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Souvenirs de l’AMSAM : rapatriement de Pierre Banino,motard n°51...

lundi 11 février 2008

Par Gérard Céolin... J’ai rassemblé mes souvenirs de l’AMSAM, et je vais essayer de vous conter le premier rapatriement du premier DAKAR. On peut intituler ça : comment j’ai transporté Pierre Banino. et dans quelles conditions. Et je vous jure que ça vaut le détour !!!!!

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La transsaharienne...

La transsaharienne déroulait son long ruban de goudron depuis Alger, en passant par Lagouat, où nous nous sommes bien gelé. Qui dit qu’il ne fait pas froid au Sahara n’a qu’a y aller , pour voir. Bref, on passe sans encombre à Ghardaïa, ville magnifique qui, a elle seule vaut un arrêt assez long pour visiter. Nous on s’arrête dans le début de l’après midi pour déjeuner, ou plutôt casser la croûte façon locale.

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Direction Ghardaïa...Enfin l’aventure !!!

On trouve un estaminet encore ouvert ( ferme -t-il ? ) : je revoie encore la tête des attardés à table à notre arrivée. Le repas : pas de carte mais le plat du jour : un reste de couscous servit copieux, à savoir une demie carotte, de la semoule, de la sauce ( ?) et un morceau de viande dans tout ça, accompagné de deux ou trois pois chiche, pas plus. Le morceau de viande s’avérera être un morceau d’os entouré de cartilage, mais l’avantage c’est que c’était chaud. On paie : trois francs de l’époque, boissons comprises, ainsi que le service. On repart direction Timmimoun où nous passons la nuit par terre dans un hôtel, véritable cour des miracles où le directeur couchera tout ce qui pouvait s’allonger, soit dans la salle à manger, soit dans les couloirs, voire même dans les chambres pour les plus chanceux. C’est là que j’ai rencontré Martine Régnier, avec quelques autres membres de l’équipe Guzzi. Au carrefour de la route venant de Béchar, on tourne à gauche, direction le sud. On passe à Adrar, devant l’aéroport, le radar, et on fonce direction Reggane. Il fallait bien que le goudron s’arrête un jour et pour le malheur de Pierre c’est à environ 40 km de Reggane qu’il prend fin. La piste s’est brutalement transformée en une succession de cailloux non calibrés, rapprochés les uns des autres rendant cette foutue piste en zone de trial.

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On avance avec prudence !!!

On ralentit la 504 assez fort, celle ci saute de droite à gauche, et se rétablit tranquillement : Dakar c’est encore loin et il faut ménager la monture : tu parles d’une monture : la 504, véritable chamois local, des temps modernes va en voir de toutes les couleurs. Après avoir réduit l’allume de la dite monture, nous arrivons dans un .....bled ( ? ) qui s’appelle SALI. Oui oui, ça existe et c’est à environ 40 km de Réggane. Devant un ....dispensaire ( je n’ai pas trouvé mieux ) je trouve mon ami Guy Dreumont qui était arrivé quelques instants avant moi. Il avait eu juste le temps de s’occuper de Pierre Banino qui à la suite d’un soleil avait été transporté dans cet établissement.

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Guy Dreumont...Créateur de l’AMSAM

Victime de plusieurs fractures, graves, il attendait les secours. Je pense que son père, René, qui le suivait , l’avait transporté là, je ne le saurais jamais. Le pauvre Pierre était dans un état tel que nous décidâmes Bouvier et moi de le sortir de cet...endroit où le pauvre responsable ne pouvait pas faire grand chose. Imaginez l’endroit : une pièce principale, avec à sa droite un bureau. Pas de fenêtre, juste la porte. La lumière, je ne sais pas,c ’était éteint. On installe Pierre dans un matelas coquille pour stabiliser ses fractures et après quelques discussions avec Guy et les autres on décide Bouvier et moi de rapatrier ( faut le faire d’employer ce terme !!) Pierre vers Adrar où se trouve un ... aéroport civil, celui de Reggane étant réservé aux militaires donc interdit. Sur le chemin du retour, on croise de nombreux concurrents à qui nous signalons la fin prochaine du goudron et des risques. Je signale au passage qu’aucun concurrent n’avait fait la moindre spéciale en Afrique et que les dégâts commençaient à être importants. En vue d’Adrar, on repasse devant le radar ( dans l’autre sens ) et la 504 déguisée en ambulance, qui avait déjà plus de kilomètres que tout le monde, ( et ce n’est pas fini ) arrive à l’aéroport. On demande au chef d’escale s’il y a un avion de prévu et quand : celui ci nous répond : demain un Nord 262 d’Air Algérie doit venir. Sans donner d’heure. Ça deviendra une habitude en Afrique, nous n’aurons jamais l’heure, quand on la demandera, mais pour quoi faire ? Si vous allez en Afrique, deux choses sont importantes à savoir : il faut perdre la notion de l’heure et des distances car tout ce résume à des jours de marche ( du moins à l’époque, je pense que les choses ont changées depuis, mais va savoir ? BREF, je reste avec Pierre tandis que Bouvier commence à s’affairer avec les préposés de l’aéroport, gare ou aéromachin, pour essayer de contacter l’Intass et la garde aérienne suisse. Les braves préposés essaient de contacter Béchar ou Ouargla, les deux à la fois, alternativement, rien ne semble y faire. La nuit tombant et les communications étant impossibles, le chef fermant l’aéroport aux...touristes, on décide de conduire Pierre à l’hôpital pour y passer la nuit. L’hôpital d’Adrar étant un hôpital à la taille de la ville, beaucoup plus important de celui d’où nous venons. Arrivés à l’hôpital, gratis, branle bas de combat car tout le monde s’affole : l’assistance médicale du rallye est là avec un blessé grave, vite il faut un lit. Tout le personnel est extrêmement dévoué tant avec nous qu’avec Pierre. Draps propres installés sur le lit , dans un coin de la pièce, à coté d’un opéré ( fracture de jambe aussi ) On dépose Pierre sur le lit avec son matelas coquille car il est hors de question de l’en sortir, tant qu’il ne sera pas arrivé en France. Vous pensez bien que nous n’allions pas laisser Pierre dans les conditions où il était. En effet, impossible de le laisser dormir dans son coin de chambre, dans son matelas coquille inconfortable, seul. On décide de lui administrer quelques médicaments enjôleurs, histoire de lui faire oublier son état et pour cela, je demande à une personne qui s’avérera être le directeur de l’hôpital (maudite obscurité des lieux) si l’on pouvait avoir une aiguille pour faire quelques antalgiques et autres douceurs à notre ami. Sur ordre, un aide nous apporte une boîte en fer blanc style boîte à gâteaux (impossible d’oublier tout ça plus d’un quart de siècle plus tard) dans laquelle baignent des aiguilles dont certaines sont rouillées (je vous le jure). Le liquide dans lequel ces malheureuses aiguilles baignent est pour moi indéfinissable, ça ne sent pas l’alcool (oh sacrilège) ni un autre produit désinfectant dont nos narines sont pour le moins habituées. On se regarde avec Bouvier et en pensant à ce que pourrait devenir Pierre si on utilisait le matériel proposé, et devant le désastre qu’engendrerait une utilisation de telles aiguilles, on décide de chercher dans la bonne 504 ce qui pourrait nous servir. Le gros du matériel avait été laissé à Guy Dreumont lors de notre prise en charge de Pierre à Sali. Une simple valise nous servant de viatique sanitaire au cas où. Bien nous prie de garder un peut de notre lot médical car c’est un mandrin de cathéter court qui servira d’aiguille !!!!! Le prétexte, hypocrite, de ne pas utiliser ce qui nous était présenté, a été de dire que devant le peut de matériel dont disposait l’hôpital, nous ne voulions ajouter au déficit probable d’un hôpital si éloigné de la capitale. Où ça s’est gâté, avec le directeur, c’est quand celui ci a voulu nous donner le seul rouleau d’elastoplast(R) dont il disposait, pour faire un pansement compressif à notre ami Pierre. Je me souviens avoir dis au directeur qu’il pouvait le garder car pour nous, il était important d’utiliser notre matériel : sponsors obligent. Je revoie encore sa tête de personnage vexé devant son personnel. En fait, je pense , avec beaucoup de recul, qu’il s’est agit d’une incompréhension entre nous, mais que faire. S’il lit ces lignes, qu’il reçoive mes sincères salutations. On laissera néanmoins du matériel médical à cet établissement, peut bien sûr, tout comme nous le ferons d’ailleurs dans les autres établissements où l’AMSAM passera.

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Une bonne partie du matériel de nos 504 sera laissé aux locaux !!!

Bref, nous laissons Pierre dans des bras hospitaliers, non sans lui avoir administré des produits pour qu’il oublie à la fois son mal et les conditions dans lesquelles il se trouvait. On le laissait donc là et las. Nous avons donc laissé Pierre à ces douleurs, enfin avant que les produits ne fassent effet, comme il nous le dira le lendemain, il n’a pas trop mal dormi, et pour cause ! Bref, dans la nuit qui est tombée sans crier gare, et dieu sait si c’est noir une nuit au Sahara, nous nous mettons à la recherche d’un garni encore ouvert à cette heure tardive. On trouve l’hôtel après quelques renseignements glanés au détours des ruelles sombres. Une lumière, enfin une ampoule au dessus d’une porte : c’est là En quittant l’hôpital, on trouve la douce Joëlle Ilious, journaliste qui fait partie de l’équipe de Thierry Sabine, et d’un individu qui fera beaucoup parler de lui par la suite et qui ne favorisera pas les relations entre l’AMSAM et TSO d’une part et les journalistes de salon restés à Paris, très forts pour raconter des exploits.... qu’ils n’ont pas commis,voire colporter de fausses rumeurs.

Portfolio

On avance avec prudence !!! Notre 504 au départ ! La transsaharienne... Guy Dreumont...Créateur de l'AMSAM Direction Ghardaïa...Enfin l'aventure !!! La piste se transforme... Une bonne partie du matériel de nos 504 sera laissé aux locaux (...) D'autres rapatriements auront lieu !!! La 185 sur le train... repos après le "toit"... la 185 en mauvaise posture !!! Les membres de l'AMSAM autour du motard blessé...

P.-S.

Merci à Odile Rosanval pour les photos tirées de ses archives personnelles !!!!

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