dakar n’ont pourtant jamais pris position. Peut-être qu’ils jugent que les africains ont assez à manger ! Cet équipage est constitué par un couple. Dans la soirée retentit ce qu’il convient d’appeler un “Huuurrrlement” de la femme de notre copain. Elle avait voulu prendre une douche et venait de rencontrer un spécimen de la faune des insectes locaux dont les dimensions étaient tout à fait inhabituelles. Après un safari organisé, nous mettons fin victorieusement à la vie de la bête et, essoufflés , nous retournons dans les bras de Morphée... Nous avons bien raison de faire le plein de repos, demain, c’est Bamako-Nioro...

Nous extraire de Bamako est plutôt aisé. Thierry nous prévient, la piste est un peu compliquée et je crois même me souvenir qu’il nous avait dit n’avoir pas pu la reconnaître lui-même en raison de la saison des pluies... On retrouve d’emblée des pistes sablonneuses avec parfois des ornières impressionnantes, camionesques. Le terrain est souvent défoncé mais deux facteurs vont avoir un rôle prépondérant : la multiplicité des pistes et le vent du désert qui se lève donnant une visibilité perfectible. Il s’agit vraiment d’une étape où on se bat contre l’environnement plus que contre les autres concurrents. Les villages sont étonnamment nombreux et les pistes dans tous les sens. Dans cette galère je rencontre René Metge en mauvaise posture avec le break 504 de l’AMSAM. Comment a t-il fait pour arriver jusqu’ici ? Un petit coup de câble pour le sortir de là et j’ai la fierté d’avoir aidé ce seigneur des rallyes, un mec. Nous continuons à nous battre contre cette piste pendant des heures avec des passages de trial géants à escalader et des trous énormes difficiles à négocier . Plusieurs fois on est limite de se poser sur les ponts et il nous faudra avoir recours au tire-fort pour nous sortir de positions inconfortables. Nous avançons lentement pour réaliser enfin que nos repères ne correspondent plus au road book, nous sommes paumés.

Si, dans le désert les consignes sont simples : demi tour jusqu’au dernier domicile connu ! Il en va de toute autre manière ici. Il faut d’abord savoir que la seule carte que nous possédions est la carte Michelin 153 au 1/1 000 000, pour les détails, il faudra repasser. Imaginez vous dans les bois à la campagne avec la seule carte de France en une feuille pour vous repérer !!! Circonstance aggravante, la nuit tombe. Nous nous retrouvons sur des sentiers qui nous semblent en cul de sac ou carrément hors piste dans des herbes plus hautes que le capot. Les phares ont une portée limitée dans ces conditions.

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Harmatan...

Pierre et moi faisons le point sur notre situation. Nous sommes d’accord sur la zone où on a quitté le bon itinéraire et nous évaluons notre supposée position. L’étude de la carte nous fait penser que nous sommes allés trop à gauche (ouest) et qu’il faut se diriger nord-est pour retrouver la bonne piste. Nous identifions le cap avec la boussole emportée en prenant soin de nous éloigner suffisament de la masse métallique de la voiture pour faire le point. En effet, si vous restez trop près de la voiture, l’indication de la boussole est altérée et donc plus ou moins fausse. Je note donc la direction à suivre par rapport à la lune assez bien visible (le vent est retombé). Nous avançons au pas ou presque et nous allons devoir faire face à des obstacles constitués par des branchages plus ou moins importants au sol sur lesquels nous nous coinçons assez régulièrement. Chaque fois il nous faut faire d’assez nombreux efforts pour nous libérer de ces entraves. Une fois, dans l’impossibilité de nous défaire d’une branche engagée dans le train avant, il nous faut carrément déposer la roue et nous battre pour pouvoir repartir. Entre temps, je heurte quelques troncs d’arbre et réussi à casser un phare, une autre fois je modifie la sculpturale beauté d’une aile avant, façon César. Une autre fois encore, par une mauvaise synchronisation avec Pierre pour nous dégager d’un obstacle, une marche arrière retourne la porte restée ouverte. C’est la foire du Trône. La voiture prend des coups comme au stand forain. Nous sommes fatigués. Nous n’avons pratiquement plus d’eau pour en avoir donné pas mal aux motards en galère et la situation nous sèche la bouche. La lassitude est plus importante que le stress car dans ces conditions inhospitalières, je reste convaincu que nous nous sortirons de là tout comme nous avons fait tant de kilomètres avec une rotule maintenue par du fil de fer et mon moral soutient je pense celui de Pierrot. Nous progressons lentement mais nous progressons.

Jamais un mot ne sera dit plus haut que l’autre entre Pierre et moi et pourtant, Dieu sait que ce genre de situation est propice aux clashs. De nombreux mois plus tard, en constatant ces faits, nous déciderons de travailler ensemble en déclarant que si on ne s’est pas engu...lé dans ces conditions, on pourra ne jamais s’engu...ler . Toujours est-il que nous continuons notre lente avancée et que je vais découvrir une chose si simple et que je devrais avoir honte d’avoir ignoré à l’époque : la lune bouge... et ne représente donc évidemment pas un point de repère précis pour l’orientation... Nous décidons donc simplement de faire le point à la boussole plus souvent ... Notre démarche opiniâtre vers le nord-est porte enfin ses fruits puisque dans la nuit nous apercevons une première fois la lueur des phares d’un véhicule se déplaçant de droite à gauche, donc dans le sens de l’étape mais encore assez loin traduisant donc la présence de la piste. La direction était bonne. Nous continuons ainsi notre progression jusqu’à apercevoir, cette fois-ci tout près de nous, passer une voiture qui ne nous voit pas nous confirmera t-il à l’arrivée. Ouf, nous voilà à nouveau sur la piste. Nous ne savons pas avec précision la distance qui nous sépare de l’arrivée en raison de notre détour mais nous ne devons plus être très éloignés. Nous nous sentons mieux et les derniers kilomètres, puisque nous sommes effectivement près d’arriver à bon port se passent dans une ambiance plutôt détendue. Quelle n’est pas notre surprise alors de nous voir si peu nombreux à l’arrivée .Nous apprenons ainsi la débâcle générale de toute la caravane. Il me semble me souvenir que nous étions à peine une dizaine. Une certaine fierté nous envahit en apprenant ça même si l’état de la voiture un peu ruinée en une seule étape ne devrait pas nous rendre très fiers de notre exploit... Heureux et fiers mais fatigués de ces émotions, Pierre et moi sommes un peu comme des zombies, sur une autre planète. Il nous est arrivé tellement de choses hier et pour chacun, pour la première fois de notre vie, qu’un sentiment d’étrangeté flotte encore parmi nous. J’ai hâte d’arriver à Kayes dont on m’a parlé, en particulier comme étant le point le plus chaud du parcours du moins d’après les statistiques météo et j’en oublie un peu la course. Mes souvenirs de cette étape sont assez flous. Il me semble que nous avons dû affronter encore quelques joyeux passages. Ce qui en est le plus étonnant est le caractère très trialisant vraisemblablement à cause de l’importance de la période des pluies et ses conséquences sur ce type de terrain. Ça ne me déplaît d’ailleurs pas du tout. En 1981, au volant du camion d’assistance Lada, je ferai un numéro de trial dont je me souviendrai toute ma vie et dont je suis très fier. Tant pis pour les chevilles, cette histoire m’avait d’ailleurs valu quelques commentaires admiratifs dont je n’étais pas peu fier... Fini pour l’autosatisfaction. Il est vrai que j’aime beaucoup le franchissement, en moto ou en voiture et que l’art de l’adhérence et de la motricité me séduisent beaucoup. Les passages un peu difficiles sont donc pour moi une récompense à ce jeu. Je vais pourtant avoir sous peu l’occasion de montrer que je sais aussi ne pas être bon.

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Lavandières à Kayes...

Ce parcours sans trop d’histoires avalé, nous arrivons à Kayes la bienfaitrice. J’ai beaucoup aimé et ne sais pas complètement pourquoi. Nous y sommes arrivés assez tôt. Le cadre est magnifique et la ville assez grande. le large fleuve se traverse par un “pont-gué” étant l’un ou l’autre suivant le niveau des eaux. Nous avisons un petit troquet et rêvons d’étancher notre soif avec une bonne bière. Un grand ventilateur brasse l’air un peu moite de ce café tenu par “une grande folle” (j’ai parlé d’un pont gué pas d’un pont gay) qui nous fait en même temps beaucoup sourire et curieusement revenir dans la civilisation. Le caractère homo est assez peu exprimé dans la brousse surtout au rythme où nous la traversons... Pierre et moi commençons à penser à notre retour. Quelque part l’épreuve d’hier passée, nous fait croire que “c’est presque fini”. Nous prenons la route de Kidira pour passer la frontière du Sénégal à gué plus loin. Sur cette piste, nous croisons quelques hordes de singes et comme pour les hippopotames, je réagis en parisien en imaginant dans un réflexe qu’ils se sont échappés. Et oui, je revendique le droit d’être parfois un peu stupide mais rassurez-vous, j’ai rapidement corrigé le tir dans ma tête. Pour me soigner je suis allé de nombreuses années plus tard au Kenya et bien c’est officiel, il y a beaucoup plus d’animaux en liberté qu’au zoo et c’est tant mieux !!! Arrive maintenant le second morceau de bravaoure de ces jours-ci, le gué de Kidira.

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Mauvaise posture...

Le fleuve est large et ne semble pas trop profond pour les voitures. Parc ontre la sortie est osée, ça se confirmera. Les motos passent sur le pont de chemin de fer à côté et le gué des camions est au pied de celui-ci, il est trop profond pour les voitures mais sa sortie est fréquentable... C’est mon premier vrai gué et ça se voit parce que arrivé aux deux tiers je me plante lamentablement. Nous avons de l’eau jusqu’à l’entre jambes et le moteur est noyé. Très charitablement, l’équipe TF1 de Chapel et Dunac tire un câble et nous sort de là avec leur Pinzgauer. Je leur suis très reconnaissant mais pas très fier de moi d’autant que j’ai la sensation d’avoir facilité le plantage d’autres concurrents derrière... Sorti de cet obstacle, il nous faut tout vidanger...

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Mauvaise posture...toujours...

Je ne suis pas sûr d’avoir été très écolo ce jour là et n’en suis toujours pas fier. Il fallait bien poursuivre ce que fît la voiture sans rechigner une fois la “toilette” faite. La suite sera beaucoup plus difficile pour les concurrents parce que la sortie très pentue est très rapidement devenue impraticable après avoir été arrosée par de nombreux concurrents. Elle se transforma en patinoire, et en enfer pour le camion Unic qui, je ne sais pourquoi a choisi cet itinéraire et restera planté 20 heures... L’arrivée à Bakel se fait sans encombre. Le bivouac a lieu dans les jardins de la sous préfecture, joyeuse ambiance garantie. Un air de vacances flotte et l’insouciance est reine chez nous. Pas de pépin mécanique, il reste à dérouler les dernières étapes sénégalaises et on rentre. Le lendemain, en roulant sur une piste sans intérêt qui bordait une voie ferrée, je sens que Pierrot qui n’a pas de note à m’annoncer sur l’itinéraire, est assez loin. Comme je l’interroge, il me répond qu’il pense à Domi sa compagne et qu’il a hâte de la revoir. Ça en dit long sur l’état d’esprit. L’environnement, dussais-je contrarier les sénégalais, est moins attrayant. La civilisation y fait ses ravages et comme je répondais à un sénégalais qui m’interrogeais sur ce sujet, il me répondit : “mais vous savez, ici il y a plein de problèmes qui se posent, c’est comme à Barbès. Vous connaissez ?” Je me suis senti bien renvoyé dans les cordes. Le soir à Louga, nous allons dîner dans un restaurant du coin où nous passons une excellente soirée. Je traîne avec moi un couteau Laguiole. Oui je sais, ça n’est pas encore la mode et c’est tant mieux. Figurez vous qu’un de mes meilleurs amis originaire de là bas, m’a fait découvrir ces couteaux au temps béni où il n’y en avait que des vrais (et beaux) en particulier chez Calmels. Depuis, je ne me sépare jamais de mon Laguiole sauf qu’au restaurant, je l’ai oublié le soir sur la table. Le lendemain matin, me rendant compte de ma méprise, je retourne à ce même restaurant où un large sourire m’accueille en me disant : “je ne sais pas si on a votre couteau mais tout est à la plonge, regardez donc si vous le trouvez”. Il était bien là où j’ai pu le récupérer. Je savoure d’autant plus cette histoire qu’un jour, dans un hôtel huppé d’Irlande qui est un pays que j’aime beaucoup et que je visite souvent, il m’est arrivé la même mésaventure avec un Laguiole au manche en corne rose, mais celui-ci magnifique, a trouvé preneur... Les irlandais ne sont pas plus voleur que les africains mais à Louga j’ai pu récupérer mon couteau... Ceci dit, dans cette même Irlande, je me suis fait voler mon argent, mon camescope et autres babioles. Je me souviens alors d’un énergumène de la Bande Lada faisant un scandale en 1980 ou 81 parce qu’on lui avait volé son blouson Lada dans le désert algérien. J’ai eu toutes les peines du monde à lui expliquer que nous étions de la provocation permanente pour ces gens miséreux... Le même disait des africains : “regarde ils ne foutent rien de la journée et restent à l’ombre des arbres”. Tout le monde ne mérite pas le dakar surtout ceux qui y sont pour leur boulot...

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Encore un effort..

C’est le dernier jour et le franchissement du sable pour rejoindre la plage pose problème à encore un bon nombre de concurrents. Il fait un sale temps. Il y a là un camion (je crois même que c’était Groine) qui navait pas pu suivre le rallye et qui nous rejoignait. Dans ses “soutes” du jambon et du vin rouge. C’est de loin le meilleur vin rouge que j’ai bu de ma vie et pourtant, il y a eu de la concurrence... Le temps se lève un peu et les derniers kilomètres s’effectuent comme une parade avec la traversée des plages encombrées de magnifiques pirogues de pêcheurs toutes chamarrées qui annoncent la proximité de l’arrivée. Ensuite c’est le bord..l d’une circulation dantesque dans les coups de klaxon au milieu des fusées de détresse jusqu’à la place de L’indépendance. C’est fini, on est là et fiers de l’être.

EPILOGUE

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Ecorchée mais là...

Après deux jours de tourisme à Dakar et particulièrement la visite de l’ile de Gorée d’où partirent tant d’esclaves, nous sommes rentrés par Air Afrique chez nous... L’arrêt de l’excitation de la course m’a permis de dormir un peu plus de deux jours... Les habitudes de travail reprises, je contacte l’importateur Lada (Ets Poch à Argenteuil) et plus particulièrement le responsable technique, Monsieur Bourgogne. Je lui explique au téléphone que je suis un des sept participants au Dakar en Lada et un des deux seuls rescapés. L’autre, un pharmacien de la côte d’azur ayant revendu sur place sa voiture, la mienne est donc la seule disponible ayant fait toute la course. J’ai à l’autre bout du fil un interlocuteur poli mais peu bavard, habitué qu’il est à être beaucoup sollicité. Je lui demande sans contrepartie s’il serait intéressé de voir la voiture à son retour, accompagnée d’un résumé des pannes subies ainsi que celles observées chez les autres Niva. Je reçois une réponse courtoise positive et rendez vous est pris pour le retour d’Afrique et la récupération du véhicule.

Quelques semaines plus tard je prends possession de ma voiture au Havre, un peu plus abîmée qu’à Dakar après avoir reçue une charge sur le toit déformant nettement le pavillon mais l’arceau de sécurité a rempli son office. Le retour à Paris s’accompagne d’encouragements et félicitations d’un certain nombre d’automobilistes qui me klaxonnent sur l’autoroute, c’est sympa.

Le moment est venu de se rendre chez l’importateur Poch et le nouveau contact avec Monsieur Bourgogne est OK. Comme nous deviendrons amis, il me racontera plus tard qu’il était décontenancé par mon attitude car à aucun moment je ne lui ai demandé quoi que ce soit. Lui qui était habitué à être presque harcelé se demandait si un jour je demanderai quelque chose...

La voiture amenée dans les locaux techniques de Bezons, je rencontre enfin Monsieur Bourgogne qui paraît assez intéressé. Je lui propose en réponse à sa question, de garder la voiture le temps qu’il veux en lui indiquant que je n’avais pas d’autre rallye prévu pour l’instant ! Petit à petit, il me propose de la remettre un peu en état et je l’en remercie beaucoup par avance insistant sur la gentillesse de sa proposition. Bourgogne me confiera plus tard qu’il hésitait entre “doux illuminé” et énigmatique à mon sujet. Une extrême courtoisie régnait dans nos rapports et nous avons appris progressivement à nous connaître. Quelques semaines plus tard, la voiture était à ma disposition. Quand je me rends à Bezons pour la récupérer, elle est magnifique, totalement refaite. Je suis vraiment très touché et ému de ce travail, de plus gracieusement effectué. Bourgogne se rend compte de mon trouble ce qui nous rapprochera encore un peu. Je me confonds en remerciements renouvelés. Il me questionne sur mes projets et je lui répond que j’ai maintenant le véhicule qu’il faut pour recommencer...

Il me propose alors de m’aider un peu si je recommençais. Je ne vous décris pas ma joie... Au fil du temps, l’aide des Ets Poch via Bourgogne est de plus en plus importante. Comme ils préparent deux voitures “maison”, ils me proposent de venir préparer moi même la mienne dans leurs ateliers et de bénéficier outre de leurs infrastructures, de conseils voir de pièces “d’usine” dans une certaine mesure. C’est ainsi que des semaines durant, le soir après le travail, et le week end souvent, je me rends à Bezons (où ils travaillent comme des malades) pour préparer mon auto en bénéficiant de très nombreux conseils. J’apprends à démonter presque les yeux fermés la voiture qui perd tout ses secrets pour moi. Un gros plus pour la maintenance dans les courses à venir. J’apprends d’abord et ce sera un très gros boulot, à allèger un maximum la voiture.... L’ambiance est extra et l’accueil des mécanos formidable. Ils sont un peu surpris de voir un toubib (c’est mon job dans le civil) se salir les mains comme eux et se glisser dans et sous la voiture pour mécaniquer. C’est ainsi que je fais la connaissance de Jean Claude Briavoine et d’André Deliaire son mécano et co-pi que hélas je perdrai de vue tout deux bien des années plus tard... André prépare la voiture de Jean Claude et est de bons conseils. J’aime bien ce gars un peu fou (autant que moi au moins). Jean Claude dans son genre mérite bien aussi le détour. Il ne fait pas de doute qu’on rencontre dans ces milieux inhabituels des gens... inhabituels !

L’aventure du prochain Dakar commence son écriture....

Christian Duboscq, Avril 2009

Portfolio

Au Trocadéro... "PEF" en vue Alger Alger la Blanche... Découverte saharienne... Le coffre est rangé !!... Toilette matinale... Qui va le plus vite ?... En route pour le désert... Le pied sur le piste !!... Mécanique à Agades Greniers au Sahel... Put... de Baobab !!!! Petite pause... Mécanique à Niamey Bien rafraichie... Pirogues à Gao.. Monts maliens... Lavandières à Kayes... Encore un effort.. Ecorchée mais là... Mauvaise posture...toujours... Mauvaise posture...Encore ! A Agades.. Arrivée à Arlit... Entrée au Niger.. A Marseille, sur le port... Pendant le prologue.. Tôle ondulée... Les Gorges d'Arak... Rencontre malienne Mauvaise posture... Panne... Les deux compères au départ... Harmatan... L'équipe RTL

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