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SUBARU SWINGBACK n°157: Vic Elford/Lucien Beckers

 
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Jeff



Inscrit le: 07 Sep 2004
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MessagePosté le: Sam 11 Jan 2014, 02:00    Sujet du message: SUBARU SWINGBACK n°157: Vic Elford/Lucien Beckers Répondre en citant

Lucien Beckers anime une rubrique sur le site Classiccarpassion.com intitulée gomme et ricin...Il y raconte ses souvenirs de course auto.

Dans un article visible ici ( http://www.classiccarpassion.com/fr/lifestyle/gomme-et-ricin-lucien-beckers/lucien-beckers-paris-dakkar-1982.aspx ), il nous raconte sa première participation au Dakar , en 1982. Je vous le livre ici:


"En tête au Paris - Dakar 1982...


Lorsqu’à deux mois du départ du Paris-Dakar, j’appris que je ne pourrais, faute de budget, piloter le break d’assistance du team usine Subaru, je croyais bien que mes projets seraient contrariés pour la quatrième fois en…quatre ans ! En Effet, Vic Elford qui avait réussi à convaincre l’usine japonaise de participer à ce mythique rallye, n’avait pas pu réunir les budgets suffisants.
La foi déplaçant les montagnes (air connu), et avec les aides de mon ami Pierre Fougerouse, qui m’apportait « Panaché Chopp » sur un plateau d’argent, de Delhaize (sponsor attitré de ma sœur, qui était intervenue en ma faveur auprès de lui), et le restaurant « Pattazekak – Strombeek », je fus en mesure de proposer à Vic de devenir son coéquipier !

Mon désir, au départ, était bien sûr de piloter, mais je devais me faire une raison : c’était ça, ou rester à la maison. Le fait de naviguer un grand pilote comme mon ami britannique, ex-pilote de F1 et pilote-titre chez
Porsche (je vous en reparlerai), n’était quand-même pas pour me déplaire…

Après une course effrénée pour être prêts le 30 décembre, nous prenions enfin la direction de la place de la Concorde à Paris.





Après des vérifications techniques sans problèmes, et un réveillon des plus calmes, nous prenions le grand départ du 1er janvier !



J’avoue que je pensais avoir déjà mesuré l’intensité de la ferveur populaire lors de mes participations au rallye de Monte-Carlo ou du Tour de France Auto, mais je n’avais jamais vu une marée humaine aussi impressionnante que celle alignée le long des Champs Elysées, puis de la N20 !

Arrivés à Alger, nous nous retrouvions justes derrière l’équipage Jacky Ickx - Claude Brasseur, sur la Mercedes-Texaco, au départ de la première étape spéciale d’Oued Djellal.



Au bout de 20km à peine, nous avions leur voiture en ligne de mire. Après avoir réalisé la jonction, Vic préféra sagement rester derrière, car la poussière multipliait les risques lors d’un hypothétique dépassement.

Une liaison sans histoires, et nous prenons le départ de la deuxième spéciale avec un moral au zénith ! Vic attaque bille en tête un parcours rapide, mais cassant. Au bout d’une centaine de kilomètres, nous avions déjà dépassé 17 voitures parties avant nous ! Pourtant leurs pilotes n’étaient pas des manchots : Ickx, les frères Marreau, René Metge, Briavoine, Pierre Fougerouse…

A bord, la concentration ne laissait place qu’à un enthousiasme contenu, certes, mais profondément ressenti. Au passage de l’arrivée de la spéciale, aucun doute ne subsistait cependant : nous avions bel et bien pris la tête du rallye avec notre petite Subaru de 90CV (pour à peine 900kg…)!

Une nouvelle liaison sans histoire, et nous atteignons Hassi Messaoud de nuit, salués par un véritable enfer de flammes, jaillissant des puits de pétrole qui font la richesse de cette région désertique d’Algérie.



Nous passons une nuit très froide à la belle étoile, emmitouflés dans nos duvets, et nous réalisons enfin vraiment que nous sommes en tête du rallye : tous les journalistes présents viennent recueillir nos impressions, puis un contrôleur vient nous demander de nous présenter sur la ligne de départ devant tous nos concurrents !

Je vous conterai la suite de cette aventure dans un prochain article !

© Lucien Beckers"
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José



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MessagePosté le: Mar 14 Jan 2014, 09:23    Sujet du message: Génial Répondre en citant

Merci beaucoup, Lucien de nous offrir une partie de ta mémoire
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José



Inscrit le: 10 Sep 2004
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MessagePosté le: Mar 14 Jan 2014, 09:25    Sujet du message: Vic Répondre en citant

J'ai eu la chance de côtoyer Vic Elford au Mans lors d'une édition des 24 H où à laquelle il participait sur une voiture soutenue par Malardeau. Un monstre, une légende mais un homme si gentil et affable.
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Jeff



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MessagePosté le: Sam 25 Jan 2014, 00:40    Sujet du message: Répondre en citant

La suite!!!!:

"En tête au Paris – Dakar 1982 (2)...

6 Janvier - Etape Hassi-Messaoud – 4 Chemins

Alors que la file de voitures attend le départ, nous entendons soudain des coups de feu. Nous n’y prêtons pas vraiment attention, jusqu’au moment où nous réalisons que ces tirs nous sont adressés ! Tout le monde se protège derrière les véhicules, jusqu’à ce que le feu nourri ne s’arrête, comme il avait commencé ! Au loin, nous apercevons des militaires qui s’éloignent, sans que nous n’ayons eu le temps de comprendre ce qui nous arrivait !



Elford-Beckers à l’attaque !

Remis de nos émotions, nous repartons en tête dans une étape que Thierry Sabine nous avait annoncée comme une traversée de l’enfer, au briefing du matin. Nous décidons donc de temporiser et d’assurer, en attendant des pistes plus favorables à la Subaru, là où sa maniabilité devrait la rendre intouchable.

Au bout de quelques kilomètres, alors que nous avons quittés la piste principale – qui d’après nos notes est impraticable – nous voyons passer tous nos suivants à folle allure, précisément sur celle-ci !

Nous la rejoignons donc au plus vite, pour nous rendre compte qu’il s’agit d’une véritable autoroute ! La Subaru s’avère aussitôt redoutable sur la tôle ondulée, que, grâce à sa légèreté, elle avale sans broncher. Heureusement, l’étape s’étant révélée plus facile qu’annoncée, tous les ténors finissent dans le temps imparti. Nous conservons donc la première place, à notre grand soulagement.

7 janvier - Etape 4 Chemins – In Ecker – 707km dont 565 km de spéciale.

Thierry Sabine nous avertit : « Cette étape est dangereuse, car elle comporte des passages sinueux entre les rochers. Par ailleurs, soignez votre navigation car il est facile de s’égarer ».

Pour les non-initiés, il faut savoir qu’à cette époque, le GPS n’avait pas encore été inventé (ou du moins n’était pas en usage), ni Google Earth, ni d’ailleurs Internet ! L’âge de la pierre ou du rocher, c’est selon… Une boussole d’avion Piper et un Tripmaster électronique étaient les seuls instruments mis à ma disposition (outre le roadbook, évidemment). Une préparation minutieuse, avec mise en parallèle des cartes IGN et du roadbook, était nécessaire chaque soir à l’arrivée au bivouac, pour préparer l’étape du lendemain.



Nous démarrons sur les chapeaux de roues. Au bout de 120km environ, Vic branche la pompe électrique, supposée envoyer l’essence du réservoir supplémentaire vers celui d’origine. Les kilomètres s’enfilent comme des perles, mais la jauge qui est sensée remonter, stagne désespérément sur la dernière graduation ! Aucun doute possible : nous allons tomber en panne d’essence !

Nous nous arrêtons une première fois pour brancher la pompe de secours. Mais rien n’y fait : le mal est ailleurs. Au deuxième arrêt, nous nous apercevons qu’une canalisation est bouchée. Nous entreprenons le démontage du plongeur du réservoir supplémentaire. C’est bien la cause de nos problèmes : il est obstrué par de la pâte à joint. Une bêtise qui va nous coûter très cher…

Après vingt minutes de mécanique, voilà seulement la Renault des frères Marreau ! Notre avance était donc énorme après seulement ¼ de l’étape.

Vic repart le couteau entre les dents, mais très déconcentré par ce stupide incident, il m’assaille de questions.

«Combien de temps avons-nous perdu ? ».

« Es-tu sûr de tes notes ? ».

Au moment précis où je m’apprête à lui conseiller de plutôt s’occuper du pilotage et de se concentrer, un choc épouvantable nous envoie en l‘air ! La voiture retombe lourdement sur le sol.

« Cette fois, elle est cuite ! » balbutie Vic.

Effectivement le spectacle qui nous attend à l’extérieur est assez horrible : trois pneus crevés et plus grave, le train avant a reculé d’au moins 10cm ! Tout est tordu, bras de suspension, barre de direction, arbre de roue…




C’est la stupide sortie de route, sur un parcours qui, en temps normal, ne doit poser aucun problème.

Je vous raconte la suite dans le prochain épisode (3). "
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Seb



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MessagePosté le: Sam 25 Jan 2014, 11:25    Sujet du message: Répondre en citant

Quelle belle plume !!!
ENCORE !
_________________
Je cherche une Terrot 125 ep après guerre, un Honda ZB original et Mini 4T
Monsanto
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Jeff



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MessagePosté le: Sam 22 Fév 2014, 17:03    Sujet du message: Répondre en citant

Chose promise, chose due, la suite avec les épisodes 3&4...

"Après avoir démonté tout ce qui pouvait l’être, nous attendons l’arrivée de notre Pinzgauer l’assistance, et surtout notre as de mécano, Philippe Vermeersch, dit « Philibert ».



Une heure plus tard, voilà ma sœur et sa Subaru de série qui se range à nos côtés. Elle nous propose gentiment de cannibaliser son auto en prélevant les pièces nécessaires. Nous commençons donc le travail.



Une heure trente  plus tard notre ange gardien apparaît dans un grand nuage de poussière!
A voir sa moue dubitative, l’avenir de notre équipage semble plutôt compromis. Mais je le connais (je prendrai  le départ du Dakar 83 avec lui à mes côtés…Je vous raconterai cela une autre fois !) : il est très fort. Il va nous sortir de là !

 Le voilà au marteau, puis à la masse et enfin au chalumeau. Il tape, il tord, il redresse, il boulonne, et une heure plus tard, la petite Subaru est prête à repartir ! Quel artiste… Il ne lui reste plus qu’à remonter l’auto de Christine, et il pourra repartir à l’assaut de la piste avec son inconfortable escargot à 6 roues, déjà lui aussi, l’objet de plusieurs pannes.

Avant de nous élancer, Philippe nous apprend que Michel Beaujean, l’un des mécanos du Team Fougerouse a dû être évacué, suite à une perforation intestinale. Dès lors, le camion du Team a été mis hors course.



Les mauvaises nouvelles s’enchaînent, surtout que Pierre Fougerouse et Nanouk ont aussi  abandonné avec leur proto Toyota « Panaché Chopp »!

Nous repartons donc prudemment, afin d’être sûrs que la réparation tient bon. L’ambiance a chuté de plusieurs octaves dans l’auto ! Au bout de quelques kilomètres, le moteur se met à ratatouiller : sans doute encore une fois des crasses dans l’essence.  Vic s’arrête et descend de la Subaru. Il ouvre le capot. Je reste assis et sanglé dans mon baquet, pour mettre un peu d’ordre dans mes notes. Vic me demande de mettre en marche. Je tourne la clé de contact et soudain, je me trouve entouré par un mur de flammes ! La voiture s’est embrasée et j’essaye de défaire mon harnais, qui bien entendu reste coincé… Vic vient à mon secours en ouvrant ma porte et m’arrache des flammes.

« Vite, éloignons-nous, car la voiture va exploser » me crie Vic, qui dans sa carrière en a déjà vu des voitures flamber (je vous raconterai le geste héroïque qu’il  a posé au Mans, lors du décès du malheureux Jo Bonnier, dans la ligne droite des Hunaudières). Il sait donc de quoi il parle.
Soudain, je lui crie « Les passeports…notre argent ! », et je me précipite vers l’auto qui n’est plus qu’un énorme brasier. Je plonge dans les flammes, et en tâtonnant, j’arrive à arracher le sac à dos qui contient toutes nos richesses. Je me mets ensuite à courir pour rejoindre Vic qui s’est éloigné d’une centaine de mètres. Nous nous asseyons sur le sable, et alors que tombe la nuit, nous regardons nos espoirs s’envoler en fumée. Il n’y aura pas d’explosion, mais des crépitements lugubres qui empliront nos oreilles pendant de longues minutes.

Encore une petite heure d’attente, et voilà notre Pinzgauer qui arrive enfin.



Nous embarquons à l’arrière, entre les cantines métalliques et les pneus. L’inconfort est total, et le bruit assourdissant. Mais le stress et la fatigue accumulés nous font sombrer dans une espèce de curieuse léthargie.
Quelques heures plus tard, le Pinz s’arrête : nous sommes arrivés au bivouac d’In Ecker.

Nous y retrouvons rapidement Jean-Jacques Ratet qui nous explique que, vu la mise hors course du bahut, ils se sont planqués à l’abri des regards(et surtout de celui de Thierry Sabine), pour éviter de causer des ennuis aux concurrents encore en course, et qui ont des pièces à bord de notre Iveco.
Il nous apprend aussi que cette nuit, un motard hollandais a perdu la vie, après que les médecins aient tentés de le sauver, sur la piste, trois heures durant (Bert OOSTERHUIS, n°107, NDLR). Triste journée, assurément !

Nous mettons en place un plan de bataille pour la suite. Nous disposons du camion et du Pinz, mais aussi du HJ60 de Jean-Jacques Ratet, qui est accompagné de Dominique Fougerouse et Nanouk, la coéquipière de Pierre.
Vic monte dans le HJ60 et moi je prends place dans le camion, piloté de main de maître par Pierre.

Nous quittons le bivouac après le départ du dernier concurrent, et prenons la piste du rallye. Il est 10h du matin. Après quelques ensablements, et quelques hésitations quant à l’itinéraire à suivre, nous atteignons Timeaouine en pleine nuit. Ma sœur est hors course, et rejoint, elle aussi,  l’« armada Fougerouse ».

Le lendemain matin, nous attendons, une fois encore, le départ du dernier concurrent pour nous élancer. Au bout de quelques kilomètres, « Dieu » (c’est ainsi que les concurrents surnomment Thierry Sabine), fait atterrir son hélico 100m devant nous, au milieu de la piste ! Il n’est pas content, car certains concurrents nous accusent d’opérer une assistance « pirate ». Nous contestons la chose, et finalement Thierry accepte que nous poursuivions notre route, à condition qu’il ne nous aperçoive plus dans les parages des bivouacs. Pour lui prouver notre bonne foi, nous restons sur place pour déjeuner, avant de repartir pour Tessalit.
 
En route, nous chargeons un motard hollandais qui a abandonné, dans la benne du camion. En fin de journée, nous rejoignons Christine arrêtée par un début d’incendie (décidément, tous des pyromanes dans cette  famille !). Philibert qui passait par là ( !) a circonscrit le feu. La voiture roule encore, mais c’est assez pour aujourd’hui : nous décidons de tous bivouaquer sur place. Pâté et bœuf bourguignon (c’est moi qui ouvre la boîte et fait chauffer le plat) au menu. Lors de l’apéro, nous sommes rejoints par Schaal et Sauvêtre, deux concurrents malheureux, puis par Hubert Auriol.

En finale, nous voici à treize autour du feu, alimenté par Vic et Pierre. L’ambiance est chaleureuse et enjouée, et chacun y va de son anecdote. On rit sous un ciel étoilé, qui brille, malgré une éclipse totale de lune ! Inoubliable souvenir.
Le Lendemain Matin, changement d’équipages : Christine et Louis Schmitz (son coéquipier et futur époux) embarquent dans le camion avec Pierre, je passe dans le HJ60 et Vic décide de ramener la Subaru de ma sœur à Dakar par la route, seul à bord !

A 17h, nous entrons enfin dans Gao, où la veille, le rallye a pris une journée de repos. Aucune nouvelle de Vic ! J’envoie un télégramme à ma femme pour la rassurer sur mon sort. Nous dînons ensuite dans  un petit resto local,  nous nous jetons dans nos duvets, puis dans les bras de Morphée…



Notre réveil à Gao est salué par quelques chèvres, grimpées dans les épineux qui entourent nos véhicules. Après un bain dans le Niger pour nous débarrasser de la poussière qui nous colle au corps, nous filons en ville pour tenter de vendre un groupe électrogène qui ne nous sera plus utile, et alourdit le camion. La négociation est des plus folkloriques, mais se fait dans la bonne humeur. Un petit noir me demande comment je m’appelle : « Lucien ». Il éclate de rire et appelle ses copains qui m’entourent joyeusement en riant et en criant « Bonjour le chien ! ». Mignon…

En ville, nous retrouvons Gérard Sarrazin et Michel Guéguan, qui ont cassé leur pont au début de la spéciale Gao-Mopti-Gao, et ont fait demi-tour.



Sur les 12 km de leur retour, ils ont comptés six voitures encastrées dans des arbres, surprises par l’épaisse poussière ambiante !

De notre côté nous nettoyons le camion et le Toyota de fond en comble, en profitant de l’eau du fleuve Niger et de quelques petites mains locales.

Le soir nous « dînons en ville » en compagnie de Jacques Bredael et de son équipe de la RTBF. L’ambiance est chaleureuse et les vannes volent à la pelle.

Nous retournons ensuite dormir sur notre plage, bercés par les croassements des crapauds et le bruissement des palmes des gommiers des alentours.

Les chants des bateliers et des oiseaux nous servent de réveil matin, alors que le jour se lève. Le lagon est calme, et les couleurs du ciel semblent sortir de la palette d’un grand maître Imperssioniste. Pas même de clapot, mais juste le bruit des pirogues des marchands de riz, ou celle d’une famille qui déménage, glissant sur l’eau, guidées par les gaffes et les pagaies.

Une journée de farniente à Gao, cela vaut la peine d’être vécu ! Le marché, le port et le centre-ville regorgent d’activités en tous genres. Nous admirons en passant, l’habileté phénoménale des petits artisans : ils font tout avec rien ! (NDLR : Ca, bien sûr c’était avant l’arrivée des islamistes. Je vous parle donc bien de 1982…). L’Afrique, c’est vraiment magique.

Après un déjeuner typique, pris dans un agréable patio, notre mécano Bruno se déguise en touriste pour aller faire l’assistance « pirate » d’un des clients de Fougerouse. Il prend le bac en compagnie de Vic , qui nous a enfin rejoint. Il part vers Dakar, toujours seul au volant de la Subaru rescapée. J’apprends que ma sœur et Louis ont trouvé de la place dans un avion privé, et sont repartis vers l’Europe. Certains membres de notre équipage de rescapés (dont votre serviteur) espèrent pour leur part, trouver un vol vers Paris à Bamako.

Charmés par les douceurs de Gao, nous décidons de partir le lendemain matin vers ce que les concurrents ont nommé, à l’issue de la boucle Gao-Mopti-Gao, « l’enfer de Mopti ».

Le Pinz de Philibert se joint à nous, et nous attaquons cette piste qui deviendra plus tard un mythe du Dakar !

Secoués, noyés dans la poussière du « fech-fech » qui s’infiltre partout, nous progressons lentement, surtout dans l’intention de préserver les mécaniques et accessoirement nos poumons et nos dos, déjà bien meurtris par une ventilation poussiéreuse, et des amortisseurs à l’agonie.


Le soir nous bivouaquons en cercle, au milieu duquel nous allumons un feu, pour nous protéger des attardés zigzaguant sur la piste, épuisés. Le repas est cette fois digne d’un grand restaurant, le ciel étoilé faisant office de guide Michelin : sardines, légumes frais achetés au marché de Gao, pâtes belges, cognac & whisky. Les restes de nos agapes font le bonheur d’un adorable petit fennec qui nous a adoptés, et reste près de nous en toute confiance. Le Petit Prince de Saint-Exupéry n’est sans doute pas loin…

Nous poursuivons notre « route » le lendemain. Nous traversons de petits villages aux huttes montées sur pilotis, des oueds à sec où poussent – on se demande comment ? - une végétation dense et bien verte. Un autochtone nous confirme que Vic est passé par ici peu avant le lever du soleil. Rassurant.

La piste se transforme petit à petit. Les premiers baobabs font leur apparition, dans leurs curieuses silhouettes, mêlées à celles des termitières effondrées, qui ajoutent une nuance rougeâtre à la désolation de ce décor de fin du Monde. Les pierres font maintenant place à du sable mou. Soudain le Mont Hombori apparaît au loin, majestueux, avec son air de chapeau posé-là, comme par miracle !



Le Pinz ralentit la troupe, et à l’examen, nous constatons une fuite à l’un des cardans. Bruno et Jean-Jacques se chargent de résoudre le problème. Heureusement après Hombori, la piste s’améliore. Nous croisons une équipe de TSO, affectée au comptage des véhicules : Vic n’est pas passé par ici…

Vers Douentza Bore, le paysage change encore : plus coloré et plus peuplé aussi. Au détour d’un champ de coloquintes, un motard nous fait de grands signes. Nous apprenons qu’il a cassé sur une piste de la Haute-Volta voisine, et n’a plus parlé à des « blancs » depuis plusieurs jours. Il est content de nous voir ! Nous lui filons quelques victuailles et le laissons à ses soucis.

Après un passage défoncé, nous arrivons à Kona, où une foire bariolée bat son plein. Nous en profitons pour faire le plein de victuailles, et nous nous régalons de beignets, dignes de ceux de chez Vandervaeren, à la foire du Midi de Bruxelles ! Un vrai régal…

Nous entrons enfin dans Mopti. Nous l’avons bien mérité ! Mopti est un port de pêche important sur le fleuve Niger. La ville est chatoyante et très animée. Nous comptions y faire les pleins de gasoil, mais les pompes sont vides. Raté ! Il va falloir puiser dans nos réserves. Nous ne pouvons résister à l’appel des petits marchands, qui nous vantent les qualités miraculeuses de leurs gri-gris et de leurs beaux masques, taillés dans du bois noir. Nous nous laissons faire, et après un vigoureux marchandage, nous ressortons les bras chargés de toutes sortes d’objets, qui nous rappelleront, une fois rentrés chez nous, le folklore de ce si beau pays et la gentillesse de ses habitants.

Nous quittons ces lieux à regret, pour nous enfoncer dans la piste en direction de Bamako. Au bout de quelques kilomètres, nous retrouvons le motard déjà rencontré après Douentza Bore. Il est épuisé par 48 heures de trajet dans la benne d’un taxi-brousse, et nous demande de l’embarquer dans notre camion, avec sa moto. Nous accédons à sa demande. Il fait désormais partie de la « bande à Fouge » ! Au même moment, nous avons (enfin !) des nouvelles de Vic : il a été vu roulant sur la piste entre Hombori et Boni. Nous voilà une fois encore rassurés…provisoirement !

Et voilà le goudron. Impression bizarre de revenir peu à peu à la « civilisation ». Nous atteignons San, espérant enfin y trouver du carburant. Mais ici aussi, les cuves sont à sec. Heureusement Pierre arrive avec l’Iveco et les jerrycans, après avoir déchappé, puis changé de roue à 100km d’ici. Il n’a plus de roue de secours désormais. Il faudra être prudent et rouler moins vite.

Nous traversons Bla, puis Segou, magnifique ville de l’époque coloniale, et enfin Nioro, avant d’arriver à Bamako, où nous espérons (enfin plus vraiment…) trouver un avion qui nous ramènera en Europe."

La suite bientôt!!!! Merci Lucien!!!!
A+
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Jeff



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MessagePosté le: Dim 20 Avr 2014, 17:38    Sujet du message: Répondre en citant

Et on continue le récit de Lucien lors de ce Dakar 82:

"Il est 20h lorsque nous arrivons à Bamako. Direction l’aéroport. Malheureusement ( !) aucune place de disponible pour Paris. Le vol est complet : une bonne partie des sièges ont été réquisitionnés par TSO pour des rapatriements sanitaires. Nous serons donc contraints de rouler jusqu’à Dakar. Certains d’entre nous s’en réjouissent, car l’aventure continue…



Nous décidons de dormir sur le parking, devant l’aérogare. Alors que nous déplions nos couchages, deux enfants s’approchent de nous, l’air inquiet : « Vous pas dormir ici ! Beaucoup serpents ! ». Je leur demande alors s’ils connaissent un endroit plus sûr : « Vous pouvez venir chez nous… », répondent-ils en cœur.

Très vite, nous nous retrouvons à dix dans le salon d’une famille malienne, déménagé à la hâte. L’hospitalité africaine n’est décidément pas un vain mot !
A l’aube, après avoir fait nos adieux à nos hôtes et à « notre » motard, nous partons pour Kita. La piste qui serpente dans la brousse, est magnifique. Elle borde un parc national et la forêt de Badinko.

A Kita, nous apprenons qu’un médecin exerce dans le coin. Après un jeu de piste (ici, c’est courant !), nous frappons à la porte d’une modeste bâtisse, entourée de poules qui picorent ce qu’elles peuvent. Le praticien nous accueille chaleureusement. Il nous explique avoir fait ses études en France. Il poursuit : «la vie ici est très difficile. Nous manquons de tout. L’hôpital le plus proche est à Bamako, et depuis un mois,  je ne dispose plus que d’Aspirine pour soigner mes malades ! ». Sa sincérité et son désarroi nous touchent. Nous nous regardons les uns les autres : c’est évident, c’est à lui que nous remettrons la malle de médicaments (rassemblés grâce à l’aide de mon ami Eric Mandron, pilote et délégué médical), que nous transportons dans le camion depuis le départ !
Nous déposons la cantine à ses pieds, et lui demandons de l’ouvrir. Sa surprise est totale ! Il bredouille : « mais ce n’est pas possible ! C’est un miracle ! Merci, mille fois merci ! ». Et le voilà qui fond en sanglots… Nous sommes heureux d’avoir enfin trouvé celui que nous cherchions depuis des jours. Nous nous devions  de remettre ce colis entre de bonnes mains, et nous étions convaincus que cet homme en ferait bon usage. Le Dakar n’était donc plus seulement une course, mais aussi une occasion unique de créer des liens solidaires avec ces peuples d’Afrique qui souffrent, dans l’oubli des nantis. Les larmes de cet homme étaient, paradoxalement, la plus belle des récompenses. Je ne les ai jamais oubliées.
Notre recherche d’un endroit où nous restaurer est couronnée de succès : nous découvrons une paillote, tenue par une Martiniquaise et son mari malien. Elle nous annonce le passage d’un monsieur anglais la veille : Vic est donc toujours devant nous ! Dans la foulée, elle nous propose le plat du jour : poulet à la malienne. «Ce sera prêt dans une demi-heure », nous assure-t-elle en souriant. Ce n’est sans doute pas tous les jours qu’elle a l’occasion d’accueillir dix clients à la fois !
Nous voilà tombés dans le piège africain classique : ici, « une demi-heure » représente une durée pour le moins abstraite ! Une fois installés à l’ombre, nous rêvassons, nous somnolons, nous sommes inertes ! La chaleur est étouffante, et le grand ventilateur poussif qui tourne au plafond, ne brasse que de l’air chaud. Au bout de vingt minutes, des cris et des glapissements nous sortent de notre léthargie. Curieux, je me lève péniblement du divan dans lequel je m’étais affalé, et me dirige vers l’arrière-cour du « restaurant », d’où proviennent ces bruits. J’y retrouve notre hôte, une machette à la main, poursuivant en hurlant quelques volatiles faméliques qui, sentant sans doute leur dernière heure venue, volètent dans tous les sens ! Elle finit par en rattraper un. La pauvre bête se retrouve le cou en travers d’un billot, en moins de temps qu’il ne faut pour ouvrir un paquet de Findus. Le coutelas créole s’abat vigoureusement. Le sang gicle, mais la volaille sans tête échappe aux mains de son bourreau : elle s’encourt, décapitée ! Ce spectacle me coupe définitivement  l’appétit…
Nous attendrons cependant encore une heure et demie, avant de voir arriver les victimes de l’arrière-cour, découpées en morceaux, dans leur linceul de noix de cajou et de tomates !  Il fallait faire honneur, malgré tout à ce met qui avait demandé tant d’efforts à la patronne… Après quelques fruits en guise de  dessert, nous commandons un café. Au bout de cinq minutes, et dans l’hilarité générale, voilà un café…pour dix ! Avant de partir, la restauratrice nous dit avoir dépecé un mouton que Vic a emporté hier, avec l’idée d’organiser un méchoui au bivouac de ce soir ! Décidément, cette paillote est un remake du film l’ « Auberge Rouge », avec ses assassinats en série ! Brrrr.

Nous reprenons la piste. Après quelques heures, nos espoirs de partager le repas de Vic sont déçus : il a une fois encore disparu ! En fin de journée, nous arrivons à Bafoulabé, petit village de torchis, situé au confluent de deux rivières qui forment le fleuve Sénégal : le Bafing et le Bakoye.



Nous devrons prendre le bac pour traverser sur l’autre rive. Mais il est tard. Ce sera pour demain. Un habitant nous propose alors de passer la nuit dans 2 cases du village, mises généreusement à notre disposition, après en avoir prestement fait déménager les résidents !

Nous nous retrouvons, la nuit tombée, autour d’un feu crépitant joyeusement, au milieu des sages du village. Je me prends pour Tintin au Congo ! Ces élégants vieillards à la belle barbe blanche, nous disent combien ils sont désespérés de voir fuir les jeunes de chez eux, attirés par les sirènes européennes. « Souvent, ils se retrouvent obligés de ramasser les poubelles, de nettoyer des toilettes ou les quais du métro parisien, de nuit, sans papiers, et surtout sans considération de leurs employeurs, qui eux, sont généralement sans scrupules. Ils se font voler leur dignité. Mais qu’ont-ils comme autre choix ? Ici, il n’y a pas de travail, et la vie est très dure ». Ils sont émouvants. Mais l’optimisme naturel des Africains reprend vite le dessus.



Ils nous racontent alors la légende de Mali Sadio, très populaire ici, à tel point qu’un monument a été érigé à sa gloire, la sortie du bourg : un hippopotame (mali en bambara) aurait passé un pacte avec une femme enceinte. Après la naissance, l’hippopotame et la petite fille Sadio, seraient amis. Mais un jour l’hippopotame a été tué, par des habitants du village, jaloux... Leur récit est tellement vivant, qu’il nous semble entendre les grognements du gros mammifère, derrière les bosquets qui ceinturent le village … Mais ce n’est que la brise qui fait bruisser les feuilles.

Encore sous le charme de cette nouvelle soirée inoubliable, nous rejoignons nos huttes. Avant d’y entrer, et par respect, nous enlevons nos chaussures qui passeront la nuit à la belle étoile…  Mais le lendemain matin, à la sortie, plus de chaussures : sous nos yeux ébahis, elles se retrouvent aux pieds de nos hôtes ! Estimant que ce « don » correspondait à peine au prix de cette exceptionnelle et généreuse hospitalité, et après avoir serré toutes les mains qui se tendaient vers nous, tout en prenant un air détaché,  nous repartons le cœur léger, et…les pieds nus !
Nous palabrons ensuite avec les passeurs du bac. Ils nous affirment que le camion est trop lourd pour monter sur leur barge.

« Quel poids supporte-t-elle ? » demande Pierre. « 10 tonnes » répond l’un d’eux. Le camion en pèse 14, à vue de nez. « Il fait un peu plus de 9,5 tonnes, répond le chef », qui ment sans vergogne, en espérant sans doute un miracle. En effet, si nous ne passons pas ici, le détour à accomplir sera énorme. A la vue de la liasse de francs CFA que leur tend Pierre, les hommes se laissent convaincre, sans enthousiasme toutefois.
L’Iveco s’avance donc, et monte avec précaution sur le frêle esquif. Nous retenons notre souffle. Dominique n’ose pas regarder. Roues avant, puis roues arrières, et soudain le bac prend l’eau, s’enfonce dans la vase, et…se pose sur le fond, sous les hurlements des passeurs ! Ce qu’ils éructent dans leur langage local, ne doit pas être beau à traduire, ça, c’est sûr… Maintenant, il va falloir assurer."

La suite bientôt...
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