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107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ)
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rxmagny



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MessagePosté le: Mar 21 Avr 2009, 22:37    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

La moto fut une passion tardive. J'ai attendu l'âge de 30 ans pour passer le permis. Cet amour tardif explosa très fort. Après un premier trail Suzuki pour me dégrossir, j'ai acheté une moto d'enduro et me suis lancé à corps perdu dans la moto tout terrain. Devenu rapidement copain avec la famille Donelli qui possédait un terrain de cross dans la forêt de Nemours à Larchant, je suis allé perfectionner mes talents surtout en cross mais également en trial. Tout ceci me permit bientôt de m'inscrire au championnat de France d'Enduro dans la catégorie poireau (Nat) à coté de gens comme Cyril NEVEU qui lui courait en Inter... Après quelques mois et de nombreuses gamelles ainsi que des matins difficiles pour reprendre le boulot, j'ai commencé à être moins ridicule. Je suis allé me frotter à une nouvelle épreuve : l'Enduro du Touquet. Folklore garanti mais également grand pied étaient au rendez vous. C'est ainsi que je fis la connaissance de Thierry Sabine avec qui le courant passa assez bien, suffisamment pour me mettre dans la tête de participer au 1er Paris Dakar...
L'envie était énorme, les moyens moindres. A force de calculer dans tous les sens le coût de la moto, de la préparation, l'achat d'une auto qui me suive pour l'assistance y compris la charge d'un conducteur auxquels il fallait ajouter les engagements, la somme devenait dissuasive. Si on ajoute mon absence totale de talent pour aller à la pêche au sponsor, c'était Waterloo annoncé avant le combat. Alors s'insinua en moi l'idée de participer en voiture en trouvant de surcroît quelqu'un qui partagerait pour partie mes frais. La Lada 4x4 venait de sortir et le projet se concrétisa rapidement dans l'achat de cette Niva. La préparation fut surtout livresque et psychologique pour essayer de savoir ce qui nous attendrait. La voiture reçu de ci de là quelques modifications glanées à droite et à gauche. L'essentiel consista à la mettre aux normes techniques de la course, particulièrement par l'adjonction d'un réservoir supplémentaire. Bien sûr, la boite à air fut très travaillée avec l'utilisation de filtres en mousse imbibés d'huile comme sur les motos TT. Arceau de sécurité et balisage par lampes témoins, trip master etc, que du banal.
Les quelques essais de la voiture montrait une excellente motricité.
Restait un problème de taille et surtout de poids... Il fallait assurer son manger et son coucher!!!
En ordre de marche, la voiture pleine d'essence, de ravitaillement, d'outillage, de lits de camps, d'affaires personnelles, et de quelques pièces détachées était loin de ressembler à une voiture de course où le poids est le principal ennemi.



C'est néanmoins dans cet appareil que nous nous sommes retrouvés au départ du Rallye Paris Dakar à l'aube du 25 décembre 1978 sous le Trocadéro... Ma femme devait venir avec moi mais une grossesse intempestive l'en empêcha... Entouré de mes enfants et mon épouse, ce furent les adieux d'un lendemain de fête en même temps que veillée d'armes.
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Jeff



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MessagePosté le: Mar 21 Avr 2009, 23:02    Sujet du message: Répondre en citant

Génial, Christian, de te trouver sur le site parmi les autres passionnés que nous sommes tous.
Alors, enfin, on va en apprendre un peu plus sur cette participation!!!! Effectivement, rares furent les Lada qui partirent cette année-là...5 en fait.
Et tu fais partie des deux qui arrivèrent... comme quoi, le choix de la voiture ne fut pas si mauvais puisque tu fus un des rares à atteindre la plage de Dakar en 79!!!! En aurait-il été de même en moto??? On ne peut pas ré-écrire l'histoire et c'est tant mieux!!!!
Mais puisqu'on a la chance de te tenir (et on va pas te lacher!!!), une petite question ...idiote. Y-a-t-il une symbolique quelconque à la peinture bicolore ou est-ce uniquement pour qu'on repère (et ça marche!!) facilement ta petite lada quand on la voit?

A+
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rxmagny



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Messages: 57

MessagePosté le: Mar 21 Avr 2009, 23:17    Sujet du message: Répondre en citant

Cher Jeff
Il n'y avait aucune symbolique dans la couleur mais simplement une blague. Cette voiture rouge à l'origine, je l'ai préparée chez un copain garagiste qui m'a proposé de faire une peinture de mon choix. Il avait dans son garage, en réparation une camionnette de boucherie crème et rouge avec comme l'exigeait la réglementation de l'époque, une plaque marquée VIANDES en rouge sur fond crème. Je pensais que nous serions facilement comparables à un tas de viande secoué dans la voiture, ce clin d'œil m'a plu mais n'a pas été compris car nombreux étaient ceux qui me pensait tout simplement boucher puisque j'avais apposée une plaque identique sur la Niva...Je trouvais assez joli ces couleurs. Quant à ta remarque sur mon arrivée en moto, elle est judicieuse car je suis sûr que je ne serais jamais arrivé... sauf si on avait ajouté un mois aux délais!
Puisqu'on en est dans les confidences, il faut que je raconte une histoire qui me fait encore rire. Il y avait écrit en sérigraphie sur la voiture AGASCU ce qui sonnait comme le nom d'un club automobile (il y avait à Paris l'AGASSI).
Jamais personne ne m'interrogea sur ce club étrange car si tu écoutes la phonétique d'AGASCU cela rappelle une expression mise à la mode récemment par les Chtimis. C'était tout simplement l'enjeu d'un pari avec un toujours très bon copain aujourd'hui... Ça, je ne l'ai jamais raconté! mais comme j'ai vu que tu le faisais figurer dans la liste des équipages...
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Jeff



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Localisation: Roanne

MessagePosté le: Mar 21 Avr 2009, 23:30    Sujet du message: Répondre en citant

J'avoue humblement que je croyais effectivement qu'il s'agissait de l'ASA de laquelle tu pouvais faire partie à l'époque!!!!!
Mais à bien prononcer, j'avoue que je préfère cent fois ton explication...Et l'esprit dans lequel tu es parti!!!!!
Merci pour les tuyaux et A+
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José



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MessagePosté le: Mer 22 Avr 2009, 06:49    Sujet du message: Merci Répondre en citant

Merci pour ces lignes.
j'adore partager les émotions et méandres des débuts d'un projet comme le tien.
Je suis impatient de connaître la suite du récit.
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rxmagny



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MessagePosté le: Mer 22 Avr 2009, 21:18    Sujet du message: Répondre en citant

Il faut dire que la première partie de ce Dakar que Thierry s’époumonait à appeler Paris-Alger-Dakar OASIS, n’emballait pas grand monde. Le prologue au matin blême dans le camp militaire de Montlhéry était très loin de nos fantasmes africains. Quant à la traversée de toute la France pour rejoindre Marseille, elle avait assez nettement le goût d’une purge.
Nous voici tout de même dans la cohue de l’embarquement sur le port de Marseille après une nuit moyenne succédant elle même à une nuit de réveillon tronquée. Notre capital sommeil est un peu entamé et la perspective de la traversée devrait y remettre bon ordre. Nous faisons la queue pour tenter d’accéder à un ferry qui nous plongera d’emblée dans le confort très relatif de pays en voie de développement. Personnellement, j’ai reçu un bon accueil mais il semble que ce n’ait pas été le cas de la majorité. Il est vrai aussi que les toilettes n’étaient pas très hospitalières... mais nous partons pour le désert.
Un événement important et peu relaté survint pendant notre traversée, la mort du président Boumedienne qui influença sérieusement la réception de nos hôtes algériens. Il se disait que par crainte de troubles de l’ordre public, il avait été décidé par les instances dirigeantes de nous convoyer “sous bonne garde” (bien armée) loin d’Alger.

Après donc des formalités douanières “socialo-africaines” nous prenons enfin la route mais ce convoyage nous rappelle la traversée de la France que nous venions de faire. Nous sommes sur notre faim d’Afrique désertique.
Nous roulons très longtemps, ça paraît interminable et sommes enfin parqués à Laghouat sur un “terrain de foot” ceint de murs en haut desquels se trouvent déroulés d’harmonieux fils de fer barbelés... Bonjour l’ambiance.
Mes instituteurs m’ont enseigné que le désert est chaud le jour et froid la nuit. Et bien c’est le moment de vérifier.
Au petit jour, je me réveille sur mon lit de camp avec le duvet couvert de givre... Pierrot, avec qui je partage cette aventure n’est pas très matinal et vraiment très frileux. Manifestement ce nouvel art de vivre ne remporte pas son agrément immédiat... Il grommelle derrière ses moustaches fournies, mais je l’aide (un peu) à sortir du lit et de sa torpeur... Il va falloir ravitailler nos carcasses et affronter enfin le désert tant attendu.
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olep



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MessagePosté le: Mer 22 Avr 2009, 21:38    Sujet du message: Répondre en citant

Quel beau récit...Merci Razz
_________________
Qui fait le malin...tombe dans le ravin !
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Jeff



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MessagePosté le: Mer 22 Avr 2009, 22:48    Sujet du message: Répondre en citant

Nous aussi, on a hâte d'affronter ce désert tant attendu...à travers ton récit!!!
Et en plus, avec la photo, c'est vraiment sympa!!!! bravo Wink
A+
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rxmagny



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MessagePosté le: Jeu 23 Avr 2009, 07:25    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

Et bien le désert, parlons-en. La première surprise c’est qu’il est très différent de ce que l’on imagine, et pourtant. Je vous avais dit que mes instituteurs m’avaient appris que le désert est chaud le jour et froid la nuit et qu’ils avaient tout bon. Par contre, il nous avait décrit ça comme une immense étendue de sable et là ils ont tout faux. C’est comme ça au cinéma, mais à y réfléchir ça ne peut pas être comme ça tout le temps. Sans entrer dans un cours de géologie et de climatologie, le désert est lié à la disparition plus ou moins complète de l’eau. Et bien imaginez que l’eau disparaisse complètement près de chez vous, que se passerait-il? Toute végétation ou presque disparaîtrait pour laisser la place à un monde minéral... Les plaines seraient toujours des plaines, les collines des collines et les montagnes des montagnes... Le désert, c’est comme à coté de chez vous mais sans verdure donc dans un monde minéral. Ce caractère est accentué par les énormes différences de température qui créent ce qu’on appelle une érosion thermique, responsable des magnifiques craquèlements rocheux...
Donc, ma première surprise c’est que de sable, nenni ou presque. Ce sable qui existe puisque l’eau ne le retient plus dans la terre et qu’il est balayé par les vents se retrouve dans de grandes zones appelées erg constituées d’énormes dunes en paquet mais qui sont très loin de recouvrir le désert. Si vous regardez une carte du Sahara, vous voyez marqué “grand erg oriental, occidental” etc. Et bien partout ailleurs c’est comme chez vous mais sans eau (sauf si vous habitez à côté de la dune du Pylat!!!).
Alors par contre, si vous imaginez votre coin sans eau, c’est à dire sans terre végétale, qu’est-ce qu’il y a comme caillasse, il n’y a même que ça excepté quelques rares bouts de goudron chinois...
Il faut savoir que ce spectacle est fascinant, dépaysement garanti et si l’histoire de la terre vous intéresse, vous avez l’impression d’être en plein dedans.
Reste les habitants. Comme partout ils se regroupent et n’hésitent pas à vous faire la fête, mais il existe un éparpillement humain impressionnant car, comme on vous l’a déjà sûrement dit, vous ne pouvez pas vous arrêter 5 minutes sans que quelqu’un venu de nulle part vienne à votre rencontre, excepté si vous êtes paumé ou en panne!!! et particulièrement lorsque vous satisfaites des besoins naturels...
Après être remis de toutes ces émotions que l’on mettra avec plaisir beaucoup de temps à savourer, il faut attaquer le rallye et c’est là que la fête commence, ce dont vous rêvez depuis tant et tant de temps, quel pied. Pouvoir rouler au taquet sans autre objectif que de ne pas casser la voiture et garder sa piste. Celle-ci est très bien indiquée sur le road book et les doutes ne sont pas nombreux. De toutes façons, Thierry nous a enseigné la règle capitale : t’es paumé, tu fais demi-tour sur tes traces jusqu’à retrouvé un endroit identifié (balise ou autre). Les balises sont en général des fûts métalliques, mais aussi parfois des cairns (pyramides de pierre), sans ambiguïté. Ne jamais couper, sinon garanti t’es paumé... Rien n’empêche de couper parce que la piste n’est qu’une indication et le hors piste est toujours faisable en faisant attention, mais tu ne peux couper que si tu as en vue la bonne piste et que tu es sûr que c’est celle là (c’et pas toujours gagné). La première surprise “routière” est quand même la facilité relative de la lisibilité de la piste. Nous apprenons parallèlement à ça qu’il y a de nombreuses traces à ne pas suivre qui peuvent correspondre à une exploitation minière abandonnée depuis 10 ans... Et les traces sur la caillasse ne s’effacent pas... contrairement au sable d’Hollywood...

Vous notez sur la photo à quel point la voiture est pleine...

Fort de ces précautions, en alternant des liaisons et des spéciales pas très longues, nous faisons notre baptême du feu de manière bien agréable. Il est vrai que parfois, surpris par une bosse, on décolle des quatre roues, mais on est venu pour ça. Les jantes n’aiment pas ça et le premier sport que nous apprenons consiste à redresser les jantes (vive la tôle parce que jantes alu-jantes foutues....).
Nous faisons également connaissance avec les bivouacs. Les étapes se terminent en général en milieu d’après midi et nous laissent le temps de musarder et d’aller à la rencontre... en particulier des motard avec qui nous sommes mélangés (nous en serons hélas séparés les années suivantes). Très rapidement on apprendra à se connaître en particulier avec ceux qui roulent à votre rythme et c’est pour ça que le mélange avec les motards était sympa. Il n’y avait pas d’assistance et il était de règle de dépanner ceux qui en avait besoin. Pour satisfaire les règlements de la fédé, cette séparation me paraît regrettable. Elle fut accompagné de la mise en place d’un délai de mise hors course beaucoup plus court réduisant trop les possibilités d’aide. La première année, il suffisait d’être au départ du lendemain matin ce qui donna lieu à des bivouacs insensés dans le désert dont j’aurai peut-être l’occasion de parler. Pour aujourd’hui on va faire une pause.
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José



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MessagePosté le: Jeu 23 Avr 2009, 18:27    Sujet du message: Une plume dans le désert Répondre en citant

J'apprécie particulièrement ce récit qui mélange humour, précision et compte rendu ... Un vrai talent de journaliste... Si, si... Je crois pouvoir le dire.

Merci. Mais attention... Notre appétit est grand et l'épreuve longue. ne nous abandonne pas en route comme moi même je l'ai fait avec nos amis. Cela me donne d'ailleurs l'envie de m'y recoller !!!!
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rxmagny



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MessagePosté le: Jeu 23 Avr 2009, 18:36    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

Bonjour,
Pourquoi vous abandonner?
Je réponds à la demande de Jeff en contant cette histoire dont je voudrais surtout faire ressortir l'ambiance et les coulisses que les spectateurs ne peuvent pas connaître. C'est l'aspect humain de cette petite histoire qui en est le sujet. Les exploits sportifs sont relatés par les médias. Ce sont une multitude de souvenirs que je souhaite égrener. Une évaluation grossière me fait penser qu'il me faudra encore une vingtaine d'épisodes à ce rythme pour couvrir la 1ère version du Dakar... si Jeff est d'accord!!! Et quand tu sauras que j'en ai fait trois jusqu'à Dakar...
Rassure toi, je n'ai pas l'intention de faire pareil avec les deux autres. Si il y a une suite elle sera différente.
Salut à tous.
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rxmagny



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MessagePosté le: Jeu 23 Avr 2009, 23:09    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

La traversée de la première partie du Sahara s’effectue rapidement. après une incursion dans l’ouest saharien pour découvrir la véritablement magnifique Timimoun où je rêve de retourner mais c’est devenu difficile aujourd’hui de faire du tourisme algérien et c’est bien dommage. Nous allons vers Régane de sinistre mémoire (essais de notre 1 ère bombe atomique) et rejoignons plein est In Salah sur la route Alger-Tamanrasset. C’est d’ailleurs à In Salah que nous faisons notre réveillon de Noël dans des conditions irréelles : fêter Noël en plein désert a une certaine saveur d’autant que grâce à la présence bienfaitrice de RTL nous étions en communication tous les soirs avec la métropole pour apprendre, ce soir là, que la neige bloquait l’autoroute vers Avignon ce qui est très difficile à imaginer depuis le désert... Je vous reparlerai de RTL et de feu Max Meynier plus tard, je leur dois une fière chandelle.
Ce long ruban de bitume construit par les chinois a plusieurs particularités. La première est d’avoir déjà mal vieilli car bien que récent, il est souvent interrompu par des effondrements dont l’un est responsable de l’accident mortel de journalistes italiens n’ayant pas compris que les cailloux posés sur la piste signifiait qu’il fallait la quitter... La deuxième est que le matériel ayant servi à le construire est abandonné tout le long de cette route et que ça ressemble à une brocante de ferraille pour amateur de bulldozers ou autres engins. Ils sont tellement nombreux qu’on se dit parfois que certains sont abandonnés uniquement parce qu’on a perdu la clé de contact! L’autre inconvénient de cette route est qu’elle n’est parfois qu’à une voie et les croisements sont alors l’objet d’une lutte d’influence. Suivant que l’on est courtois ou pas on descend les roues droites sur la piste parallèle ou on reste sur l’asphalte, sauf s’il s’agit d’un camion local ou on descend sans discuter.
Cette route nord-sud traverse un massif montagneux par un passage que j’ai trouvé somptueux : les gorges d’Arak. Souvenez vous de ce que je vous ai dit sur le désert... Après avoir roulé longtemps dans une région peu accidentée survient un bloc rocheux avec un passage magnifique taillé en gorge.


Tamanrasset est une ville artificielle peu séduisante où les parpaings et la tôle ondulée prennent une place usurpée à l’usage local. Il se dit que les fonctionnaires du nord qui s’y trouvent sont là en punition... Il y a pratiquement de quoi. Grosse métropole qui n’a d’intérêt que par les portes ouvertes sur l’Assekrem (Père de Foucauld) et le tassili du Hoggar.
Mais aujourd’hui, il ne s’agit pas de tourisme et nous filons droit vers le Niger. Le poste de douane se situe à Assamaka. Il y a là un fortin pouvant contenir 4 soldats (je n’exagère à peine) qui sert de poste de douane et à coté duquel jaillit une source au dessus d’un bac ressemblant à une baignoire. Le miracle de l’eau nous fait nous y précipiter aussi vite que notre élan est coupé par...l’odeur...
Il s’agit d’eau sulfurée, vous connaissez ce doux parfum d’œuf pourri très entêtant et peu compatible avec le plaisir de la boisson, mais le rituel de chacun est identique, après avoir fait marche arrière, on se rapproche plus ou moins tôt à nouveau pour boire parceque c’est nécessaire... Il nous faut nous requinquer, demain l’étape nous emmène à Arlit à fond les manettes vers une nouvelle surprise.
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rxmagny



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MessagePosté le: Ven 24 Avr 2009, 00:27    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

Arlit, on nous en a parlé et il y a de quoi. Arlit est une ville minière située dans le massif de l’Aïr au Niger où la France exploite l’uranium dont elle peut avoir besoin, vous voyez pourquoi j’espère... L’accueil promis devait être grandiose et il le sera.
Auparavant, pour rejoindre cet endroit par une courte spéciale, il faut d’abord ne pas s’égarer. J’ai le souvenir d’un embranchement assez traître au début qui fit quelques ravages au classement. Ensuite, il faut simplement aller vite. Cette étape m’a laissé avec le recul du temps un très bon souvenir. On était content d’avoir franchi la frontière du Niger matérialisant ainsi notre progression transafricaine et la promesse d’un accueil personnalisé nous excitait beaucoup.
Moins de 200 km plus loin (de mémoire) nous voilà à Arlit. C’est alors une débauche de tout. D’abord l’enthousiasme des français qui nous reçoivent et nous emmènent chez eux commencer par boire le pastis au bord de la piscine (cherchez l’erreur en plein désert), puis manger des légumes frais (tomates) avec des radis au beurre (assez exotique comme plat), sans parler des vins et de la fête qui vont laisser plus tard quelques jolis maux de tête. Toute la journée et une partie de la nuit sont consacrés à cet accueil sans réserve. Nous apprenons que parmi ces expatriés, un certain nombre sont fanas de buggy et organisent des courses sur une piste qu’ils arrosent copieusement d’eau pour qu’elle devienne boueuse (je rappelle qu’on est en plein désert)... Le Buggy de Sunhill trouvera d’ailleurs là une destination imprévue.
Il s’est dit tellement de choses sur ce généreux accueil que je ne peux me porter garant de tout mais il s’est réellement passé beaucoup de choses agréables et sans que nous soyons trop démolis à ce stade de la course, ça nous a quand même fait grandement du bien au physique autant qu’au moral...
Il ne pouvait pas ne pas y avoir une petite pointe d’émotion à quitter Arlit. Il nous fallait pourtant bien poursuivre.
C’est dans cette étape que nous connaissons notre première cagade, juste en franchissant la ligne d’arrivée à Agades, j’ai le nette sensation brutalement de n’avoir plus que trois roues vaillantes... Effectivement, la rotule supérieure de la roue avant droite venait de décider unilatéralement la séparation non amiable de ses deux parties accordant ainsi à la roue toute sa liberté en ce qui concerne sa fixation supérieure. La fixation inférieure n’ayant pas fait sécession, la roue restait encore attachée à la voiture ce qui tombe d’autant mieux que nous étions nous mêmes assez attachés à nos roues, mais elle était couchée là, résignée. Un instant je crois qu’avec de la persuasion et un peu de force j’arriverai à mettre un terme à ce schisme qui n’a rien d’idéologique, mais devant mes efforts vains, je dois me résoudre à avoir recours au grand sorcier garagiste local et là, c’est une autre aventure qui commence.

Nos sorciers...
C’est idiot, mais quand vous venez de France et que vous cherchez un garagiste, vous savez très bien qu’on va vous dire : “Non, mon pauvre monsieur, je suis débordé et je ne peux rien pour vous avant le 15 du mois prochain...” Comment expliquer au garagiste local que nous sommes un peu pressés. Et bien, il n’y a rien à expliquer parce que ici, les gens sont disponibles. Vous n’êtes plus en France (et c’est tant mieux). Accueillis avec un large sourire, Pierrot et moi sommes rassurés par les propos lénifiants de nos hôtes :”chef, on va arranger ça, chef(deux fois)”. La suite nous montrera que nous avons tort mais l’accueil nous fait du bien. Nos sorciers se contentent de réemmaucher les deux parties de la rotule et voilà, le tour est joué. Mes connaissances alors en mécanique ne sont pas suffisantes pour savoir qu’une rotule qui a désobéi désobéira toujours...Et c’est ainsi que le lendemain quelques kilomètres après le départ vers Tahoua (400 km), nous revoilà avec une séparation bien gênante au niveau de la rotule supérieure avant droite. C’est là que va commencer l’apprentissage de la sagesse africaine.
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rxmagny



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MessagePosté le: Ven 24 Avr 2009, 01:17    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

Il nous faut impérativement trouver maintenant une solution à notre problème. Je viens d’apprendre à mes dépens que la non conciliation est la règle chez les rotules divorcées. Parmi les fournitures emportées depuis Paris, j’ai du fil de fer de bon diamètre et de bonne qualité dont je sais qu’il offre une très bonne résistance mécanique. Je décide donc de remboîter ma rotule mais de la maintenir ainsi en fabriquant une bride en fil de fer. Cette “réparation” effectuée, nous reprenons lentement la piste pour voir. Je me limite à 25 km à l’heure pour constater après quelques arrêts que ça tient mais se détend un peu donnant un peu trop de jeu. Je resserre avec le risque que ça casse et nous repartons lentement. Par petits bonds nous progressons mais ces conditions mettent progressivement à mal le moral de Pierrot qui me lance un “on n’y arrivera jamais”... Je me permets de lui faire remarquer qu’on y arrivera tard mais pourquoi jamais ? Incrédule, Pierrot ne me répond pas et pourtant nous progressons, lentement c’est vrai mais quand même. Après changements de notre réparation plusieurs fois, me vient l’idée que tressé, le fil de fer améliore considérablement sa résistance à l’effort et son élasticité. Je décide alors de confectionner une bride bien serrée avec du fil de fer soigneusement tressé et le début du miracle s’accomplit, ça tient ! J’augmente un tout petit peu la vitesse en m’autorisant parfois 40 km/h et ça tient. La piste est une piste à ornières, sablonneuse dont nous parvenons à franchir les obstacles. Nous rejoindrons Tahoua à la nuit devant des copains surpris qui nous pensaient naufragés sur la piste connaissant nos soucis mécaniques. Grande joie de se retrouver, douchée par la terrible nouvelle de la mort d’un motard qui en se rendant au départ d’Agades, depuis le camping, roulait lentement tout en mettant son casque, il heurta une pierre, fit une chute au ralenti et tomba sur sa tête non protégée...
Nous ne pouvons plus sortir indemnes de ce Dakar, nos soucis sont bien peu de choses...
C’est à ce moment que RTL va nous donner un coup de pouce. Tous les soirs les sympathiques techniciens s’affairaient depuis l’endroit où nous étions à établir la liaison radio avec les studios RTL pour que Max Meynier fasse son émission sur le Dakar, à laquelle nous étions censés être conviés. Hélas, comme souvent, les acteurs de ce rallye ne parviennent plus au micro largement accaparé par messieurs les professionnels, j’ai nommé les journalistes. Non ils n’étaient pas tous imbus et peu fréquentables, mais tous étaient touchés (La Fontaine). Petit à petit la fréquentation des concurrents s’est étiolée, ils avaient aussi de plus en plus de boulot de maintenance sur leur véhicule, et ça semblait bien arranger nos “copains”. Je me souviens avoir eu à ce sujet un échange un peu vif auquel il m’a été répondu ; “mais je suis journaliste”, j’ignorais alors les qualités attachées à cette fonction. J’ai appris depuis qu’il y en avait aussi des bons et des modestes (moins) comme dans toute société.

Max et le camion émetteur
Toujours est-il que entre les interventions de Max il y avait de la musique émise par Paris et pendant laquelle nous pouvions en cas d’urgence profiter de l’antenne en “off” pour passer un message sur la métropole. C’est grâce à cette opportunité, merci encore RTL, que j’ai pu faire prévenir mon épouse que j’avais besoin d’une rotule avant droite. La chaîne de solidarité a alors merveilleusement fonctionné puisque une fois la pièce obtenue, elle fût prise en charge par l’équipage UTA de l’avion Paris-Niamey à Roissy qui la laissa à l’aéroport où elle fût récupérée par quelqu’un de l’équipe... Un grand merci encore à tous, ça fait très chaud au cœur.
L’étape Tahoua Talcho se fera à une allure plus soutenue puisque notre réparation tenait nettement mieux que la première. Il était par contre évident que si nous n’avions pas la pièce à Niamey, nous n’irions pas plus loin. La suite nous montrera que c’était bien vrai.
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rxmagny



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MessagePosté le: Ven 24 Avr 2009, 06:53    Sujet du message: 107. Un enduriste en Lada (C.DUBOSCQ) Répondre en citant

Nous avons quitté le désert pour entrer dans le sahel. La différence ? Il y a de la végétation sous forme d’arbustes plus ou moins denses mais agressifs pour les carrosseries et surtout une population rassemblée dans de très jolis petits villages. Si les journées sont chaudes (30 à 35°), les nuits sont maintenant plus agréables tout en étant jugées fraîches par les autochtones. Je serai d’ailleurs toujours surpris de constater que les militaires qui fréquentent le voisinage de nos bivouacs pour notre sécurité se protègent du froid par des couvertures dont ils se recouvrent soigneusement. Un jour au Mali, l’un d’eux qui s’étonnait de me voir dormir sur mon lit de camp sans couverture m’a demandé s’il était normal de dormir au froid chez nous. Très fier, je lui ai répondu que chez nous les bélé-bélé ne sont jamais frileux. Bélé-bélé signifie un peu gras ce qui était mon cas (maintenant c’est beaucoup...) et je voulais montrer à mon militaire que je connaissais quelques mots de son dialecte (je crois que c’est du wolof, ou plutôt du bambara) et que les blancs n’étaient pas tous des poules mouillées, en tout cas, ça l’a fait beaucoup rire et nous échangeâmes de grandes tapes fraternelles.
A propos d’évènements nocturnes, je vois que j’ai omis de vous raconter les bivouacs surprises du désert. Certaines longues étapes nous ont entraîné à faire une pause le soir pour souffler et nous ravitailler dans la fantastique nuit du désert. L’air est tellement pur que le ciel est extraordinairement clair et étoilé. La voie lactée est visible et ces spectacles nocturnes sont un des immenses plaisirs imprévus de cette expédition. Je vous ai dit que le poids est l’ennemi, dans la vie mais beaucoup en course . De ce fait, les petits rigolos qui savaient bien ça comme les frères Mareau que je salue bien s’ils regardent (!!!) invitèrent souvent d’autres concurrents à leur table car, outre l’aspect convivial, ça avait l’avantage d’alléger la voiture, charge aux convives de rendre l’invitation plus tard. Cette convivialité a effectivement disparue les années suivantes avec l’apparition de la roulante “Africatours”. J’ai ainsi le souvenir de m’être arrêté une nuit dans le désert et d’avoir partagé notre dîner avec le fils Hugeny, un bien sympathique pharmacien hélas perdu de vue depuis et je le regrette. Nous avions sous cette magnifique voûte étoilée quelques clampins qui partageaient donc sur le capot d’une voiture surchauffée du corned beef, des sardines à l’huile et de la confiture de fraise, menu irréel d’une gastronomie nouvelle arrosé d’une eau pas possible souvent appelée “eau de radiateur” pour sa couleur évocatrice... Quelle ne fût pas ma surprise quand, dans cette nuit magnifique, le fils Hugeny, je crois qu’il s’appelait Max, m’interpelle en imitant un de mes très bon copain, grande figure du monde de l’alpinisme, qui tenait une boutique de sport à Tignes et très très fort en gueule. Je portais sur moi un tee shirt de la station de Tignes et après m’avoir demandé si je connaissais ce compère il me fit cette imitation à laquelle je ne pouvais pas m’attendre et qu’on ne peut apprécier que quand on connaît ce personnage particulièrement haut en couleurs. Tout ceci est peu aisément descriptible mais découvrir dans ces conditions très inhabituelles que nous, qui ne nous connaissions pas 10 minutes avant, rencontrés au hasard d’une nuit saharienne improbable, avions un gentil fou comme copain commun s’ajoutait à la magie du spectacle de la nuit désertique.

D’autres merveilleuses rencontres...
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