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Le dakar de Françoise Elby, n°343

 
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Jeff



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MessagePosté le: Jeu 20 Fév 2014, 19:07    Sujet du message: Le dakar de Françoise Elby, n°343 Répondre en citant

Voici le récit du Dakar 83 de Françoise Elby lors du Dakar 83...Du pur bonheur....

" LE GRAND DEPART

Au petit matin, le départ place de la concorde, dans le froid de janvier, est un tourbillon que je ne contrôle pas bien. C’est ma première compétition en voiture et en tout terrain, je commence par la course la plus dure et la plus longue du monde. J’ais trois malheureux stickers sur ma voiture. Elle a heureusement deux côtés, cela en fait donc six ! Sur les blousons rien, je n’ai pas encore tout compris. Les autres équipages féminins m’impressionnent avec leurs assistances, les protos et la pub sur leurs combinaisons blanches.
Il y a un petit air de mépris pour ces deux cavalières arrivants la fleur au fusil (nous resterons les seules en course et à Dakar.)

La descente Paris Sète tient de la folie en 1983. La foule dans le délire total, débute à la concorde, continue sur tout le parcours et se termine à Dakar. Nous faisons déjà la course entre nous dans cette caravane d’allumés. Nous, n’avons plus de fatigue, plus sommeil.
Pourtant, tout le monde sait que la préparation d’une course veut dire : de nombreuses nuits sans dormir, plus les nerfs mélangés au trac. Cette formidable excitation vous tient au ventre et vous fait accomplir trois fois plus de choses, que vous pensiez pouvoir en faire.
Les Français sont les hommes de la dernière minute, donc toute cette population réalise l’essentiel de la préparation les derniers jours, jusqu’au dernier moment.
L’accueil est chaleureux dans chaque ville, chaque village, les femmes nous ont préparé le café, des gâteaux et des cadeaux. Il y a une bienveillance particulière pour ces deux filles partants seules sans assistance, ni accompagnement. C’est l’hystérie, nous grillons les feux, les stops, doublons sur les lignes jaunes. Les camions roulent à deux de front dans les villages, pleins phares, klaxons bloqués…Les spectateurs le demandent, ils sont fous de joie de voir les protos et les motards surtout, avec le beau bruit infernal qui les accompagne.
L’année suivante, quelqu’un portera plainte et les populations seront privées de leur spectacle préféré.

LE TIPAZA PORTE-BONHEUR,

Nous arrivons à Sète. L’embarquement dure vingt quatre heures et ce sont des concurrents hagards qui se retrouvent enfin en mer. Les motards, déjà eux, ceux qui ont économisé toute l’année, en « arrivant juste » ou, n’ayant pas eu suffisamment d’argent pour une couchette sur le Tipaza, dorment sur un siège ou par terre dans leur combinaison de course. C’est déjà commencé pour eux.
Ce fameux Tipaza, dont Thierry ne veux pas se séparer pour la traversée, parce qu’il est le bateau à avoir traversé son premier Rallye Paris-Dakar sur le continent Africain, ne navigue plus et est ressorti du garage pour la course. A chaque traversée, il est de plus en plus vieux, sal, pourri, il tient grâce à la rouille et je ne peux m’empêcher de penser, qu’un jour, il coulera avec nous et son précieux chargement.

Mon premier breefing ! Beaucoup réussissent à monter en premier, à trouver à ranger leurs quelques affaires, car tout est dans les cales, dans les voitures. Dans le salon salle à manger, nous sommes debout, assis parterre et devant nous : l’organisateur, le Chef.
L’excitation, le bonheur, l’écoute, la géniale fatigue, les regards illuminés, c’est certain, nous sommes enfin à bord et nous nous éloignons du quai !
Avec Josiane nous n’avons pas cessé de rire, d’être dans une humeur de fête qui nous porte totalement au travers des fatigues. Thierry nous parle de l’accueil des habitants sur le parcours, de ce qui est sacré sur ce continent : la politesse, la propreté sur leur terrain, le respect. Les fauves arrivent.
Nous avons une cabine dans laquelle il y a quatre couchettes, protégées chacune par un petit rideaux à coulisse. Il est urgent que je tente de dormir. Je m’installe en entrant dans la cabine, dans la première couchette du bas à gauche.
Je suis seule et le rideau m’isole d’éventuels nouveaux venus. Je suis allongée sur le dos, raide comme une macchabée et je commence à m’endormir, quand soudain la porte s’ouvre et un couple entre discrètement. Ils s’allongent sur la couchette voisine, c’est à dire à un petit mètre de moi et commencent à faire l’amour. Ils font un peu de bruit se croyant seuls, je tente de n’en point faire en respirant, toujours raide, les bras le long du corps et les pieds joints en prière, n’osant aucun mouvement, les vieux sommiers craquants beaucoup.
Au bout d’un certain temps, c’est enfin terminé et ils se mettent à parler : l’homme « Tu n’étais pas obligée de t’engager en course rien que pour me retrouver, nous pouvions nous voir à Dakar » La motarde « Je ne pouvais pas attendre et mon mari n’aurait pas compris pourquoi je ne participais pas » Je ne bouge toujours pas, c’est un peu long.
Ils partent enfin, Josiane ne vient pas dormir ici ! C’est terminé pour moi pour le sommeil, je sort sur le pont. Cela commence bien.

XVIII ALGER- TOUGHOURT 734 km de liaison

Dans le BJ40, il y a deux roues de secours et le nécessaire pour réparer une crevaison, ‘comme chez nous’ ! Un chiffon pour les niveaux, des vêtements chauds pour le froid, des vêtements frais pour le chaud. Ensuite un jerrican en aluminium rempli d’eau et un autre (absolument interdit) de Gasoil, de la boutargue et un gros jambon fumé. Nous sommes bien mieux équipées pour la faim, que pour les pannes.
A Blida, j’achète une énorme grappe de dattes, enroulées dans du papier kraft.
Dans cette course de trois semaines, pour 14ooo Km, les premiers huit jours sont difficiles pour le mental et le physique. Il fait très froid et humide la nuit, nous dormons mal et nous ne récupérons pas, il nous faut quelques jours pour nous adapter à ce rythme de conduite depuis le matin au soir. Au bivouac, il faut chercher une place pour la voiture et réparer les premiers dégâts. Dans notre cas, le petit toy est tellement solide, que je m’occupe de faire juste les niveaux. ( C’est simple, car nous ne savons pas faire grand chose en mécanique, même rien, l’assistance non plu, puisque nous n’en avons pas !) Nous sommes dans l’inconscience totale, n’étant pas conseillées, en si peux de temps de disponible pour partir, nous prenons le départ, en pensant à rien d’autre que de s’en aller.
Ensuite, lorsque tout est fait, si l’on peux dire,…il faut manger. Si mes souvenirs sont d’accords avec moi, nous n’avons pris qu’une gamelle chacune, où tout doit tenir dedans : salé sucré, car impossible de revenir pour un second service au milieu d’une population de coureurs affamés.
Il m’ arrive de ne pas prendre de repas, l’attente étant trop longue, je vais dormir.
Lorsque la passion, le bonheur immense de partir, tout droit, sans revenir le soir, n’avoir ce désert unique qu’à soit, manger bon où dégoûtant, cela n’as pas d’importance : on entre dans la magie de l’Afrique. J’oublie l’autre Afrique, où l’on doit beaucoup montrer ses papiers et donner des back-chich.
Maintenant, c’est différent je n’ai plus le même regard, nous sommes souhaités, Sabine apporte au continent un énorme moyen de commerce et de cadeaux de matériel.


TOUGHOURT- OUARGLA 362 Km de spéciale + une liaison
OUARGLA- EL GOLEA 380 km de Spéciale
Chebaba où Fort Méribel, c’est là que nous attaquons enfin les choses très sérieuses.

«  Fort Méribel, est un fort militaire Français un peu cassé. De petites dimensions, il est bien planté dans la caillasse. Nous le rencontrerons souvent.

CHEBABA- BORDG OMAR DRISS 501km, 429km de spéciale

BORDG OMAR DRISS-ILLIZI LIAISON 72 km de liaison 420 km de spéciale

Arrivées à Illizi, je tins ma promesse, j’avais pris dans la penderie de mon mari une très belle veste anglaise, kaki clair, petits chevrons barrés de fines rayures brun-roux. Je me dirige vers le village contre lequel le bivouac est installé et je remet le paquet au maire. Thierry Sabine qui est partout et voit tout, vient me trouver « que fait-tu avec le maire me lançe-il dans son rythme de chef » Je lui explique « Le chef rêvait d’avoir une veste, je n’ai pas oublié » Puis il enchaîne « ça va, rien de cassé » « Si, un ongle ! » cela ne là pas fait rire et il tourna les talons. Le connaissant, je sais qu’il est capable de bien rire, sans que cela ne se voie.

Au début de l’épreuve, nous étions dans la deuxième moitié du classement et maintenant nous remontons tous les jours. C’est ainsi que nous roulons un certain temps avec les mêmes voitures, le soir au bivouac, nous nous mettons à quatre où cinq voitures en cercle, comme les cow-boy le faisaient pour se protéger des indiens et nous pour se protéger des voleurs et surtout des fous hallucinés, fatigués qui arrivent toute la nuit dans le camp à la même vitesse que dans la piste, en roulant sur les tentes, les gens en train de dormir, où le matériel.
Tous les soirs c’est l’angoisse, si nous ne pouvons pas nous protéger. Le meilleur choix, est d’être à coté de la cantine, où nous sommes prêtes à entendre de notre sac de couchage à l’intérieur de notre tente, la douce voix de Thierry qui hurle dans son porte voie.
La deuxième semaine le rythme est pris. Les pilotes s’organisent et se battent plus sérieusement. Certains coureurs avec leurs protos, ont du mal à accepter de nous voir devants eux. Le matin au départ, ils nous rattrapent, nous doublent et nous les voyons peu de temps après arrêtés, a droite à gauche en train de faire ce que la nature les obligent à faire, par l’excitation.
Les dattes deviennent gênantes.
Tous les pilotes sont très gentils avec nous, au bivouac nous avons des grands frères partout, mais dans la piste c’est la guerre.

XVIIII ILLIZI-DJANET 401 km de spéciale

L’échappement est crevé, il est sous mon siège et je le respire allègrement. En arrivant à Djanet, j’e vais dans le village avec ma voiture, chercher un garage. Cela va être ainsi toute la course. J’aperçois enfin une battisse bien pauvre, un atelier ! « Bonjour Monsieur, pouvez-vous réparer s’il vous plait » sans dire mot, l’homme se dirige vers un tas de détritus qui lui servait de magasin de pièces détachées, donne un coup de pied dedans, une boite de conserve jaillit (petits pois carottes) il la fixe, je n’ai rien vu.
( Cette réparation passera la ligne d’arrivée à Dakar, en tenant mieux qu’un échappement d’origine.)
Nous ne mangons plus les dattes, elles nous collent aux doigts et nous n’avons pas l’eau courante. Le soir, à ce nouveau bivouac, je rejoins le PC, dont l’entrée est à l’arrière d’ un vieux camion. Une table tient toute la place, des sièges en font le tour. Thierry trône au milieu, Deleforterie à sa gauche et ensuite, moi.
Il fait nuit, soudain des discussions excitées se rapprochent, Darniche et Balavoine apparaissent. C’est déjà l’abandon pour eux et ils sont en pleine réclamation, Thierry ne bouge pas et ne dit rien, il les écoute il est impressionnant devant ces deux gars empoussiérés et hagards en contre bas, c’est comique et cela fini par une rigolade. C’est la première fois que je rencontre Daniel.
La deuxième semaine le rythme est pris, beaucoup de voitures sont cassées, d’autres font demi-tour, en se rendant compte qu’ils n’ont rien à faire là, où bien ils se sont fait piégér dans le rêve de partir, par la famille, les copains, poussés malgré eux. Mais une fois le pied en Afrique, lorsqu’ils se retrouvent seuls sans les supporter, ils vivent la réalité et prennent peur.
Les pilotes sont plus organisés, ils se battent sérieusement, cela n’empêche pas les tonneaux.

DJANET-CHIRFA 532 km de spéciale

Nous avons un bon rythme, nous restons les seules femmes en course. Tout le monde nous accepte, enfin nous aide, viens vers nous spontanément le soir, pour voir si nous avons besoin de quelque chose et de plus, c’est le coin où l’on rigole le plus.
Thierry, me surprends toujours dans tous les domaines, il est sur tous les ‘fronts’ et aussi sur ceux-la : Mireille D était présente pour plusieurs étapes, ensuite dans le même temps, étaient dans les rangs : Esther Kamatari princesse déchue du Bourundi et peut-être encore, d’autres copines cachées. Une chose est certaine c’est qu’il est très fort, car aucune ne se rencontre et chacune crois être unique.
En 82, dans la reconnaissance Thierry croisa la route de Suzanne et son mari dans le désert.
A présent, cela ne va déjà plus avec Diane, qui n’est pas présente sur ce Dakar, elle va prendre l’avion de Paris pour être à l’arrivée et être présente à la remise des prix.

CHIRFA-DIRKOU 239 km de spéciale

Les étapes de Chirfa-Dirkou, nous obligent à réaliser l’ailleurs. Il fait cinquante degrés dans la cabine, la température du moteur est trop élevée, le thermostat ne fonctionne plus, nous roulons avec le chauffage à fond pour l’aider, avec en prime, le harnais, le chèche sous le casque, car le sable est partout chez lui. Je sent ma sueur couler dans mon dos comme une douche chaude.
En arrivant au bivouac de Dirkou, nous rejoignons des Bordelais pour nous garer, près de leur hilux. Nous sommes sales, fatiguées, affamées. Ils dégustent du bordeaux, avec d’autres pilotes. C’est du défi d’emporter des bouteilles dans une telle course, lorsque l’on sait que la voiture fait des bonds de cabri sur la piste avec la chaleur en plus. Un des pilotes nous propose un verre, je ne suis pas d’accord de boire dans ce moment de grande fatigue. Il insiste, me tend une bouteille qu’il vient d’ouvrir et deux godets. Erreur ! Je sers Josiane, j’ai bois avec méfiance et plaisir, ce nectar chaud est très bon…puis en quelques instants, les pauvres gars n’ont pas le temps de réagir. Nous sifflons le contenu avec une frénésie boulimique. Merci les Bordelais.
Les dattes ont quitté leur enveloppe Kraft et commencent à se promener dans l’habitacle malgré notre vigilance.


DIRKOU-AGADEZ 617 km de spéciale BREEFING ce texte est fidèle

Au lever du jour, dans son porte-voix Thierry Sabine nous indique les dangers de la piste, ce matin, il nous a raconté une histoire. « Lorsque vous arriverez à  l’Arbre du Ténéré, à la droite de l’arbre vous verrez un petit rectangle carré fait de pierres pointues : C’est une tombe. C’est la tombe d’un homme qui voulu rester 28 jours à faire pousser un arbre à cet endroit. Cet homme est venu seul avec son véhicule, il était assez âgé.
Il a commencé à construire une petite maison pour s’abriter et puis un jour ses six fils se sont inquiétés de son absence prolongée. Ils sont partis à sa recherche, ses six fils en arrivant en camion à son camp, l’on trouvé décédé. Ils l’on ainsi enterré au lieu dit « l’Arbre du Ténéré » Les six fils sont repartis dans leur camion qui est tombé en panne 30 km plus loin, ils ont fait demi-tour un par un, pour retourner au camp.
Ils sont tous morts. Le dernier est mort à un mètre de l’arbre, vous verrez donc la tombe du père qui a eu une histoire curieuse, c’est qu’il aimait le désert et qu’il y est resté.
Donc, vous y ferez très attention, le Ténéré n’est pas une plaisanterie. C’est une histoire comme il y en a beaucoup d’autres dans ce désert »

Sabine aime nous faire peur, nous angoisser. Dans la piste, épuisés au bout de nos forces nous le maudissons et le lendemain matin, dès qu’il nous parle, nous l’écoutons avec des yeux ronds d’enfants qui disent : Nous te suivrons partout."

La suite bientôt...
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Jeff



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MessagePosté le: Mer 12 Mar 2014, 09:39    Sujet du message: Répondre en citant

" XX L’AZALAÏ

Les papiers tournoient bizarrement au raz du sol, le vent se lève. Je demande à un enfant du village ce qu’il en pense, « le vent de sable va souffler » me dit-il en me montrant les papiers et l’horizon qui disparaît.
Nous entrons à ce moment, dans la plus grande tempête de sable de tous les Dakar.
Thierry fait partir d’abord les camions. Nous ne sommes pas dans les voitures de tête et lorsque notre numéro de départ arrive, il est largement treize heures ce qui est très tard.
Nous faisons le rallye de nuit, à cause de notre voiture qui est lente, nous remontons lentement dans les classements, nous verrons le jour seulement en Mauritanie.
Sur un front de cinq cent mètres d’énormes sillons faits par les camions, les motards et beaucoup de voitures devant nous, nous projètent de droite et de gauche et nous ralentissent.
La conduite est pénible. La tempête a envahi notre horizon, nous voyons juste l’avant du capot.
Quelquefois le vent est si fort, qu’il soulève des masses de sable et nous entrevoyons : rien. Nous avançons au compas de relèvement, Josiane le tient dans sa main droite et m’annonce le bon degré à suivre, en pointant l’autre main, bien droite vers la bonne direction.
C’est Agadez, Cap 180. Je me fâche lorsqu’elle mollie, nous n’avons pas le droit à l’erreur Le Ténéré met les boussoles à l’heure.
Le petit Toy remonte difficilement dans ses tours avec ces terribles ornières, je dois garder les roues bien droites pour ne pas m’ensabler. Il est déjà cinq heures, le moment où tout bascule.



Nous sommes dans un mirage, nous croisons des ombres d’un autre temps qui se déplacent lentement au rythme du pas de leurs chameaux. C’est l’Azalaï, la caravane de marchands qui n’en finit pas et qui transporte le sel.
Il y a deux mouvements, un quitte l’Aïr, va vers Fachi et Djado et l’autre revient dans l’Aïr se reposer, puis dans le sud vont à Damergou et reviennent avec des céréales.
Ils ne nous regardent pas. C’est nous qui n’existons pas, ils suivent leur route séculaire et leurs formes se diluent tout doucement.
Deux mondes se sont croisés.

MARIE-CLAUDE LAREDO

Dans cette immensité, il y a ces fameuses balises Berliet, indispensables aux voyageurs, espacées d’un kilomètre entre chaque et fixées à un énorme bloc de ciment.
Ce balisage serpente entre les dunes, certaines sont couchées dans le sable, sorties de leur coffre. Dans cette tempête nous les repérons difficilement, c’est angoissant, il faut à tout prix les trouver. Nous n’avons qu’une boussole et notre sens intuitif d’orientation. Mais, il y a un toit sur nos têtes, de la nourriture et de l’eau, faciles à notre portée, puis nous sommes deux dans cette nuit d’un autre monde de cauchemar.
Qui s’est moqué de Larédo, parce quelle a percuté une balise avec sa moto. Seule, pilotant un monstre lourd, avec lequel il ne faut pas tomber, car elle ne pourrait plus la relever. Elle doit avoir du sable dans les yeux, hallucinée de chercher les balises, lorsqu’elle en a une, elle va dessus jusqu’au dernier moment à quelques mètres, de peur de la perdre et la contourne très près, pour ensuite rester dans son bon cap.
Fatiguée par les sillons et ce guidon si difficile à tenir, avec cette balise là, elle ne sait pas si elle est à 3 où 10 mètres, ayant mal évaluée la distance, Marie-Claude percute la ferraille, incapable de bouger cette lourde moto au dernier moment, aussi facilement que sur une piste normale.

L ARBRE DU TENERE


Nous arrivons à l’arbre du Ténéré. A coté de cet arbre accidenté et remplacé par du métal fait d’échappements, de tuyaux et de boites de conserves, il y a un puit profond de quarante mètres dont l’eau est polluée.
Un camion chargé d’essence ravitaille uniquement les motos. Thierry Sabine est là pour surveiller s’il y a des tricheurs et que tout se passe bien, il est partout, il parle aux motards, on aperçoit à peine son hélico dans la tempête. Je vais le voir, il a les lèvres crevassées, sans un mot, je lui donne mon tube de pommade.

Le road-book indique à gauche après l’arbre, les balises Berliet et mon compas obliquent vers la droite cap180 direction Agadez. Rien ne va. « Nous allons prendre au milieu, pour faire plaisir à tout le monde : au road-book et à moi-même »
Je ne suis pas la seule à avoir fais ce choix. Nous entrons dans une série de petites dunes. Il fait nuit, le vent forcit, nous l’avons par l’arrière droit. Soudain, un à pic géant, je stop net et m’ensable. En bas, il y a du monde, quatre voitures, des Japs sur le toit et les autres biens plantés dans le mou.
Le sable arrive par paquets et est déjà à la moitié de nos roues : la voiture est posée sur le châssis. Nous n’avons pas de plaques de désensablage, les pelles ne servent à rien.
C’est avec les mains et les bras que nous essayons de dégager les essieux. Lorsque nous sortons une roue en quelques instants le sable est revenu, le vent en transporte tellement qu’il va plus vite que nous. » Je suis certaine, que dans la nuit, la voiture sera recouverte » Josiane me lance :«  changeons de stratégie »
Nous descendons les dix mètres de pente dans le trou pour aider les autres, en espérant qu’ils nous aideront à leur tour. Nous poussons péniblement la première voiture, c’est bon enfin, elle s’arrache du sable et part…
La seconde, nous poussons encore, les gars fichent le camp aussi : chacun pour soi malgré la promesse.
A part les Japonais qui ne sont plus dans leur voiture, il reste le Mercedes de l’assistance allemande BMW d’Hubert Auriol. Nous avons aidé les Français, après ceux là il n’y aura plus personne dans ce trou. Nous leur demandons encore de nous aider, avant de pousser leur voiture, comme aux autres. « Pas de problèmes » disent-ils !
Ce fut vrai. Ils réussissent à poser leur 4x4 sur un sable plus dur et ils grimpent avec nous.
Après avoir mis notre tente igloo sous les roues, après de nouveaux efforts, le petit Toy est assez vite dégagé et lui aussi est maintenant sur le dur.
« Nous ne savons plus où est la piste » disent nos amis allemands «  Un vent violent à un moment a soulevé le sable sur notre droite un quart de seconde et j’ai aperçu une balise » dis-je enfin. Tout était rangé dans ma mémoire.
Nous allons jusqu’au pied de cette balise le nez du 4x4, vers le sud, pendant que les gars nous suivent du regard. Puis ils disparaissent.
Nous les attendons pleins phares en klaxonnant.
Le temps parait très long, ils n’arrivent pas à sortir de ce piège, je ne sais plus depuis combien de temps nous les avons aperçus au loin, nous suivant du regard. Nous sommes inquiètes pour ces gars qui ont respecté leur parole. Ils arrivent enfin. Nous faisons quelques kilomètres ensemble, où plutôt ils conduisent en dessous de leur vitesse, car ils conduisent une essence très rapide.
Nous leur faisons signe de nous laisser, car ils ont une mission.

Peut-être deux où trois heures après le terrain change d’aspect, un motard est arrêté dans le noir, nous le voyons au dernier moment, il fait des grands signes avec les bras de peur qu’on ne le vois pas, il nous demande de l’aide. C’est Fifi Vassard, il n’a plus de lumière.
Nous le guidons sur une centaine de kilomètres.
Nous quittons maintenant le désert de sable et ses grandes dunes molles. Nous sommes à nouveaux dans la caillasse, sur une piste étroite. La moto roule à la hauteur de notre roue avant gauche pour profiter des phares. Les deux véhicules font des bons l’un contre l’autre. Je conduis l’œil gauche sur le motard que je vois mal et l’œil droit sur la piste cassante.
Fifi, nous avait averti, ne plus avoir beaucoup d’essence. Je ne le vis plus, nous ne pouvons plus rien pour lui. Le charger dans le 4x4 c’est la mise hors course, nous pouvons nous arranger, mais nous n’avons pas de place.
Beaucoup plus tard, j’ai regretté de ne m’être point arrêtée, il a dû voir les phares rouges s’éloigner, disparaîtrent et se retrouver seul dans le noir et le silence.
Nous sommes différents dans ces moments de fatigue, de grande tension et d’incertitude pour la bonne piste, maintenant bien installés à lire dans le confort de notre maison, il est peut-être difficile de ressentir ces angoisses qui nous traversent. Nous réfléchissons certainement autrement.
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