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Dakar 79 M. Rénier, engagée sur Guzzi 500 TT N° 88
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TINTIN
Invité





MessagePosté le: Dim 12 Fév 2006, 13:48    Sujet du message: Dakar 79 M. Rénier, engagée sur Guzzi 500 TT N° 88 Répondre en citant

Je viens de découvrir votre site. Supersympa. Dire qu'on a fait tout ça et... avec de tels engins! Sans parler du look qu'on arborait...

Bon, je vois qu'il vous manque deux ou trois bricoles sur le team Guzzi France (formé "à l'arraché" par l'importateur à peine deux mois avant le départ). A la base, des Guzzi 500, aussitôt transformées en bêtes de désert (sic) par l'atelier de Levallois. Le problème vint des jantes alliage, testées sur la caillasse mais pas dans le sable. D'où une fragilité en contraintes latérales et leur casse, l'une après l'autre. Pour faire bref, avec 5 machines angagées, on a réussi à en faire arriver une à Dakar (celle de Rigoni) en pillant les 4 autres. C'est la dure loi de la course. Pour ma part j'ai abandonné à In Salah -comme tant d'autres- Il fallait voir le petit hôpital d'In Salah, en ce soir de réveillon, totalement submergé d'éclopés de tout poil attendant de passer aux radios : folklorique!
Je vous joins la photo "officielle" des 5 engagés Guzzi, prise dans l'atelier la veille de la spéciale de Montlhéry. De gauche à droite: Piatek, Breton (journaliste à Moto Verte), Rénier (pigiste à Moto Verte), Rigoni (qu'on ne présente plus) et Alain Legrand, Mister Get 27, notre sponsor et coéquipier.
Des anecdotes j'en ai à la pelle, il suffit de demander.
Au hasard: après mon abandon, hors de question de rester sur la touche: je n'avais qu'uin malheureux plâtre au poignet et une grosse entorse au genou. J'ai donc été récupérée dans un 1er temps par un vieux bien sympa conduisant un Toy' orange (Huygueny je crois). Puis, à Assamakah, j'ai récupéré l'un des deux Range de l'équipe Metge/Barbier, le père & le fils Barbier s'étant déclarés "rapatriables d'urgence" pour cause d'entorse au pied pour le fils (!) et de trouillomania aigüe pour le père. De toutes façons, ils s'étaient déjà fâchés avec René Metge deux jours avant et René conduisait désormais le break 505 des médecins... Les Range ne pouvant être laissés dans le désert, j'ai donc hérité du vert, super équipé côté mécanique, pour le convoyer jusqu'à Dakar. Ce qui m'a permis, quelques jours plus tard, de dépanner Jacky Simpar et son break R12 4X4, en panne de pont et qui avait juste besoin... d'un poste à souder, item difficile à trouver sur la piste. Eh bien, devinez quoi?, j'en avais justement un dans le Range! Je revois encore la tête de Jacky en le découvrant! Il a cru que j'étais le père Noël!
Cela dit, si l'on avait du matériel (et même un peu de sous, si..), on crevait de faim car les épiceries d'Algérie étaient pillées par les premiers arrivés, normal. NB: je vous rappelle que, sur le 1er Dakar, aucune intendance, style "Africabouffe" comme on l'a surnommée par la suite. Chacun devait se démerder et ce n'était pas toujours évident: quand y'a plus rien, y'a plus rien! Un grand merci aux bons samaritains qui ne nous ont pas complètement abandonnés dans l'adversité. Comme Michel Delannoy & Frédéric Hayrewyn qui, un soir de disette avant Arlitt m'ont laissé "saucer" leur boîte de sardines (vide) avec un quignon de pain. Ce fut mon seul et unique repas ce jour-là...
Fin des anecdotes pour aujourd'hui. Si vous voulez la suite, il faudra me contacter. Eh oui...
Je vais essayer de vous envoyer les photos par: photo@dakardanan.com

Roulez bien!

Tintin
[color=darkblue][/color]
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Jeff



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MessagePosté le: Lun 13 Fév 2006, 01:10    Sujet du message: Répondre en citant

Bienvenue sur ce site et merci pour cet historique sur la création de l'équipe GUZZI lors de cette première édition du Dakar...Nous sommes effectivement pauvres en photos et anecdotes sur votre équipe d'alors. C'est donc vraiment sympa d'accepter de partager quelques souvenirs par écrit et par images!!! Nous mettrons votre photo en ligne dès que notre webmaster sera revenu de rétromobile!!!!!
Merci en tout cas pour ces premières lignes qui mettent l'eau à la bouche!!!! On aimerait encore en savoir davantage sur votre aventure!!!!!
A bientôt.
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José



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Messages: 1047

MessagePosté le: Mar 14 Fév 2006, 08:59    Sujet du message: Oups Répondre en citant

Désolé, je n'avais pas vu ce message. Donc merci pour ces souvenrirs.
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Jeff



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MessagePosté le: Mar 14 Fév 2006, 21:15    Sujet du message: Répondre en citant

Martine Rénier (Tintin sur le site) vient de nous faire parvenir un mail pour expliquer un peu plus l'épopée des Motos Guzzi lors de ce Dakar 79:

"Comme promis sur le forum (voir mon message signé Tintin), je vous envoie la photo "officielle" du team Guzzi France.



De gauche à droite: Piatek, Breton (journaliste à Moto Verte), Rénier
(pigiste à moto Verte entre autres), Rigoni (que l'on ne présente plus) et
Alain Legrand, PDG de Get 27, notre "petit" sponsor, et excellent motard au passage.

Pour l'anecdote, l'importateur m'a d'abord demandé si ce nouveau rallye
m'intéressait (tu penses!). Thierry Sabine était l'un de mes meilleurs amis, que j'avais connu par la compétition auto, et j'avais déjà participé à toutes les épreuves qu'il avait créées : Enduro du Touquet, Croisière Verte, etc. Bref, je n'avais qu'UNE SEULE envie: faire le Dakar coûte que coûte!
Après avoir obtenu mon accord, il m'a demandé si je connaissais un
journaliste susceptible de compléter l'équipe. Je lui ai parlé d'Eric
Breton, qui travaillait à Moto Verte avec Gilles Mallet, vainqueur du 1er
Abidjan-Nice et qui faisait un peu de compète.
Pour la petite histoire: quelques années plus tard, E. Breton deviendra le
père de mes trois fils, dont deux roulent aujourd'hui sur KTM 250 cross: les chats ne font pas des chiens...

Autre anecdote. A l'époque, je roulais tout le temps à moto mais surtout en 125 et (tout comme Thierry Sabine au 5X5)...je ne possédais pas le permis moto! Il faut avouer que, pour rouler dans le désert, je n'en voyais pas la nécessité absolue... Bernard Rigoni m'a donc fait une petite leçon de morale très gentille : ce n'est pas très prudent de rouler comme ça, tu es hors-la-loi, tu devrais te mettre en règle... Et, au final, il m'a fait passer lui-même ce fameux permis à Montlhéry (où il travaillait à la Prévention Routière), en toute légalité et en mars 1980, soit deux mois
après l'arrivée du Dakar!"

Un grand merci pour toutes ces infos!!!!
A+
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Jeff



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Messages: 2534
Localisation: Roanne

MessagePosté le: Mer 15 Fév 2006, 00:19    Sujet du message: Répondre en citant

Que du bonheur!!!!!
Martine (Tintin) vient de me faire passer quelques souvenirs de ce premier Dakar...à lire sans modération!!!!!:

"Primo, personne -ou presque- n'avait entendu parler de cette formidable
aventure, si ce n'est les amis de Thierry, dont nous faisions partie via la
compétition auto et les moultes aventures (rigolotes et bon enfant) qu'elle avait générées.
Donc, on en parle. Un peu. Puis beaucoup.
On nous prend pour de doux barjots, des foldingues qui ne se doutent pas de ce qui les attend. Pas si faux..
Moi, j'avais une XT 500 perso mais ça ne me disait rien de courir avec MA bécane, d'autant que je venais de faire la Croisière Verte sur une Honda 125 XLS "officielle" je veux dire from Honda France. Et puis il fallait payer l'engagement (15 000 Frs de l'époque: une somme!).
Un jour, je vais rendre une Guzzi chez l'importateur après un essai (j'étais pigiste auto & moto). A l'atelier un gars me dit que le patron veut me voir.
Je monte dans son bureau et, là, j'ai compris tout de suite: la carte
Michelin du nord de l'Afrique (N° 134 je crois) trônait sur son mur, avec le parcours du Dakar stabilobossé dessus... Il me dit en la regardant: "Ça vous dirait de faire cela en Guzzi?"
Et c'est comme ça que tout est parti.
Ensuite, comme il cherchait un journaliste je lui ai conseillé Eric Breton,
de Moto Verte, dont je savais qu'il cherchait un guidon.
Le plus rigolo? Lorsque j'ai dit à Breton que j'allais faire le Dakar sur
Guzzi, il a rigolé. "Mauvais choix" qu'il a dit. Et, comme par hasard, deux
semaines plus tard, quand il a eu, lui aussi, son guidon d'usine, il a
trouvé que, finalement, un twin ce n'était pas si mal pour faire l'Afrique.
Ah, ces hommes!...

Bon, j'abrège sur les préparatifs, on en aurait pour des heures.
C'est Rigoni qui a testé (enfin, un peu...) la 500 TT dans la caillasse et
dans la boue. Faute de temps, il a été impossible de concocter un moyeu
compatible avec des roues à rayons. Hélàs, trois fois hélàs : c'est ce qui
nous perdra! Cela dit, en contraintes verticales, les roues à bâtons
étaient, paraît-il, tip-top...

Nous avons pasé le 24 décembre en "Thalasso-Montlhéry" dans un océan de boue transformé en spéciale de 3,5 km où plusieurs vailants participants se sont habitués à se retrouver le c... par terre (ça ne faisait que commencer!) et le réveillon en famille (sic) à peaufiner le contenu de notre barda & de nos sacoches. Car, eh oui, nous avions des sacoches (voir les photos) dont l'une servait -entre autres- à contenir un réservoir de secours de 5 litres. Car la grande inconnue était: tiendra-t-on la distance en carburant??? Je rappelle que personne, à part nous, ne roulait en twin... Et on ne savait pas grand-chose de sa conso dans le sable.

Pour le reste, c'était l'inconnue totale. La bouffe? Guzzi France y avait
pensé en commandant à l'Armée des rations de survie qu'emportaient les deux véhicules d'assistance, des Toy' chargés A MORT!





Comme tous les autres Toy' d'assistance d'ailleurs. J'en ai vu emporter jusqu'à 2 moteurs de rechange!
Moralité: sur la piste, ils ont retourné leurs lames de ressort! Il faut le
faire...
Bref, la bouffe, on avait. Le problème c'est que l'assistance, la dernière
fois que je l'ai vue, c'était à Laghouat (300 km d'Alger). Après, plus
rien...
Des sous aussi on en avait: chacun de nous emportait environ 3 500 Frs .
Eh bien ce pactole reviendra quasiment intact au terme de l'aventure!
La raison? Les véhicules d'assistance ont presque tous cassé sur les
premières pistes algériennes. Adieu les rations... Adieu aussi les duvets
achetés à prix d'or au Vieux Campeur. Je reviendrai plus tard sur la (TRES
GRANDE) fraîcheur des nuits.
Et puis, les sous, ma foi, on en fait quoi...quand il n'y a plus rien de
chez rien dans l'épicerie de Regganne ou d'In Salah, déjà pillée par les
premiers arrivés?
Bilan: on a TOUS crevé de faim!
Moi, j'ai perdu 5 kg sur ce 1er Dakar. Et, à l'époque, je pesais à peine 55
kg....

Bon, je reviens sur ce 26 décembre.
Place du Trocadéro. Le jour se lève à peine sur un jour cotonneux et
frisquet comme seul le mois de décembre nous en réserve. Les rares passants, héberlués, contemplent cette drôle de caravane hétéroclite qui tente de se réchauffer à grands coups d'accélérateur et de claques dans le dos.
Autour de nous, personne ou presque. Quelques rares parents ont fait le
déplacement (pour ceux qui ont la chance d'habiter en région parisienne et d'avoir une famille courageuse). Pour les autres, c'est ma mère, Tététte (une vieille habituée des assistances de rallye!) qui fait office de bon samaritain, distribuant café chaud, bonbons & et encouragements à tous ces "paumés" qui se demandent à quelle sauce l'Afrique va les manger.
Brouhaha, mégaphone portatif en main, Thierry appelle ses brebis:
"Messieurs, à vos engins!"
Dans l'odeur des moteurs chauffant péniblement dans l'air glacial, le
premier départ est donné.
Pas de podium. Thierry, bonnet sur la tête, chrono en main & sa femme Diane à côté de lui, toujours souriante: un peu de soleil avant la traversée de la France givrée, ça ne fait pas de mal. Et on s'élance, sur une claque dans le dos.
On tourne le coin du pont qui fait face au Trocadéro et, déjà, on se sent
seul. Le concurrent précédent est à une minute devant: une éternité. Et le suivant est encore au Trocadéro, dans la fumée bleue des échappements: un autre monde.
Brrr, il fait sacrément froid!
Le périphérique? ah non! On n'a pas le droit, pas plus qu'aux autoroutes
d'ailleurs.
Les Maréchaux, oui c'est bon. Vite, trouver la porte de Gentilly et la
nationale 7.
Et on l'enquille. Direction: le sud.

Les villes disparaissent rapidement dans la brume et nous voilà en rase
campagne, accompagnés par le seul bruit de nos moteurs. Ça ronronne sec, c'est déjà ça.
On croise des bagnoles, des camions, des gens qui se rendent d'un point à un autre, mais pas des gens qui vont dans le sud par la nationale 7!
Il faut être barjot, en 1978, pour emprunter la nationale 7 direction Sète,
non?
Ah, si seulement on pouvait prendre l'autoroute...
Mais voilà, le règlement l'interdit formellement. Et s'il y avait un
contrôle de passage inopiné?
C'est là que nous sommes idiots! On aurait dû se douter qu'avec une si
petite organisation (2 véhicules "officiels" et deux 505 breaks pour les
médecins), Thierry n'avait AUCUN moyen de mettre en place un tel
dispositif...
Moralité: nous fûmes nombreux à nous "taper la nationale 7", tandis que
d'autres, plus retors (ou plus fûtés?), descendaient tranquillement par
l'autoroute et, du coup, bénéficiaient d'une demi-nuit de sommeil dans un
vrai lit en attendant l'arrivée du bateau.
Première leçon du Dakar: pas vu, pas pris!

Cela dit, sur le parcours, dans les villes où nous ravitaillions en essence,
les gens commençaient à se presser, plus nombreux au fur et à mesure que nous nous approchions de Sète. Ce devait être "le téléphone arabe" et l'on verra plus loin qu'il n'a pas cessé de fonctionner tout au long de la
course.
La "7" n'en finit par de déplier ses méandres et il fait de plus en plus
froid. Les panneaux se succèdent avec lenteur : Lyon, Vienne, Valence.. La nuit n'en finit pas. Quand en verra-t-on la fin?
Chaque halte est un calvaire: à peine réchauffés il faut remonter sur la
bécane et réaffronter la brume, le froid, les camions qui roulent à tombeau ouvert.
Arrivée à Sète d'une bonne centaine de zombies, transis de froid (pour ma part, dès le Morvan j'avais troqué mes bottes de moto qui prenaient l'air de partout contre des moon-boots, nettement plus chaudes, mais qui
m'obligeaient... à passer les vitesses avec les mains!) et recrus de fatigue qui se jettent, d'abord sur le contrôle horaire, ensuite sur un chocolat chaud.
Ensuite, il a fallu attendre le bateau, prévu pour midi (mais ce sera
beaucoup plus tard, l'embarquement n'en finissant pas). Les plus riches se sont partagé quelques chambres d'hôtel sordides (juste à côté du quai). Les "poireaux" (il y en avait déjà) se sont réchauffés comme les oiseaux: en se tenant serrés les uns contre les autres.

Fin du 1er épisode."

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José



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MessagePosté le: Mer 15 Fév 2006, 08:14    Sujet du message: cétipatop Répondre en citant

Merci mille fois de nous confier ces souvenirs.
Il y a tant de choses qui n'ont pas été racontées et qui prennent aujourd'hui une saveur toute particulière d'aventure et parfois d'insouciance.
J'attends les prochains épisodes avec impatience.
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Jeff



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Localisation: Roanne

MessagePosté le: Sam 25 Fév 2006, 22:50    Sujet du message: Répondre en citant

Voici la suite des aventures de "Tintin" sur ce Dakar...Je vous laisse profiter de ce vrai moment de bonheur!!!:

"2ème épisode :


Le bateau est un vieux ferry rouillé et tellement rafistolé qu'on le
croirait prêt à couler. Et pourtant il flotte, emportant notre caravane vers
de nouveaux rivages où l'Aventure nous attend. Mais sous quelle forme?
Autant dire qu'on n'en mène pas large.
Il y a les discrets, qui restent dans leur coin ou dans leur cabine (faut en
avoir envie vu leur confort succint et leur déco qui collerait le blues à
une troupe de clowns). Il y a les grandes gueules, qui squattent le salon en
racontant haut et fort leurs péripéties Paris-Sète. Ce sont les mêmes qui,
chaque soir au bivouac, ressasseront par le menu tout ce qui leur est arrivé
sur l'étape. En un mot, des personnalités commencent à apparaître. Avec
leurs bons et leurs mauvais côtés.
Radio-Rallye (comme on surnommera la célèbre rumeur courant sur l'épreuve)
nous apprend aussi les premiers abandons. Corinne Kopenhague s'est
légèrement blessée à... Fontainebleau! En tous cas, pour elle, c'est déjà
fini, comme pour quelques autres, qui ne verront pas l'Afrique. On imagine
leur déception après des mois de préparation...
Thierry organise un premier topo-briefing, profitant d'avoir toutes ses
troupes sous la main. Il nous parle du débarquement à Alger. Les nouvelles
sont mauvaises: le Président Boumédienne vient juste de mourir et l'Algérie
est sous le coup d'un deuil national de 7 jours. Le reste de son discours se
perd dans le broouhaha: bôôff, on verra bien. Inch'Allah !
Et puis, surtout, il y a le mal de mer qui frappe 80% d'entre nous. De tous
côtés on croise des concurrents courant vers les rambardes, la main sur la
bouche, le cœur au bord des lèvres. Marido, hilare, me montre Micou
Montange, le photographe de Moto Journal, engagé sur Honda, affalé sur un
coussin. "Tu as vu? souffle-t-elle, c'est du mimétisme, il a pris la couleur
des rideaux: rayés vert et jaune !"
Micou n'est pas le seul à souffrir. Partout, les mines sont grisâtres,
verdâtres, tandis que le ferry tangue de plus en plus. Les plus téméraires
font la queue (interminable) au self où la bouffe est à l'image du bateau:
immonde. De toutes façons, ça ne sert pas à grand-chose: on nous annonce que
le 2ème service est purement et simplement annulé... faute de réserves
suffisantes pour nourrir tout le monde! Les plus prévoyants se jettent sur
les quelques provisions de bouche qu'ils ont emportées. Les autres tentent
d'accéder aux véhicules où se trouvent les rations de survie. Mais l'accès à
la soute est impossible. Tant pis, on se passera de manger. Ce n'est que le
début d'un jeûne qui durera environ 3 semaines. Autant s'habituer tout de
suite...

Enfin, on aperçoit avec émotion Alger la blanche dans le soleil matinal. A
nous l'Afrique!
Le quai de débarquement est désert. Tous les rideaux de fer des boutiques
sont baissés et la ville semble morte, frappée par la mort de son président.
Notre caravane colorée et bruyante ne passe pas inaperçue. Soudain, on voit
apparaître des silhouettes émergeant des petites rues et qui se rassemblent
en groupes compacts. Les Algériens, sans doute pas informés de notre
arrivée, sont stupéfaits que l'on ose faire autant de bruit et un tel
remue-ménage en un pareil moment. Ils commencent à nous regarder d'un sale
œil et l'on sent leur hostilité qui monte à vitesse grand V.
C'est là que Thierry démontre tout son génie et son sens de la réactivité.
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, des motards de la police
algérienne surgissent comme par magie. Thierry annonce au mégaphone: "Ces
motards vont vous escorter en convoi jusqu'à Laghouat, 300km au sud, où se
fera l'étape. Le road-book est modifié. Exécution et... vite, le temps
presse!".
Aussitôt dit, aussitôt fait. Avant que les badauds mécontents -qui
commencent à se montrer de plus en plus hostiles- n'aient eu le temps de
dire ouf, la caravane s'ébroue et s'éclipse prestement. Motards devant,
motards derrière,dix minutes plus tard, il n'y a plus personne. Le quai est
à nouveau désert. On croirait avoir rêvé qu'il y avait 150 autos & motos à
cet endroit précis.
Joli tour de force de Thierry. Même si certains ne se sont aperçus de rien
(!), on a frôlé le GROS incident, la catastrophe. Le Dakar a eu chaud aux
fesses. L'aventure aurait très bien pu s'arrêter là, aux portes d'Alger !

Les 300 km vers Laghouat sont expédiés à un train d'enfer. Il s'agit de
mettre rapidement de la distance entre notre bruyante caravane et une
population surchauffée par un deuil national qu'elle voudrait voir respecté
par tous.
Evidemment, c'est sur cette route de montagne dangereuse -qu'il nous faut
quitter au plus vite- que la Guzzi d'Eric Breton choisit de tomber en panne,
à la tombée de la nuit. Le Toy' d'assistance s'arrête, moi aussi par
solidarité, et on répare. Pendant ce temps-là, tous les autres filent vers
Laghouat. Après deux bonnes heures d'attente glacée, on repart enfin. Seuls
et abandonnés. Brr! Ce n'est pas encourageant.
Le Toy' décide de passer devant "pour préparer le bivouac" et les Guzzi N°
86 & 88 se retrouvent isolées, roulant dans la nuit algérienne, à la lueur
de leurs phares. La route n'en finit pas et le froid nous tombe dessus,
glacial. Quand arrivera-t-on enfin à Laghouat? Au km 300, on trouve par
miracle (?) un paysan paumé dans la nuit, qui nous montre, au loin, en
contrebas, ce qui ressemble vaguement à une ville: Laghouat! Sans lui, on
n'avait aucune chance de la trouver! Pas une lumière qui brille, rien de
vivant en apparence.
On quitte donc la route principale et on se dirige vers ce qui ressemble
plus à un amas de pierres qu'à une ville.
Il est 2 heures du matin. A l'entrée de cette ville morte, un campement,
tous feux éteints. C'est bien notre caravane, où tout le monde dort à poings
fermés. Fébrilement, à la lueur de nos phares, nous explorons les véhicules
un par un, à la recherche de notre Toy' et de nos précieux duvets! Un tour,
deux tours, trois tours, rien à faire: le Toy' est introuvable. Où est-il
donc passé? C'est que l'on caille ici. Il fait moins 2°!!
Nous coupons les moteurs et commençons à sautiller sur place pour nous
réchauffer. Notre haleine givre tant le froid est piquant. Que faire? Nous
ne portons que nos cuirs, pas l'ombre d'une doudounne, encore moins d'un
duvet. Je donnerais ma vie pour une soupe chaude : le dernier "repas" (sic)
pris sur le bateau remonte à plus de 12 heures !
Dans les voitures et les camions, tout le monde en écrase. Il y a bien des
tentes plantées un peu partout mais elles sont pleines. Et on ne peut pas,
décemment, réveiller des concurrents épuisés à 2 H du matin et dire
"poussez-vous, faites-moi donc une petite place"...
Nous explorons nos sacoches, hélàs bien allégées en prévision d'une étape de
liaison: nous trouvons une seule et unique couverture de survie en
aluminium! C'est maigre. On l'installe par terre, dans les cailloux et on
tente de s'allonger en comptant sur la chaleur animale pour faire le reste.
Peine perdue. Au bout d'un quart d'heure, j'ai les oreilles gelées. Obligée
de remettre mon casque pour me tenir plus chaud: c'est TRES confortable de
dormir ainsi...
Au final, de 2 h à 6 h du matin, nous n'avons pas fermé l'œil un seul
instant. Nous n'avons fait que claquer des dents, taper des mains, nous
reveler, nous recoucher, nous enrouler péniblement dans la mince pellicule
d'aluminium pour tenter d'avoir moins froid. Bref, une nuit dantesque!

Depuis et depuis 27 ans, chaque hiver, quand le thermomètre flirte avec les
moins 2 degrés, je repense à cette nuit-là, la nuit de Laghouat, qui marque
ma mémoire à tout jamais. Cela me permet, en outre, de mieux comprendre le
sort des malheureux SDF, obligés de dormir à la belle étoile par tous les
temps, surtout l'hiver, et de compatir...
Vers 6 heures, le campement s'ébroue enfin. On nous découvre, bleus de
froid, grelottants, hagards.
Je ressemble à une mégère échevelée, chiffonnée, sale, moche et E. Breton à
un zombie venu des terres glacées.
Thierry s'approche de moi, frais et dispos, la combinaison blanche
impeccable (comment fait-il?) avec son petit sourire en coin et il me
glisse: "petite mine, ce matin, non?" Oh, je le tuerais!
Mais c'est déjà le départ. Vite, on démarre les engins et c'est parti sur
les chapeaux de roue pour une autre liaison vers Reggane. Dire que je n'ai
même pas pu boire un café. Chienne de vie!

Je me sens comme passée dans une essoreuse, des larmes de rage et de dépit
brouillent ma vue, mais j'ai décidé de ne pas me laisser abattre. Dans le
désert, il fait froid la nuit, et alors? Je suis plus forte que ça, je me le
répète et ça finit par entrer dans ma tête. On en verra d'autres.

Finalement, arrivés à Reggane, nous découvrirons que le Toy', moins chanceux
que nous (avec notre paysan) est passé à 2 km de Laghouat sans la voir.
Normal: la ville est un peu en retrait par rapport à la nationale et, tous
feux éteints, il était impossible de l'apercevoir... Du coup, ils ont taillé
la route directement jusqu'à Reggane. Avec nos duvets!!!

Fin du 2ème épisode"


Merci pour tout!!!!
A bientôt pour la suite!!!
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Jeff



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MessagePosté le: Ven 03 Mar 2006, 00:14    Sujet du message: Répondre en citant

Et la suite arrive!!!!!
Tout d'abord, une petite photo pour mettre un visage sur Tintin (issue du livre de Michel Delannoy...):



Voici donc la suite des aventures du n°88!!!:

"3ème épisode:

Il n'y a pas de pointage. Un seul impératif : arriver le lendemain soir (vendredi 30 décembre) à Reggane.
Certains ont dormi en route, d'autres ont parcouru les 1 450 km d'une seule traite, ce qui leur laisse une bonne journée pour décompresser ou mécaniquer (déjà !) avant d'attaquer la piste. En un mot, les choses sérieuses.
Car, jusqu'ici, nous n'avons fait que rouler sur le bitume. Attention! Parfois on peut tomber sur des trous gros comme des immeubles de 3 étages (non signalés, évidemment) mais, pour l'essentiel, la route est en bitume et elle traverse le désert, c'est à dire qu'il n'y a rien (mais vraiment rien!) aux alentours.
Ces longues liaisons sont éprouvantes pour le mental. Bercés par le bruit du moteur, nous roulons sur un ruban d'asphalte désespérément plat, qui s'étire sur une étendue si vaste qu'elle en donne le tournis.
Perdue dans l'immensité sablonneuse, une fourche, à l'intersection de deux routes. Et un panneau indicateur : Tamhanrasset: 1370 km. C'est encourageant! Et pas un seul point de repère. Juste l'horizon, au loin, qui semble fuir à mesure qu'on s'en approche. Pour un peu on s'endormirait sur la bécane, tant cette étape est monotone et fastidieuse. Mais il faut bien en passer par là et prendre notre mal en patience.
Autant dire que lorsque, par miracle, on rencontre un groupe de maisons, quelque chose de vivant, on est content de s'arrêter. Dans un de ces villages, quelques motos font une halte. Personne que je connais, zut. Mais où sont passées les filles: Pascale, Christine, Marie...? La dernière fois que j'ai vu Marido, ma complice de toujours, qui a partagé avec moi tant de bonheurs et de galères (dans les rallyes auto et, plus récemment, moto : Croisière Verte, Bol d'Herbe, etc.), bref ma meilleure amie, c'était à Laghouat. Mais, abrutie par ma nuit dantesque, je n'ai pas eu le cœur à lui parler. De plus, je sais qu'elle m'en veut un peu d'avoir "lâché" les Kickeuses quand j'ai été intégrée à l'équipe Guzzi, et j'ai mauvaise conscience.


(De gauche à droite, Marido, Martine de Cortanze, Pascale Gueurie,
Christine Martin...)

Seulement voilà, je n'arrive pas à la retrouver dans ce fichu désert! Pour une fois que l'expression "perdu dans le désert" se justifie, il faut que ça tombe sur moi! Et je roule, je roule, guettant en vain les silhouettes à l'horizon, à la recherche du blouson rouge de Marie...
Je ne la retrouverai qu'à Reggane.
Aux deux tiers de l'étape, Timimoun constitue le dernier point "habité" où l'on peut faire le plein. Par bonheur, il y a aussi des épiceries. Malheureusement pour la majorité d'entre nous, les premiers passés ont déjà tout dévalisé. En gros: boîtes de conserve et pain. Ils ont tout pris! Sur les rayonnages vides, ne restent plus que des blocs de savon de Marseille, de la brillantine Roja et les sempiternelles bassines en métal peint, typiques de l'Afrique. Rien de mangeable!
Ce cas de figure se reproduira dans tous les villages algériens (heureusement, l'Afrique noire sera plus cool avec nos estomacs...). Personne n'avait prévenu ces braves commerçants du passage de notre caravane, et leur maigre stock a été pillé à vitesse supersonique.
Du coup, nous nous rabattons sur les "restos" locaux. Et on y mange quoi? Du: "C'qu'y'a en cuisine" bien sûr! Mais c'est BON, surtout parce que c'est le premier vrai repas depuis le bateau, il y a deux jours!
Ensuite, nous repartons, les sacoches vides de toute provision. Les jours à venir risquent d'être difficiles côté intendance...
Ici, j'avoue être trahie par ma mémoire (sénilité précoce, sans doute?). Je pense m'être arrêtée dormir en route, du côté de Timimoun, ne serait-ce que pour pouvoir me laver et me réchauffer un brin, mais je n'en garde pas le moindre souvenir. Si d'autres en ont de plus frais, qu'ils me fassent signe...

Reganne enfin! La ville offre le mérite de ressembler, quelque part, à un endroit habité. C'est déjà ça. Dans cette ville où il ne se passe pas grand-chose d'habitude, l'effervescence est totale. Les premiers arrivés ont installé leur bivouac sur la place centrale, proquant l'inévitable (en Afrique) arrivée des badauds. Auour d'un aéropage de locaux ébahis et curieux, les tentes sont déployées, les cantines déballées, les bardas éparpillés un peu partout et les motos désossées. Un vrai foutoir ! Coloré, bruyant et hétéroclite, comme il se doit.
Au fil des heures déboulent des concurrents hagards, déjà un peu cradingues pour certains (cela ne fera qu'empirer au fil des étapes...) et qui s'empressent d'empiler leur "merdier" à côté des précédents.
A la fin de la journée, Reggane ressemble à un campement de Romanos survoltés. Folklorique!
Par ici on déploie les outils , par-là on commence à souder, là-bas on bricole, bref ça bidouille de partout. D'autres, plus prévoyants, mettent à sac l'épicerie locale qui, dès 10 heures du matin, n'a plus rien à proposer aux pauvres concurrents qui continuent d'arriver en flux serré.
A la fin de la journée, un soleil rouge surgi de nulle part éclate sur fond de ciel bleu marine (vrai!) de Reggane et ses couleurs vont se perdre dans l'or en fusion du couchant. Les plus esthètes (les moins stressés ?) apprécient le magnifique tableau à sa juste valeur: qui n'a jamais vu un coucher (ou lever) de soleil sur Reggane n'a rien vu! En tous cas, et dans tous les sens du terme, c'est un Grand moment (avec un grand G)!
En tous cas, l'accueil des locaux-de-l'étape est formidable. Je pense sincèrement que c'est ce qui manque aux Dakar d'aujourd'hui: on contact vrai et authentique avec les populations.
Les habitants de Reggane se font un plaisir d'aider -dans la mesure du possible- ces baroudeurs venus de nulle part. Un moment magique!
Il faut dire que, si l'on excepte la parenthèse de Laghouat (convoi guidé, arrivée vers minuit, etc.), c'est notre premier campement collectif. Voilà un instant qui compte.
A la tombée de la nuit, très fraîche comme d'habitude, une rumeur court dans le campement: Max Meynier, qui officie pour RTL, transmet en direct vers la France et, ô miracle, gràce à sa liaison radio les standardistes de la station, peuvent transmettre nos messages perso vers nos familles restées en France.




Se forme alors une queue (une cohue?) indescriptible de concurrents soucieux de rassurer leur entourage. Chacun dépose son petit papier à l'assistant de Max avec le N° de téléphone à appeler et le message à transmettre. Grâce à lui, nos familles ont reçu un coup de fil (vers 1 H du matin, mais quand on aime on n'est pas regardant...) d'une standardiste de RTL disant ceci: "Ici le standard de RTL. Votre fils -fille?- concurrent du Paris-Dakar, est à Reggane. Il (elle) est en bonne santé et il (elle) vous embrasse. Tout va bien." Formidable, non? Mes parents, qui ont près de 80 ans, s'en souviennent encore avec émotion... Mille mercis à Max!!
Pendant qu'on faisait la queue, on pouvait entendre Max officier en direct. cela donnait à peu près ceci: "Ici Max Meynier et l'émission: les routiers sont sympas. Je vous parle en direct de Reggane, quelque part dans le désert algérien, un endroit complètement paumé où Yves Sunhill est en train, en ce moment-même, de rôder le moteur de son buggy engagé sur le 1er Paris-Dakar". Là un bruit de moteur comme on entend dans la ligne droite des Hunaudières qui va et qui revient. A fond la caisse. Max reprenait: "Vous entendez, il se passe des choses ici, à Reggane, et dès demain, les concurrents du 1er rallye Paris-Dakar vont attaquer les choses sérieuses, à savoir les pistes du désert. Il vont traverser l'Afique et atteindre Dakar, le 14 janvier prochain....du moins pour les plus chanceux. Ah, ce que je vis est extraordinaire, je vous le dis". Etc, etc.
Si vous aviez un tant soi peu l'âme aventurière et que vous écoutiez RTL ces soirs-là, vous ne pouviez qu'être conquis!

La nuit sera courte : après toutes les émotions des derniers jours, nous avons beaucoup de choses à nous raconter. Et puis, l'idée d'affronter ces pistes terribles (selon Thierry) nous effraie un peu. Du coup, forcément, le sommeil tarde à venir...
J'ai retrouvé Marido mais elle est (déjà) engluée avec les problèmes du Range d'assistance et, moi idem avec le Toy' de l'équipe Guzzi. Donc statu quo jusqu'à demain.
Le lever de soleil (magique, voir plus haut) sur Reggane nous surprend et, tout en grelottant de froid: moins 2 comme d'hab', nous nous apprêtons en hâte pour le départ de la spéciale. C'est qu'il s'agit de plier le barda, la tente et tout le toutim en un temps record. Thierry passe avec son mégaphone: "à vos engins dans 10 mn!". Oh là là... On range tout comme on peut, on se presse de partout, on se bouscule. Vite, vite, il faut y aller! Les plus veinards (mais qui???) auront droit à un café mais, pour les autres -cad la majorité- ce sera "un coup de sifflet bref au pied de l'ecalier". Nous voici enfin regroupés à la sortie de la ville, devant la piste qui mène à In Salah.
Les gorges sont nouées, je peux le dire. Tout le monde est "pâle des genoux", anxieux à l'idée des 250 km de sable mou qui nous attendent. Marido passe devant moi, avec son N° 44 et, comme à son habitude, elle ne peut s'empêcher de faire rigoler les foules. Ainsi, elle nous montre l'arrière: son sac à dos d'où dépasse...une bouilloire. En pleine épreuve spéciale! Véridique! Et l'avant: sous le dossard, qu'elle soulève, elle exhibe, dans la pochette centrale plastifiée de sa veste d'enduro (destinée à contenir le carton de pointage)... une boîte de Tampax. "J'ai pensé à TOUT"! dit-elle en rigolant. Sauvêtre, Schaal et Dominique Martin sont hilares. Neveu rigole jaune (l'angoisse sans doute?), quant à Desheulles et Vassard, ils se tordent de rire! Sacrée Marido!!
Hélàs ce sera la dernière fois de ce Dakar où je la verrai debout.. Car à In Salah, ce sera sur une civière.....
Devant moi, les concurrents s'élancent toutes les minutes et, petit à petit, je sens une petite boule qui monte, qui monte au fond de moi, et une voix qui me parle (je suis comme Bernadette Soubirous: j'entends des voix). La voix me dit: "Mais qu'est-ce que tu es venue faire ici? C'est vrai, t'étais bien chez toi, au chaud, avec tes chats, tes habitudes, tes pantoufles. Pourquoi as-tu tout quitté pour venir faire la gugusse dans le désert?" Cette fois c'est sûr, je dois être folle à lier. Pauvre de moi!
Et c'est enfin mon tour de partir.
A cet instant me revient une petite phrase assassine de Thierry (il en était coutumier, ses amis pourront le confirmer), prononcée au départ de la Croisière Verte, six mois plus tôt. A l'époque, je savais à peine faire de la moto: j'avais posé le c... sur une selle 2 semaines auparavant, c'est dire si c'était tout frais. En fait, je m'étais retrouvée engagée dans cette course par un concours de circonstances: connaissant à la fois Jean-François Piot (devenu RP de Honda France) et Marc Cerneau (BP France, sponsor officiel de l'épreuve), les deux m'avaient engagée "d'office" sur une XLS... en pensant me faire plaisir. Je ne l'ai jamais regretté, mais bon, sur le coup, ça m'a un peu prise de court. Alors donc que je m'élançais -péniblement je l'avoue- dans le premier chemin pierreux au départ de la toute première étape de cette 1ère Croisière Verte, j'ai entendu Thierry murmurer dans mon dos: "elle n'ira pas loin!". A elle seule, cette petite phrase avait piqué mon orgueil au vif, ce qui était peut-être le but recherché (?). Du coup, j'en ai fait une affaire d'honneur. A chaque chute, à chaque bourbier, à chaque galère, je repensais à : "elle n'ira pas loin" et je m'en sortais. Si j'avais dû porter la Honda sur les épaules pour terminer la course, je l'aurais fait, tant je me sentais mortifiée par le jugement hâtif de Thierry à mon égard. Of course, vous devinez la suite: j'ai terminé la Croisière Verte. Classée.
J'avais prouvé à ce "salopard" de Thierry que je pouvais non seulement me dépasser mais, surtout, le contredire.
Si cela avait marché pour la Croisière Verte, pourquoi pas cela ne fonctionnerait-il pas dans le désert?..
Eh bien c'est exactement ce que je me disais en prenant le départ de la spéciale Reggane-In Salah, sous l'œil rigolard du sieur Thierry. C'est ce que l'on appelle être motivée, non?

Les premiers kilomètres sont laborieux. Je m'attends à me ramasser une gamelle à chaque instant. Pourquoi cette saleté de Guzzi ne veut-elle pas rouler droit? C'est mou, c'est glissant, c'est dur, je ne m'en sortirai jamais. Je ne croyais pas que ce serait comme ça, je le jure, Maman! Sinon, je ne me serais jamais engagée, tu penses...
Première frayeur dans le sable mou, très mou. La 500 TT reste plantée tout droit, et moi avec. Ouf! Elle n'est pas tombée, c'est déjà cela. Je la redémarre: une merveille ce démarreur électrique. A cet instant j'ai une pensée émue pour Marido et sa 500 XT qui démarre au quick (je le sais, j'en possède une !). Dans un cas comme celui-là c'est au bas mot 1/2 heure perdue (et beaucoup d'énergie) pour le redémarrage à chaud. La pauvre!
Bon, je continue.
Et, miracle, petit à petit, je me décontracte et je prends de l'assurance. Formidable: après avoir galéré grave, je prends du plaisir à piloter et à zigzaguer entre les traces. Et les kilomètres s'enchaînent, plutôt faciles en somme. Le problème vient du fait que, sur ce 1er Dakar, voitures & motos partaient en même temps. Moralité: les traces des 4 roues parties devant nous creusent des sillons, ce qui rend le pilotage d'une deux roues encore plus difficile.
Un village surgit. Le seul et unique point de repère de l'étape: il faut prendre à droite, c'est ce qu'indique le road-book. Eh bien, croyez le ou non, Pascale Gueurie réussira à se perdre à cet endroit! Elle déclarera pus tard: "moi, de toutes façons, je me perdrais entre la porte de Montreuil et Pantin!". Elle dut faire une vingtaine de kms en trop avant de rebrousser chemin.. Bon, je passe le village. Quelques habitants nous encouragent. Normal, je porte le N° 88, donc il y a du monde devant. Et je suis sur la bonne route.
Plus qu'une cinquantaine de kilomètres avant l'arrivée. Finalement, ce n'est pas si dur, la piste, il suffit de s'habituer à rouler en crabe. Ça fatigue un peu les poignets, mais bon.
Petit à petit, je prends de l'assurance. Je commence à doubler des concurrents. Je m'arrête pour deux d'entre eux: Philippe Jambert avec sa BMW de route, qui galère (je ne sais plus pourquoi mais il galère, c'est sûr) et ce n'est que le début de son calvaire.



Et puis pour un autre (je ne me souviens plus de son nom, qu'il veuille bien me pardonner) qui a cassé... le verre de ses lunettes Climax. Je lui donne ma paire de lunettes de rechange. Mais je me pose la question: comment peut-on (raisonnablement) faire le Dakar avec DES LUNETTES EN VERRE??? J'avoue que, 28 ans après, je me pose encore la question! Imaginez qu'un éclat de verre lui ait perforé l'œil... En plein désert, qu'aurait-on fait?
Les kilomètres s'égrennent et je suis surprise de doubler autant de monde. Moi qui me prenais pour "un poireau" je me dis qu'il y a des gens qui vont encore moins vite que moi. Est-ce possible?
Je suis presqu'en vue d'In Salah quand j'ai L'IDEE DE GENIE (et comment!): puisque les voitures ont creusé de profonds sillons difficiles à négocier et, surtout, très fatigants pour mes petits bras, pourquoi ne pas rouler hors piste, à 10 mètres à peine de la piste principale, là où le sable semble tout plat, tout frais, bref tout bon?
Aussitôt dit, aussitôt fait. Je sors des ornières et me voilà sur le sable vierge. Un pur bonheur.
Hélàs, cela ne durera que le temps des roses, c'est à dire très peu. Je me souviens juste d'avoir décollé sur une série de petites bosses (plutôt des vaguelettes). Le temps de m'apercevoir qu'elles étaient TRES TRES dures, j'étais déjà en l'air, et... je roulais trop vite (forcément: sans les ornières, on va beaucoup plus vite!). Pour la première bosse et la deuxième, c'est passé sur la roue arrière, tranquille, mais, sur la troisième, je suis retombée sur la roue avant et... ce fut le crash!
Un soleil mémorable! D'un seul coup le temps s'est arrêté. Impossible de dire combien cela a duré. Je me suis réveillée groggy, allongée sur le sol, entourée par ce silence minéral palpable qui n'appartient qu'au désert. Là j'ai eu un flash: je me suis souvenue d'un (grave) accident de voiture qui m'était arrivé bien longtemps auparavant et je me suis dit: cette fois, tu es morte. Si tu ne peux plus bouger, c'est que tu es morte ou que tu vas mourir.
Et puis j'ai essayé de bouger. De me relever, tant qu'à faire. Là, miracle: je pouvais me tenir debout. Je n'avais rien de bien grave. Quel bonheur!
Le temps que j'avais passé inconsciente? Je n'en n'avais aucune idée.
Je m'ébroue, je me secoue, ça va. Autour de moi, les débris de ma Guzzi. Le réservoir par-ci, la fourche par-là, les sacoches éparpillées, un désastre. Dans mon (bel) inconscient, je me dis: pas grave, les mécanos vont pouvoir réparer ça. Dès lors, je n'ai plus eu qu'une seule idée en tête : rallier l'étape et revenir chercher la bécane AVANT d'écoper des 7 heures de pénalisation fatidiques.
J'attends donc, assise sur une dune, pendant un temps qui me semble infini (en fait 10 à 15 mn, pas plus). Au loin, j'entends enfin un bruit de moteur. C'est le 4X4 de Max Meynier.



Il s'arrête. Vitre baissée, Max me demande: "ça va? Rien de cassé? -Non, juste la moto". Et j'enlève mon casque. Là, (mais je ne le vois pas, forcément) du sang s'écoule de mon chèche anti-poussière (tous les motards roulent avec un chèche autour du cou) coulant de mon nez. Explication: dans le choc, mon casque intégral a violemment percuté mon nez -que j'ai assez grand- ce qui a provoqué un petit (TOUT petit) saignement de nez. Du coup, le coéquipier de Max, terrorisé, pensant sans doute que j'ai une fracture du crâne, décide de redémarrer aussi sec, me laissant là, plantée dans le désert, sans aucune aide, le casque et le chèche à la main! "On t'envoie des secours" disent-ils en s'enfuyant. J'en ai longtemp voulu à Max avant de comprendre qu'il roulait avec un angoissé total pour qui rien ne comptait, hormis le fait d'émettre pile poil à l'heure H. Que "Maxounet" me pardonne...
Bref, me revoilà à attendre et les minutes comptent double. Enfin arrive un Campagnola à bord duquel se trouve notamment Dominique Bertrand (que je retrouverai des années plus tard aux relations publiques de VW France...) et qui accepte de me prendre à bord. J'ai donc fait les 30 km qui nous séparaient d'In Salah sur les genoux de Dominique (depuis je le surnomme "mon sauveur du désert"!) mais en tout bien tout honneur, qu'on se rassure. Merci à eux de s'être arrêtés et de ne pas avoir apelé le SAMU. De toutes façons, dans le désert, le SAMU...
In Salah, enfin. Première halte: l'assistance Guzzi.





Enervée, comme une folle, je ne pense qu'à une seule chose: repartir le lendemain et, surtout, ne pas écoper de la pénalité maxi de 7 heures. Consignes: aller rechercher ma moto sur la piste, la rapatrier et m'attendre avant le CH pour que je puisse le franchir à son guidon. CQFD.
Quelqu'un me dit alors: "Et pour ton bras? Tu comptes faire quoi?" Là je regarde mon poignet: il a doublé de volume. Incroyable! A part dans le Campagnola, où j'ai "un peu dégusté", c'est vrai, je ne l'ai pas senti!
Direction l'hôpital.
Qui n'a pas connu l'hôpital d'In Salah dans les années 80 n'a jamais rien vu...

fin du 3ème épisode
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José



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MessagePosté le: Ven 03 Mar 2006, 08:10    Sujet du message: Si ça Répondre en citant

Si ça ce nest pas du talent de journaliste ????
Bravo te merci. Quand je serais grand j'écrirais comme ça !
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sainthubert10



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MessagePosté le: Ven 03 Mar 2006, 08:24    Sujet du message: Répondre en citant

Laughing
la photo de Philippe Jambert sur ça BM!!!

Jeff m'en avait donné un aperçut, voici la bête et sa monture!!

Je rapelle que le regretté Philippe est le fondateur de la Fédération des Grands Randonneurs motorisés, organisateur de la Croisière Blanche, grande classique de la randonnée 4x4 et moto.

merci Martine!
_________________
Bien sûr, le Dakar m'a appris le désert, l'Afrique, le système D, la confiance en soi, tout ça... Mais il m'a surtout fait découvrir le vrai sens du mot Amitié... Pierre Deleforterie
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CEOLIN Gérard invité
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MessagePosté le: Ven 03 Mar 2006, 15:38    Sujet du message: dakar 1978/9 Répondre en citant

salut à tous. Je pense que j'ai eu un petit problème de connection hier soir, aussi je repond à Martine Rénier, en toute amitié bien evidemment, il ne peut en être autrement. L'AMSAM n'a, jamais eu de 505 break, hélas. Quant à la carte d'Afrique que nous étions tous sensé posséder, c'est le numéro 153.
Nous nous sommes rencontré ( entre autre ) dans un hotel de Timmimoun, ou quasiment tout le rallye dormait soit dans les chambres pour les chanceux, soit par terre dans les couloirs ou mieux dans la salle à manger. Je n'ai plus de photos à ce sujet mais je me souviens que la salle à manger était "décorée"à l'aide de guirlandes installées là par des touristes français de passage, nous étions proches de la nouvelle année.
A+
Gérard
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Jeff



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MessagePosté le: Mer 08 Mar 2006, 12:54    Sujet du message: Répondre en citant

Comme dit Tintin:

"Le voici, le voilà, celui que vous attendez tous (sic): le 4ème épisode des
aventures de "Tintin au pays du 1er Dakar"...

Bonne lecture!"

je vous laisse donc le plaisir de découvrir la suite des aventures du n°88!!!

"4ème épisode

L’hôpital ressemble à un hangar de zone industrielle sorti d’une banlieue pourrie. Certainement cas pas à une unité médicale digne de ce nom...
Le bâtiment est perdu au bout de la ville, au bout d’un chemin de sable. Il est tout petit, bas de plafond, mal éclairé et assez glauque. Ambiance « blues ».
Deux médecins d’origine asiatique (je n’ai jamais réussi à savoir pourquoi) officient dans cet univers sorti tout droit d’un roman de Simenon. Ils semblent totalement débordés. Et pour cause : en temps normal, ils doivent voir quelque trois patients par semaine et voilà, qu’en ce soir du 31 décembre, il leur en arrive de partout ! Hagards, poussiéreux, hirsutes et vociférants, de surcroît !
A l’intérieur, le personnel est rare. La plupart du temps, il n’y a pas foule, alors un soir de réveillon… Une salle d’attente aussi pimpante qu’une cellule des Beaumettes ( !) accueille les tristes éclopés du Dakar.
J’y découvre, entre autres, Alain Bard et mon vieil ami Dominique Martin (il m’a fait acheter ma première XT500, ça ne s’oublie pas !). Outre sa moustache fringante, Dominique arbore un bras en écharpe et le fait de se retrouver au milieu du désert dans cet hôpital de fous n’a pas entamé son sens de humour. Ses blagues détendent l’atmosphère. On en a sacrément besoin.
La tension de l’étape étant retombée, les nerfs des concurrents se relâchent . Et, comme nous le dit Dominique : « on n’est pas aux portes de la mort, ça aurait pu être pire ».
Du coup, l’ambiance vire à la franche rigolade. Chacun y va de son anecdote et narre sa chute par le menu. Enfin, ce dont il se souvient … Le ton monte et, rapidement, la salle d’attente se transforme en hall de gare rempli d’éclopés, au milieu d’une cacophonie générale.
Et l’on continue à attendre. Sagement.
A ce moment-là, un concurrent de passage déboule dans l’hosto et nous apprend que Marido a lourdement chuté dans l’étape. Elle aurait la jambe cassée en plusieurs endroits. L’ambiance en prend un sacré coup. Merde, Marie ! Je n’ai plus du tout le cœur à rire.
Mais, soudain, voilà que tout s’accélère. Un médecin apparaît. Il nous parle par signes, accompagnés de bribes d’un anglais quasi incompréhensible. Nous comprenons : c’est l’heure de la radio. Dans les rangs, la débandade est totale. « Passe le premier. Non, toi d’abord. Je n’en ferai rien. Après toi. ». A la fin, le toubib s’énerve et s’adresse à Bard : « vous ! ». Alain obtempère et le suit, la tête basse. Non sans un dernier regard envers nous. On se croirait dans un film de Renoir !
Ils disparaissent derrière une porte et le silence s’installe. Pas pour longtemps.
De l’autre côté de la cloison, nous parviennent des gémissements et des cris de douleur. Que se passe-t-il en salle de radio? Est-ce qu’on y torture les blessés ? Les visages des éclopés pâlissent : Oh là là, les radios à In Salah, ça n’a pas l’air très cool...
Pas le temps de souffler. Bard ressort, le visage couleur craie. Il nous esquisse une grimace qui se veut réconfortante (sic), et c’est déjà le tour de Dominique Martin, qui est blessé à la clavicule. Avec lui, les gémissements se transforment en hurlements. « Non, pas comme ça. Non, pas à plat s’il vous plaît. N’appuyez pas ! Ça fait mal, bon Dieu ! ». Dans la salle d’attente, les regards angoissés se croisent : mais c’est l’enfer là-dedans !
Au moment où je suis en train de tenter de m’éclipser discrètement de l’hosto, une infirmière moustachue, surgie de nulle part, m’apostrophe: « à vous » me dit-elle.
M… Je donnerais n’importe quoi pour être ailleurs.
Hélàs, mes mécanos eux aussi me poussent vers elle (qu’ils soient maudits jusqu’à la 7ème génération !), et je n’ai pas le choix. Faut y aller. Heureusement, après une radio plus que laborieuse où les officiants s’y reprennent à trois fois, on ne me diagnostique qu’un poignet fracturé (la tête de l’os, pas besoin d’opérer, ouf !) et les ligaments du genou gauche arrachés. Je ressors enfin de cet enfer médical avec un plâtre à la main droite et un bandage « Enôrme » au genou gauche. Pour le look, c’est pas tip-top mais bon…

Quoi ? Le poignet droit fracturé ?
C’est à cet instant –à cet instant seulement- je réalise que le Dakar à moto c’est fini pour moi.
Ce que mon équipe savait pertinemment depuis que j’avais rallié In Salah en Campagnola et que, de mon côté, je refusais mordibus d’admettre …

Au moment où nous quittons l’hôpital, on nous annonce qu’une ambulance arrive, transportant Marido, « ma » Marie. Nouvelle attente dans le froid. Il n’y a pas que la température extérieure qui est glacée : mon cœur aussi affiche « moins zéro »… Quand l’ambulance s’arrête enfin dans un nuage de poussière, je m’attends au pire et je n’en mène pas large. La gorge nouée, nous nous précipitons tous pêle mêle, plâtres et béquilles en avant, dans une belle bousculade. Si l’instant n’était aussi grave, on pourrait dire qu’il y a matière à photo qu’on légenderait ainsi : « l’hôpital qui se fout de la charité » !
La porte arrière du 4X4 s’ouvre et des appariteurs musclés en sortent une civière gonflable de laquelle s’échappent quelques cheveux blonds. Elle est vivante, ouf.
Là, contre toute attente, c’est elle qui nous interpelle du fond de son lit de douleur: « Salut, les gars, ça va ? Moi, impeccable. Les toubibs m’ont fait une piqûre de je-ne-sais-pas-quoi mais c’est bigrement efficace : je suis complètement shootée ! Je plane complètement ! ».
Eh bien, si je m’attendais à cela… Sacrée Marie ! C’est elle qui nous remonte le moral. Je la connaissais forte mais, à ce point là….
Elle sera rapatriée en avion médical et opérée d’une double fracture tibia-péronné. Quand même.
Retour piteux au campement totalement éparpillé à travers la ville –heureusement elle n’est pas bien grande- et surtout au méchoui organisé par Thierry pour le réveillon du nouvel an. D’un seul coup, nous avons FAIM !
Hélàs. Du méchoui, improvisé entre quatre murs sortis de nulle part, il ne reste plus que des os et des plats vides. Pourtant il est à peine 22 heures. Merci Thierry d’avoir, comme d’habitude, « compté large » ! Je ne reviendrai pas sur le sens de l’économie propre à Thierry. Michel Delannoy l’a mieux raconté que moi en relatant l’aventure de Max Commençal qui avait perdu : papiers, argent, etc. (voir « Les portes du Rêve » aux éditions du Palmier).
Autour de feu-le-petit-méchoui tournent en rond quelques concurrents affamés, réduits à sucer des os de mouton, tandis que les plus veinards se sont repliés vers les positions stratégiques, à savoir les véhicules ayant emporté des victuailles. Les veinards.
Ici le rallye prend ses premières marques.
Jusque là, personne n’a souffert de la faim. Nous avons pu nous nourrir en cours de route, au hasard des restos et des épiceries de fortune. Mais, désormais nous attaquons le désert. Traduisez : nous ne trouverons plus de nourriture, sauf pour les premiers arrivés qui pourront piller les quelques boîtes de sardines et de corned-beef de l’épicerie locale. Nous n’allons pas tarder à envier ces quelques « happy few ».
Ce soir-là je ne me souviens pas d’avoir mangé autre chose qu’une petite poignée de couscous froid, grappillé sur un plat vidé de la moindre miette de viande.
Je me rappelle aussi avoir assisté à l’empoignade entre « Jojo » Houel (mon grand-père d’adoption depuis 1971 : Georges, je t’aime !) et le célèbre « Pouchelon-Con » (avé l’accent) à propos de la R30 4X4. Le premier voulant à tout prix lui faire (re)souder la traverse avant et le second refusant tout net. « Mais dites-lui, vous, que ce n’est pas possible. Ça va recasser aussi sec ! » s’égosillait Pouchelon. Jojo répliquait (avec sa mauvaise foi habituelle) : « mais non, ça tiendra. On est en tête de la catégorie, on ne peut pas abandonner comme ça !»
De mon côté, j’errais dans un cahos indéfinissable de voitures et motos éparpillées où chacun mécaniquait, rangeait, racontait son aventure, lorsque j’ai fini par croiser Thierry.
Après s’être enquis de ma santé (vu le plâtre & le bandage que j’arborais, c’était bien le moins), il me dit avec, toujours, son indéfinissable petit sourire en coin : « Tu comptes faire quoi demain ? La caravane va repartir. Et toi, tu vas rester là ?». Comme si j’allais faire d’In Salah ma résidence d’été..
Et il ajoute, perfide : « A propos, si jamais tu te trouvais un « lift » dans une voiture, n’oublie pas que le fait d’emmener à bord un passager non prévu au départ met son équipage hors course. Bonne chance ma grande ! »
Ah le salaud !
D’un seul coup, je me suis projetée le lendemain matin. J’ai imaginé le rallye partir sans moi, dans la poussière du petit matin et je me suis vue rester seule à In Salah, en ce matin du 1er janvier. NON ! Tout mais pas ça !
Dopée par le constat laconique du « boss », je me suis mise fébrilement à chercher un moyen de transport et j’ai fait le tour du « parc », véhicule par véhicule. Pas simple.
Le but étant de ne pas rester « sur le sable » au propre comme au figuré. Il me restait à peine quelques heures.
Pitié. Ne me laissez pas là…
Du côté de mes mécanos, aucune chance. Non seulement ils sont submergés par leurs propres problèmes, mais encore ils ne disposent d’aucune place, même minuscule, dans leur Toyota déjà surchargé. Petit à petit, je sens mes espoirs de (re)partir s’amenuiser et je commence sérieusement à m’inquiéter.
Vers 2 heures du matin, je suis lasse, fatiguée, à la limite désespérée. C’est alors que je rencontre Max Hugueny, un Pappy musclé qui roule dans un Toyota orange et a pour tâche de seconder l’AMSAM, les médecins du rallye.
Sans hésiter, Max et son coéquipier décident de ne pas me laisser tomber. C’est décidé, ils m’emmèneront. Le Toy’ dispose d’une banquette trois places, c’est parfait. « Mais le règlement ? »
Eh bien, allons voir Thierry répondent-ils.
Contre toute attente, Thierry reste ferme et inébranlable sur ses positions. Pourtant mes deux acolytes ne méritent pas un traitement aussi sévère : après tout, ils ne font qu’emmener un(e) concurrent(e) qui risque de rester un bout de temps à In Salah en attendant un hypothétique véhicule de rapatriement.
Thierry déclare que si Max et son coéquipier m’emmènent à bord de leur voiture, ils seront mis « hors course ». Bref, ils auront le droit de continuer le rallye mais ils ne seront pas classés. C’est dur. Très dur.
« Qu’à cela ne tienne » déclare Max. Elle part avec nous !
Je n’en crois pas mes oreilles. Ça alors !
Ces deux-là sont vraiment extraordinaires. Ils le prouveront d’ailleurs à Gao, en récupérant à bord du Toy’orange Annie Bénard (future Madame François Vincent, qui sera l’un des bras droits de Thierry sur les premiers Dakar…).
Plus de 25 ans après, je tiens à remercier Max du fond du cœur. Qu’il soit béni, là où il a maintenant rejoint le paradis des transsahariens bienheureux……

Me voici donc pourvue d’un véhicule. Je m’empresse de transporter mes maigres impedimentæ dans le Toyota orange et je peux enfin m’octroyer le luxe absolu de dormir 2 heures… dans un froid polaire avoisinant les 4 degrés sous zéro. Mais qu’importe : l’aventure continue. Et c’est l’essentiel !"


Merci pour tout Tintin!!!! Un vrai bonheur de te lire et de retrouver quelques figures légendaires du Dakar qui ont marqué les grandes heures du rallye!!!! Le pied!!!!

A+
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TINTIN
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MessagePosté le: Jeu 09 Mar 2006, 12:15    Sujet du message: Saga Dakar 79-Guzzi Répondre en citant

Je réponds à Gérard Créolin. Tout à fait exact, ce n'étaient pas des breaks 505 mais des breaks 504 (ça glisse encore mieux dans le sable mou!). Autant pour moi. La mémoire a des failles, la cause au grand âge....

So long!

Tintin
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José



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Messages: 1047

MessagePosté le: Ven 10 Mar 2006, 08:43    Sujet du message: Quel talent Répondre en citant

Bravo, une fois encore pour ce récit.
Observons le Dakar moderne...
Sans vouloir critiquer l'indispensable amélioration des conditions de sécurité et de couverture médicale, il est bon que les lecteurs de Martine se rendent compte des coulisses de cette épreuve et des galères endurées par les plus malchanceux.
Allez, une hola pour Martine
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franck blanchard



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MessagePosté le: Ven 10 Mar 2006, 18:21    Sujet du message: Répondre en citant

HOOOOOLLLLLLLÀÀÀÀÀÀ
merci MARTINE
_________________
A+ EFBÉ
je cherche des infos sur cette becane "royale moto" année 75
Faisons les choses à fond,ne passons pas inaperçu,ne soyons pas petit
Thierry Sabine
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