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Yamaha 500 XT n°3 : Christian Rayer...Pilote officiel Yamaha

dimanche 20 septembre 2009, par Jeff

Par Christian Rayer.

Je pourrais raconter pas mal d’anecdotes vécues pendant ces DAKAR et même aussi dans le " ABIDJAN-NICE", bien que ce ne soit pas le sujet de votre site... Cela à été la première grande course Africaine qui permit au DAKAR d’exister par la suite. D’ailleurs "Thierry" y participait comme concurrent en moto et a passé plusieurs jours totalement perdu seul dans le sud du "TIBESTI”. Je me souviens très bien avoir été le dernier concurrent à l’avoir doublé sur ma MX et puis plus rien....


"Mais, effectivement, pour en revenir à ce premier Paris-Alger-Dakar en 1979, il y a pas mal de choses encore à dire et certaines choses que personnes ou très peux savent... En ce qui concerne toute l’équipe "YAMAHA" emmenée par son directeur JC OLIVIER, la préparation des motos et camions ont été confiée aux frères Maingret (de Pont de Vaux ), qui assuraient également l’assistance technique sur place dans la course (très bien d’ailleur ! tout en conduisant le camion ).

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Toutes belles au Trocadéro...

Les motos : des TT 500 - spécialement expédiées par l’usine pour être ensuite transformées et modifiées à " Pont de Vaux " (Grand réservoir - selle confort - suspensions différentes - fourche " YZ " - amortisseurs " KONI " - porte paquet AR - outillage-moteur du TT plus performant que le XT std etc. .... ).

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L’équipe Yamaha...avec Bacou

L’équipe YAMAHA était elle composée de quatre pilotes , JC OLIVIER (n°5), RUDY POTISEK ( qui remplaça au dernier moment le grand BACOU qui avait un problème de licence avec la fédération et qui avait le n°4), GILLES CONTE (n°2) et moi-même(n°3). L’équipe d’assistance mécaniciens était comme on l’a dit assurée par les deux frères MAINGRET sur un camion Unimog (n°105) et par DOMINIQUE ROCHETTE avec HUBERT RIGAL sur un Range-Rover (n°100) sans oublier un avion bimoteurs avec pilote et Kiné.

LA GROSSE ANECDOTE CUISANTE DE CE PREMIER DAKAR :

   Thierry Sabine était un gentil garçon que j’aimais bien, que tout le monde aimait bien , mais c’était aussi déjà un redoutable homme d’affaire et un show man avec de grosses ambitions. Dans ce premier DAKAR il nous a bien planté, moi , mais aussi quelques autres et non des moindres puisqu’il a s’agit des dix premiers Autos et motos du classement à la moitié du rallye !!!!

 POURQUOI ET COMMENT  ? :

 C’est très simple, au départ du fort de " BILMA " dans l’étape " Bilma - Arlit", après avoir donné le départ des dix premiers du classement de minute en minute , Thierry , qui suivait de très près au jumelles depuis la ligne de départ sa course, s’est aperçu que tout le rallye partait dans la mauvaise direction, dans une fourche deux kilomètres après le départ !!! Tout le monde y compris les journalistes télé partis en premier se sont trompés ! Tout le rallye allait se tromper !!!  Que faire ? Laisser les choses se faire au risque d’un tollé général pour une première organisation ? Ou bien intervenir en envoyant quelqu’un pour barrer la piste et re-diriger tout les suivants dans la bonne direction ? Thierry à choisi la deuxième solution bien sûr ! (il y a une dizaine de témoins sans problème qui étaient à coté au départ à ce moment précis)    Résultat pour les sacrifiés... une sacrée galère et six heures de pénalité arrivés à "ARLIT". Bien sûr, nous avons tous porté réclamation. C’était sportivement un scandale ! Mais Thierry fut intraitable et ce ne sont pas les autres qui prirent notre défense ! Au contraire, le onzième s’est retrouvé premier , tout le monde avait gagné dix places et non des moindres !!! Quelle aubaine !  Voilà comment l’on perd un DAKAR sur le tapis vert même quand vous êtes parmi les “meilleurs !!” Je suis quand même reparti le lendemain d’ARLIT (Bien que "JCO" avait bien pensé un temps abandonner, sportivement écoeuré, avant de se raviser ) avec + de six heures de retard au général et à la 75° place .

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A ce moment là de la course, après Reganne-In-Salah...1er au général

Pour Comprendre un peu mieux "comment tout cela a bien pu arriver", il faut en fait expliquer ceci : lors de ce fameux départ pour la spécial d’Arlit, j ’étais premier au classement général moto mais je partais en seconde position...Mon coéquipier " Rudy Potisek" avait remporté l’étape de la veille Tam-In Guezzam... Rudy, c’était une pointure en cross et en tout-terrain ( voir ses résultats aux Touquet plusieurs fois dans les deux premiers ! ) mais c’était chacun pour soi et j ’étais bien décidé ce matin-là, au moment où Thierry me donne le top départ, de mettre comme l’on dit le paquet !!! Je me rappelle très bien avoir vu, malgré la vitesse les secousses et la position semi-couchée sur ma machine, les gens de la télé filmant au bord de la piste. Ensuite les heures passent, on à le temps de réfléchir tout en pilotant , et je commence à me dire que si j’aperçois " Rudy " c’est que j’ai bien roulé ! Mais toujours rien et je commence à penser qu’il y a peut-être un problème car je m’inquiète pour l’essence, le kilométrage... Le ravitaillement semble déjà dépassé ? ce n’est pas normal... Effectivement j’aperçois enfin la poussière de " Rudy " je suis rassuré ! Mais non ! car il fait demi-tour...que se passe t’il ? Nous ne sommes peut-être pas sur la bonne direction ? Je n’arrive pas à y croire , c’est pas possible...nous retirons nos casques, sommes tout les deux atterré, nous n’avons plus d’essence !!!! C’est pas possible....on ne comprend pas !!! Les minutes passent et au lointain, d’autres concurrents arrivent et parmi eux il y a le “boss" “Jean-claude Olivier"...

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JCO....Pilote et Big Boss...

Lui aussi est là comme nous, interloqué ( je me dit que c’est la galère , mais je suis pas mécontent que le Boss soit là lui aussi , je n’aurais pas à lui expliqer ce qui vient de se passer ). Après de longs moments de palabres et que quelques autres concurrents nous aient rejoints , il y a là toute la tête de la course !!!! Nous sommes 8 ou 9 concurrents, et...il faut savoir ou nous sommes !? Où est "ARLIT" ? Nous déployons les cartes et nous en déduisons que peut-être nous sommes trop au sud ouest, dans la direction de " AGADES ", en plein désert , mais nous arrivons finalement non pas dans un village mais dans une sorte de camp fermé et gardé par un homme en armes, JCO, après de difficiles palabres, obtient l’arrivée du responsable de l’endroit , Et là surprise...il s’agit d’un Japonais habillé en golfeur qui s’apprête avec quelques autres Japonais à aller taper la balle gentiment !!!! Nous sommes un jour férie et nos Japonais nous expliquent qu’ils sont désolé mais ils ne peuvent rien pour nous ! pas d’essence ! Là, “Jean Claude" se fâche et sort son meilleur anglais pour gentiment leur expliquer que nous représentons une honorable et importante firme Japonaise justement, et que cela fera tache dans le décors lorsqu’il va devoir raconter au pays du soleil levant que des honorables compatriotes Japonais nous ont refusé leur aide en plein désert africain au milieu d’une compétition de renommée internationale ! Il y eu comme un silence dans les rangs !...et après quelques palabres dans la langue "Sumo", nous obtenons l’essence nécessaire pour tous le monde et gratuitement sil vous play ! Merci Messieurs ! Et sans abuser, pourriez vous nous prêter un guide chameliers pour rejoindre ARLIT ? Et encore merci messieurs pour cette générosité si “spontannée” .

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Arrivée à l’étape...

Et voila comment nous regagnâmes ARLIT en convoi quelques 5 heures plus tard, pour s’entendre dire que nous nous étions trompés de route et que c’était de notre faute, puisque les autres eux étaient arrivé s’en problème. La suite...vous la connaissez .

Au départ de l’étape suivante (puisque au final, JCO à décidé grand seigneur que justement nous n’abandonnerons pas la course malgré cette félonie ! ), il y avait de l’électricité dans l’air, une certaine tension qui chez moi s’était transformée en écœurement provisoire mais sérieux alors que chez mes coéquipiers" Rudy et JC ", en revanche, c’était plutôt du genre “on va leur montrer etc...etc ..”. Je ne parle pas de "Gilles Conte" car le pauvre, depuis la première étape ou il avait crevé, était assez loin au classement général et là, d’un coup, se retrouvait devant nous et même bien devant nous ! Donc, je pris le départ sans conviction, ce qui n’était pas dans mon habitude, mais à quoi bon se battre contre des moulins à vent ? Je roulai vite mais s’en plus...quand j’entendis deux boulets de canons arriver derrière moi... Qui m’avait rattrapé ?... "Rudy et JC " bien sur !!! Ils étaient déchaînés et JC me faisant signe de mettre la gomme, je lui répondis d’un geste sans équivoque qu’ils passent devant sans moi ! (Je trouvais assez stupide de risquer ma "vie"l orsque l’on se retrouve à la 75° place !!) .

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Auprès de Le Guyader qui a chuté...

ET MALHEUREUSEMENT ! ........... La suite allait me donner raison ! J’ai d’abord "ramassé" Le Guyader qui s’était planté et l’ai laissé aux mains des médecins avant de continuer...Quelques cinquante kilomètres de piste infernale plus loin, j’arrive sur “Rudy " allongé seul et inerte comme un pantin désarticulé au milieu de la piste. Je passe le maximum de temps avec lui le temps que les secours arrivent ( une demi-heure ), En fait il ont roulé en se tirant la bourre et Rudy a chuté lourdement derrière JCO qui ne s’est aperçu de rien ! (il va s’en tirer avec bras et clavicule cassés c’est terminé pour lui !!!) Pour moi, voila encore une étape qui va bien me faire reculer dans le classement général à "AGADES ".

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Au départ de Arlit-Agades...

Au départ de "AGADES " (photos ou je suis avec JCO), il y a ce jour là une tempête de sable, cela se voie déjà sur la photo, JC continue son baroud d’honneur (il a gagné l’étape de la veille), bien décidé a continuer... Malheureusement voila ! L’Afrique a décidé autrement et JC ira au tapis avant "TAOUA " ( bras cassé , sérieusement ), Nous serons une fois de plus avec GILLES les seuls de l’équipe à l’arrivée encore cette année la . ! ! ! ! (comme pour le Abidjan-Nice !!!) . Petite anecdote sur mes deux coéquipiers...en fait, dès le début de la course Rudy et JC ont pris l’habitude de rouler ensemble et de se tirer la bourre !

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JCO dans le platre...

Dans la première étape spéciale " REGANE - INSHALA , ils roulent ensemble et se passent, se doublent et se repassent sans arrêts...Rudy double encore JC à fond de calle mais en prenant un risque cette fois et sans voir vraiment la piste ...et se retrouve brutalementt face à un fut de 200 litres couché en travers (servant de balises tout les deux ou trois kilomètres) !!! Et bien incroyable à cette vitesse là, il est passé par dessus le fût et sans tomber sil vous plait (sacré Rudy !) Je tiens l’histoire de la bouche des intéressés eux même bien sûr !!!

Après Agades, un déclic va se faire puisque Christian sera l’un des deux derniers pilotes officiels Yamaha avec Gilles Comte.

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Victoire dans la spéciale Nioro-Kayes

Du coup, il va repartir à l’attaque si bien que dans chaque étape, il sera pratiquement dans les 5 premiers en moto, avec même une victoire dans Nioro-Kayes.... Il sera ainsi second de l’étape à Niamey, 5ème à Mopti, 8ème à Nioro, premier à Kayes, on l’a dit et 4ème à Louga !!!! Il remonte ainsi des profondeurs du classement général pour être dans les 10 premiers !!!! Juste une anecdote concernant l’étape Gao-Mopti :

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Dans Gao-Mopti..

Je me souviens très bien avoir roulé une centaine de kilomètres la roue avant complètement crevée au point d’éviter de justesse d’aller plusieurs fois au tapis à grande vitesse sur la piste dans l’étape de la photo prise à l’arrivée, lors de la spéciale GAO-MOPTI ( cela se voit très bien sur la photo d’ailleurs) .

Je me souviens très bien également de la dernière étape de la course...c’était sur la plage qui va de ST LOUIS à DAKAR. Environ 150 klm avec départ en ligne façon TOUQUET par Thierry . Je savais que j’étais le plus rapide et je ne voulais laisser à personne le soin de terminer cette course en premier à DAKAR, même si cela ne changeait rien au classement mais juste pour le panache, valeur de symbole.

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Départ sur la plage...façon Touquet !!

Effectivement, des le premier kilomètre, je prend la tète et ne la lâche plus pendant la première heure, au point que quand je me retourne pour voir mes suivants, il n’y a plus personne jusqu’a l’horizon !!! J’avais pris un maximum de risques en roulant au maximum des possibilités de la machine sur ce bord de mer sauvage parfois encombré de débris en tout genres, de branches d’arbres, de trous, de radiers, découlement d’eau etc .... De quoi bien se faire peur souvent ! A ce moment là, j’entends et j’aperçois dans le ciel me passant en rase mottes l’avion de l’équipe YAMAHA avec, je le savais, JCO à son bord, qui depuis plusieurs étapes était contraint de suivre la course uniquement dans l’avion (le bras en écharpe).

Devant moi, à l’horizon, j’aperçois comme une barrière humaine...un village de pécheurs et bizarrement un attroupement de milliers de personnes : des autochtones, des villageois prenant toute la place disponible sur la plage ! A la vitesse où j’arrivais (et je n’étais pas tellement décidé à ralentir), je ne voyais pas bien comment j’allais négocier ce passage sans dégâts !!!

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A l’attaque sur la plage...

Je prend finalement la décision de passer au plus près de la mer, à l’endroit ou il y a le moins de monde et où je pense ( à tord !) que je vais juste un peu rouler dans une bâche d’eau qui me parait peu profonde (comme au Touquet en fait ! ), en frôlant le sable sec. Arrivé à cet endroit à 130 ou 140 à l’heure, il y eu d’abord (et je m’y préparais) une grande gerbe d’eau et ...bizarrement, c’est le bruit de mon moteur qui en une fraction de seconde attira mon attention !!! Le moteur venait de s’emballer comme si j’étais passé au point mort !!! Je compris heureusement rapidement que la roue AR venait de perdre contact avec le sol !!! Je planais en fait (aqua planing) !!! Je me rabattais d’un coup de guidon vers le sable dur mais la machine ayant perdu de la vitesse, lorsque la roue AR repris contact avec le sol, malgré l’élan, le moteur a callé (aussi peut-être àcause de l’eau sur la bougie ?) et je me retrouve au milieu de tout ce petit monde à kicker comme un fondu sans succès, A ce moment, j’entends un concurrent arriver...C’est RIGONI sur une grosse GUZZI...je crois qu’il prend encore beaucoup plus au large dans l’eau que moi et le pauvre va s’exploser dans une gerbe énorme et carrément disparaître sous l’eau (je pense 50 à 60 cm à cet endroit ) !!!. Quant à moi, je n’arrive toujours pas à redémarrer et mon avance a fondu !!! Je vois GILLES CONTE qui arrive au milieu des gens...à ce moment alors, je décide de pousser comme un malade la moto en passant une vitesse mais GILLES est passé déjà quand le moteur commence à tousser. Je repart au maximum , mais il ne reste que très peu de kilomètre et j’aperçois déjà devant moi à quelques centaines de mètres GILLES qui lève le bras en signe de victoire. Nous sommes arrivés. Là encore, l’organisateur m’aura planté (involontairement cette fois mais quand même) !!! Pourquoi tous ces villageois à cet endroit ? Tout simplement parce que Thierry avait permis à la voiture de 1927 ( la KZ n°103...là encore, nous sommes dans du show biz) de partir bien en avance et cette voiture et ses occupants s’étaient arrêté devant ce village (quand on connait l’Afrique et les surtout les Africains, il n’en faut pas plus pour créer une manifestation) ! Normalement cette voiture n’avait pas sa place à cet endroit ce jour là au milieu d’ une spéciale.., Merci monsieur l’organisateur ! Malgré tout je n’ai aucune amertume de cette époque... Je dirais même que je n’en garde que de très bons souvenirs exceptionnels !!!!

Portfolio

Toutes belles au Trocadéro... La Yamaha n°3 La Yamaha n°3 Le réservoir spécifique.. préparation train arrière... L'équipe Yamaha...avec Bacou Dans Gao-Mopti.. Arrivée à l'étape... A ce moment là de la course, après Reganne-In-Salah...1er au (...) Victoire dans la spéciale Nioro-Kayes Auprès de Le Guyader qui a chuté... Avec l'assistance Yamaha.. JCO dans le platre... A l'attaque sur la plage... Au départ de Arlit-Agades... Les Maingret et l'Unimog... L'assistance en délicatesse... Préparation de la moto pour la dernière spéciale !!! Départ sur la plage...façon Touquet !! Avec Rudy Potisek... Rudy Potisek à l'attaque, mais pas sur la bonne piste.. JCO....Pilote et Big Boss...

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